Concerts

Les Cowboys Fringants à la Maison Symphonique, le 28 novembre 2022

On reconnaît ce quatuor fleurdelysé né au milieu des années 90 – encore debout et fier de son legs identitaire – à son ode patriotique En berne, à sa veille sensible sur la condition humaine de La bonne pomme. Entre éclat de vie et lutte du peuple pour sa survie.

Dans l’enceinte tout de bois massif et de résonances de la Maison symphonique, une Messe solennelle fut célébrée au bout des cordes vocales de Karl Tremblay, chanteur des Cowboys Fringants, et de la baguette de Maestro Simon Leclerc. L’Amérique était loin de pleurer dans cet environnement de pure puissance instrumentale, malgré les boules dans la gorge sur Plus rien et 8 secondes quivinrent chavirer nos âmes écologiques en perdition.

Crédit : Gabriel Fournier

Revisité par les virtuoses de l’Orchestre symphonique de Montréal, le répertoire prenait des airs de noblesse, sans perdre le moindre bémol d’authenticité aux compositions originelles. La familiarité humaine et musicale liait chacun des artistes, avec des moments récréatifs de mise en scène de ballounes de forme animale, lancers de gazous du parterre aux balcons et mousseux coulant ça et là sur scène et dans l’auditoire. Porte-voix au poing sur La manifestation, Jean-François Pauzé cherchait par sa fougue à haranguer la foule, mû par un élan de mobiliser ceux et celles qui furent des plus célèbres soulèvements québécois. Son jeu théâtral insuffla cet air de folie salutaire aux « crispements » du cœur d’Octobre et Plus rien. Sublime diva, archet comme extension de son bras, Marie-Annick Lépine baignait comme une sirène dans l’eau autour des pairs de l’orchestre, maniant ses instruments avec entrain et vigueur.

Crédit : Gabriel Fournier

Bercé par la nostalgie et l’humour, l’auditoire jouit de l’effet d’infiltration immédiat de la profondeur et de la poésie chez les membres de la formation qui ont prouvé le mariage de leurs accords avec la partition de chacun des musiciens. Et ce, même avec un soliste des bois qui s’en est donné à cœur joie lors d’une rigolote bataille avec Jérôme Dupras. Le chant lyrique s’est invité à deux reprises, par la participation complice de la soprano Karina Gauvin et le baryton Dominique Côté. Une relation amorcée en 2020 lors de l’enregistrement de l’album En concert avec l’Orchestre symphonique de Montréal, toujours avec Simon Leclerc à l’orchestration. Un admirateur du groupe qui n’a pas manqué de souligner la prestance de Karl Tremblay, digne et touchant.

Crédit : Gabriel Fournier

La clôture du concert, un rappel poignant des Étoiles filantes sur fond lumineux 2.0 de téléphones maintenus jusqu’alors – à la bonne heure – clos et muets, résonna à l’unisson… jusqu’au firmament montréalais. Rare moment d’intensité « qui apaise les quarantaines… »

Crédit photo: Gabriel Fournier