Concerts

Jean-Pierre Ferland à la cinquième salle de la Place des Arts le 6 février 2020

À 85 ans, le temps est-il venu pour Jean-Pierre Ferland de tirer sa révérence? Après l’acte manqué de 2007, où il avait offert un concert d’adieu en grande pompe au Centre Bell, la captation pour la postérité en sortie DVD, les adieux de la scène de l’auteur de Le petit roi étaient sans équivoque, ses admirateurs furent conviés à ce moment solennel. Rappelez-vous, le spectacle reporté de quelques semaines parce que sa pression était dans l’tapis, trop élevée, ordre du médecin. Puis, la révérence officialisée quelques semaines plus tard dans ce même Centre Bell, tirée un peu vite, on le sait, Ferland n’a jamais quitté la scène. Arnaque ou bonne nouvelle?

La question se posait hier soir alors que le grand séducteur de ces dames et non moins grand parolier offrait un tour de chant plus convenu, moins aventureux, en format réduit- piano-choriste-guitare-voix- dans une Cinquième salle pas tout à fait pleine, non pas à la salle Wilfrid-Pelletier où il a, au début des années soixante-dix présenté les albums Jaune et Soleil avec comme décor de scène une pelle mécanique-jaune, et refait l’intégrale dudit album aux Francofolies il y a une dizaine d’années.

Ferland était hésitant, a oublié plusieurs passages de ses chansons, en a recommencé au moins deux en cours de route, bref, on a parfois senti un brin de confusion, l’évidence est frappante: l’irréparable outrage du temps fait son oeuvre sur le monstre de la chanson. Dix-sept titres ont été joués hier en deux parties. Au fond des choses le soleil a lancé la soirée, on approuve, le refrain est marquant: Le soleil, emmène au soleil….Puis, les After shave, T’es belle (que c’était ardu…), Quand on se donne, Si on s’y mettait (après un faux départ), T’es mon amour, t’es ma maîtresse (l’omniprésence de sa femme-choriste a vite exaspéré, jonchée sur ses talons hauts et qui a passé une bonne partie de la soirée à côté de lui, de deux pieds moins grands). Beaucoup trop de place donnée à une choriste surtout en format réduit, une faute de goût dans la mise en scène. Le petit roi, présenté avec cette belle anecdote du concert 1 X 5 en 1976 sur le Mont-Royal, était presque fidèle à l’originale même sans batterie. Qu’est-ce que ça peut ben faire a été exécutée sans faute, Ferland était totalement investi. Puis en fin de premier set, Le monde de Benjamin, chanson écrite à la demande de la comédienne Patricia Paquin pour son fils autiste, du récent Ferland à se mettre dans les oreilles, un très beau texte sur une musique mièvre et consensuelle. Entracte.

La deuxième partie n’a guère laissé une meilleure impression. Trop de ballades, trop d’airs convenus, aucune folie, pas de Swinguez votre compagnie ou d’Écoute pas ça. En lieu et place, Avant de m’assagir, Que veux-tu que j’te dise, Les immortelles, Les fleurs de Macadam (chutes de tonalités, passages oubliés), puis Je reviens chez nous (Met du feu dans la cheminée…), écrite après ses déboires parisiens, suivi d’Une chance qu’on s’a, La musique (sa préférée nous a-t-il confiés), Un peu plus haut un peu plus loin (la choriste qui fait encore des siennes en enterrant l’octogénaire), mettons que ce n’était pas et ce ne le sera plus jamais, le duo avec Ginette Reno sur les Plaines à Québec….Au rappel, Je ne veux pas dormir ce soir, qui compléta la surenchère de chansons remplies de bons sentiments.

Si vous n’avez jamais vu Jean-Pierre Ferland en spectacle, il faut le voir au moins une fois dans sa vie, son art, sa signature unique, son legs musical, même au crépuscule de sa vie en vaut la peine. Pour les admirateurs de longue date toutefois, le choix des chansons était discutable.

Le 9 février à la Cinquième salle.

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