Concerts

MUTEK 2022 | 26 août : Djima, Magnanime, Edward, Ali Phi, Peter Kutin & Patrick Lechner, SCHNITT & Gianluca Sibaldi et Ambre Ciel

Le jour 4 du festival MUTEK voyait l’arrivée de la première soirée A/Visions au Théâtre Maisonneuve, dédiée aux projets audiovisuels visionnaires qui ont tendance à repousser les limites de l’expérience immersive, et parfois des sens de la vue et de l’ouïe également. Les bouchons étaient recommandés pour celles et ceux qui souhaitaient entendre le reste de la soirée.

Expérience 4 / Esplanade Tranquille

Crédit : Bruno Destombes

Djima

Le franco-québécois Djima a démarré la quatrième journée avec de la house ensoleillée à la rythmique minimaliste, aux lignes de basse légèrement acid et motifs mélodiques à la sonorité dub et percussions africaines. On s’en doute, le mélange a créé une atmosphère festive digne de l’expression « Thank god it’s Friday », un mélange parfait pour faire oublier le ciel gris et bien commencer la fin de semaine. 

Crédit : Bruno Destombes

Magnanime

Magnanime, alias Sara Magnan, a complètement changé de répertoire avec une pièce montée à partir de voix échantillonnées et trafiquées de manière à sonner comme un rituel d’ouverture de portail vers une autre dimension. Ce contraste épique a transité vers de la techno house texturée, voire expérimentale par moment, qui se tenait en équilibre entre la transe rythmique et les effets sonores conçus pour les neurones.

Crédit : Bruno Destombes

Edward

J’ai profité de la trentaine de minutes entre la fin d’A/Visions et le début de Play 2 pour écouter une partie du set d’Edward, alias l’allemand Gilles Aiken, un habitué des clubs berlinois. La progression en intensité n’était évidemment pas encore terminée, mais l’atmosphère à l’Esplanade, un vendredi soir, était particulièrement réussie grâce au DJ.

A/Visions 1 / Théâtre Maisonneuve

Crédit : Vivien Gaumand

Ali Phi

L’artiste iranien Ali Phi a inauguré la première soirée de A/Visions avec MAQRUH, une performance audiovisuelle en sept parties qui combine des éléments de techno expérimentale avec des motifs musicaux et percussifs du Moyen-Orient et de l’Asie de l’Ouest. La trame sonore était accompagnée par une projection en monochrome de lieux centenaires, voire millénaires, rendus en nuage de points 3D, de vidéos trafiquées et d’illustrations métamorphosées en phénomène topographique.  

Les articulations entre les motifs mélodiques et rythmiques ont bien fait ressortir le cycle en plusieurs parties, chacune prenant le temps d’envelopper le public en ouvrant et fermant le thème visité. Les visuels ont ajouté beaucoup de sens à l’expérience sonore, en utilisant l’architecture qui se forme et se déforme comme du sable ou de la toile, dans un tunnel ou une spirale. Une première partie poétique, et exotique d’un point de vue occidental.

Crédit : Vivien Gaumand

Peter Kutin & Patrik Lechner

Le duo autrichien formé de Peter Kutin et Patrick Lechner a contrasté violemment avec une performance en direct du nouvel album de Kutin, Achronie. La pièce d’ouverture a débuté comme un oscillateur qui démarre, frappant un premier coup profond et réverbéré similaire à une poutre en acier qui frappe un conteneur. Le coup s’est répété en s’accélérant jusqu’à l’assourdissement, accompagné à pleine vitesse par un stroboscope jusqu’à l’aveuglement. Les sens étaient saturés après cinq minutes, mais heureusement le duo est passé à un segment moins agressif, alimenté par des sons désincarnés.

Les visuels étaient à la hauteur de la performance, prenant la forme de membranes qui vibrent, se déforment et s’étirent comme si elles étaient soumises à des interventions chirurgicales fatales. Certains segments avaient une esthétique un peu psychédélique, qui rappelle les liquid light shows des années 60, apportant de la couleur à la palette majoritairement noire et blanche. Une deuxième partie qui a rassasié la demande en expérience sensorielle intense.

Crédit : Vivien Gaumand

SCHNITT & Gianluca Sibaldi

Le duo allemand/italien SCHNITT (Amelie Duchow et Marco Mondarfini) et l’Italien Gianluca Sibaldi était en formule trio pour compléter le programme avec SCANAUDIENCE, une œuvre développée autour d’un appareil électronique qui scanne le public et alimente la performance en temps réel. Pas besoin de spécifier à quel point le concept est ingénieux et amusant, et permet au public de participer en saluant le public pendant une numérisation, par exemple. La trame musicale était assurée par de la synthèse rythmique minimaliste, accentuant l’esthétique de mécanismes et traitements numériques générés par le scanneur.

La performance commence un peu comme un examen de laboratoire, avec trois scientifiques placés devant un écran géant. Le scanneur s’active et lis une section rectangulaire du public à l’horizontale, à la verticale, en faisceaux séparés, créant une chorégraphique lumineuse dans la salle. Le résultat est projeté en conséquence, à l’horizontale, à la verticale et ainsi de suite de manière à recréer les sièges et ses occupants en points, lignes, nombres et finalement en photos en basses et hautes (rires dans la salle) résolution. Bien que ça ne soit qu’une partie du public qui ait été scanné, tout le monde était très heureux de cette expérience de numérisation, très différente de celle auxquelles la santé et la sécurité nous ont habitués.

Play 2 / SAT

Crédit : Bruno Destombes

Ambre Ciel

J’ai terminé la soirée à la SAT avec la prestation d’Ambre Ciel, alias Jessica Hébert, et une belle surprise relativement au fait qu’elle était accompagnée de quatre musiciens, une occasion rarissime à MUTEK considérant la nature des œuvres. Hébert était donc à la voix, au piano et violon, entourée d’une violoniste alto, une violoncelliste, un claviériste et un batteur / percussionniste. La formation était complétée par Myriam Boucher aux visuels parfaitement ajustés à l’atmosphère générée par la trame musicale.

Le public a eu droit à un moment unique durant lequel le temps s’est ralenti. Cette musique franco néo-classique a résonné dans la SAT d’une manière inhabituelle. C’était comme si la structure en béton avait été attendrie par les cordes et la voix d’Hébert, délicate comme la respiration d’une flûte traversière. Le claviériste était très expressif dans ses gestes par rapport à la subtilité de ce qu’il jouait, ponctué par la batterie estompée juste assez pour ne pas envahir les autres instruments.

Crédit photo: Bruno Destombes