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Heart – Love Alive Tour avec Sheryl Crow et Elle King au Centre Bell le 16 juillet 2019 : Dames de cœur

Le retour sur scène hier soir du groupe rock américain de Seattle mené par les sœurs Ann et Nancy Wilson était inespéré. On le confirme : elles ont toujours la pêche.

Les frangines se sont réconciliées suite à une querelle de famille (il y a trois ans, le mari d’Ann aurait pris à partie les garçons de Nancy à l’arrière-scène). Grosse fébrilité, d’autant plus que le programme triple présenté chevauchait trois générations de femmes du rock : la plus jeune, Elle King, fille du comédien Rob Schneider, 30 ans, qui monte les marches de la célébrité à la vitesse Grand V, Sheryl Crow, l’auteure et parolière de 57 ans qui maîtrise la mélodie contagieuse et le riff de guitare accrocheur comme pas une et en haut de l’affiche, Heart, souverain sur les ondes rock FM depuis Magic Man sorti en 1975 malgré des années 90 et 2000 plutôt quelconque. Ann a maintenant 69 ans et Nancy 65.

La tournée s’intitule Love Alive, comme la compil sortie en 2005 et surtout comme la chanson parue sur l’album Little Queen en 1977. Drôle de soirée tout de même. On a eu de tout : des chansons classiques, des plus obscures, des ballades qui tuent et des interprétations… discutables.

Au son de la chanson I’ll Stand By You de Chrissie Hynde et les Pretenders les lumières se sont éteintes. Nancy était déjà prête à faire feu, les deux mains sur sa guitare, les jambes écartées, regardant son batteur pour indiquer le signal. Dès le départ, Rockin Heaven Down du disque Bebe Le Strange (1980) avait de quoi surprendre, lente intro, construite sur une progression d’accords plutôt convenus, pas la taloche qu’on attendait. Sa sœur Ann s’avance au micro, chaussée de pompes rouge vif, on goûte pleinement la vitalité de sa voix, sa vigueur, son intensité. Tout au long des 17 chansons du concert, Ann Wilson a chanté comme une intouchable diva, le même grain, le même pitch dans les hautes notes. Le bonheur.

Magic Man et l’incandescente Love Alive, magnifique chanson en mode semi-acoustique et au texte poignant ont bien lancé les retrouvailles. Ce n’était rien de moins qu’exquis. La très céleste Your Move de Yes aux riches harmonies vocales (qu’on entend sur le vinyle de 1971 The Yes album en intro d’I’ve Seen All Good People) a à la fois étonné et plu au final. Arrimage réussi dans l’univers musical de Heart.

On se questionne toutefois sur la nécessité de jouer I Heard It Through The Grapevine, le succès motown popularisé par Marvin Gaye en amorce à Straight On (Dog and Butterfly, 1978). Fausse bonne idée. Puis The Boxer (fausse bonne idée no. 2) de Simon and Garfunkel enchaîne avec l’explication de Nancy : « on veut rendre hommage aux chansons qui ont bercé notre jeunesse ». Ah oui ? Et Comfortably Numb de Pink Floyd paru en 1980, après cinq albums de Heart publiés ? On est perplexe. C’est comme Hallelujah de Cohen : pitié ! On l’entend à toutes les sauces, c’est devenu un cliché, une faute de goût, une paresse artistique. Et quand le cristallisant solo de guitare de Gilmour est massacré ainsi, on est loin de compte.

Pourquoi diable ? J’aurais bien pris des chansons de Heart à la place : Heartless ou Kick it Out ou Dreamboat Annie, tiens. Heureusement, These Dreams, What About Love, la presque prog et méconnue Mistral Wind et la finale Crazy On You qui a fait bondir l’auditoire ont bien rendu justice au patrimoine musical du groupe, qui depuis le départ du guitariste Roger Fischer en 1978, n’a plus le même mordant disons. Cinq musiciens dont plusieurs nouveaux entouraient les sœurs Wilson. Mais la fameuse intro de Crazy On You à la guitare sèche de Nancy Wilson avec son strumming frénétique se buvait comme du petit lait. Précis, limpide, efficace.

Au rappel, le bonheur était définitivement dans le pré avec la chanson de Led Zeppelin aux parfums médiévaux, The Battle of Evermore (Led Zep IV, sur lequel on retrouve Rock and Roll et Stairway To Heaven) joué en configuration « feu de camp », tout le monde collé serré au-devant de la scène, deux mandolines à l’avenant et Ann Wilson, encore une fois, intouchable, investie, en osmose parfaite avec les mots de Robert Plant. En hurlant Bring it Back! Bring it Back ! à la fin, elle y a presque laissé ses cordes vocales. Immense.

Une autre power ballade a suivi, puis Nancy a aussitôt fait grincer frénétiquement sa guitare sur l’intro de Barracuda. Le moment que plusieurs attendaient. Le gros hit de rock classique joué avec l’aplomb de grands soirs qui a consacré Heart au Rock & Roll Hall of Fame en 2013… sur un discours de présentation de feu Chris Cornell.

Heart a rendu les services. Les succès ont été joués. Et la verve des sœurs est intacte.

Mais j’aurais bien troqué quelques reprises pour d’autres chansons du groupe.

Un mot sur Sheryl Crow : Elle a volé le show. D’entrée, avec A Change Would Do You Good, le nirvana était déjà atteint. Le beat pompait des sensations fortes, Crow était sublime avec son assurance, sa voix douce et claire et son interaction avec le public. Bref une grande caresse americana qui a secoué le Centre Bell qui lui a réservé une ovation monstre à la fin. Le juke-box d’une heure offrait des titres comme All I Wanna Do, Leaving Las Vegas, If It Makes You Happy, Soak Up the Sun et Every Day Is a Winding Road, tous exécutés par un band sublime de six musiciens, nettement supérieurs à ceux de Heart. Les deux guitaristes étaient dans une classe à part, toujours le bon solo avec la bonne guitare, les harmonies vocales irréprochables, un batteur qui écoute et regarde, tout ça sonnait comme le moteur d’une Ferrari.

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