Concerts

The Musical Box à la salle Wilfrid-Pelletier le 18 mai 2019 : Genesis dans tous ses états

Peter Gabriel a quitté Genesis en 1975. Ce qui ne l’a pas dissuadé il y a quelques années d’emmener ses enfants à un des concerts du groupe québécois The Musical Box qui rend hommage de brillante façon au groupe culte britannique  «pour qu’ils voient ce que leur père faisait».

Samedi soir, la salle comble de 2,990 spectateurs est venue aussi apprécier la musique que Gabriel faisait avec ses comparses Tony Banks, Phil Collins , Mike Rutherford et Steve Hackett à la fin des années 60 et au début des années 70. Genesis est probablement le groupe fondateur du rock progressif, ou de «l’art rock» avec son côté théâtral. Mais personne n’est dupe, après Trick of The Tail, premier disque sans son chanteur et idéateur, point de salut. Non, mais, qui veut entendre Abacab ou Follow you Follow Me, des chansons formatées, consensuelles, à mille lieues des albums géniaux de la période 1969 à 1975? 1976, si l’on inclut l’obscur Wind and Wuthering?

Après avoir donné dix-sept concerts dans l’Ouest américain et quelques dates canadiennes, The Musical Box continue sa route avec huit autres concerts aux US, dont New York et Atlanta avant de revenir à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières le 13 juin. Puis ça repart en Allemagne à l’automne, leur second domicile (à l’instar de Voivod), pour une dizaine de représentations entre Berlin et Munich.

On en est là avec The Musical Box, fondé en 1993 par Sébastien Lamothe et auxquels se sont joint, parmi les nombreux changements de personnel, le chanteur Denis Gagné, le nouveau claviériste Ian Benhamou, François Gagnon et Bob St-Laurent.

Samedi, donc, Denis Gagné, Lamothe et Serge Morrissette, «le sixième membre», à la fois gérant, guide, concepteur, la sommité Genesis et gardien de l’oeuvre, qui n’est pas muséale, mais un art vivant, ont conçu l’Extravaganza vu hier et éprouvé en Europe en 2018 et début 2019 avant d’aboutir à Montréal.

Des inédites, des chansons jamais jouées par Genesis devant public et des classiques ont meublé le répertoire de samedi. En récréant les concerts le plus fidèlement possible avec les dialogues de scène de Gabriel, The Musical Box a voulu souligner les 50 ans de Genesis en trois volets.

Act 1 – The Wind’s Tale, Trick of the Tail et Wind and Wuthering. Dance on a Volcano, Los Endos et Entangled étaient incluses dans ce premier bloc avec des animations et diapositives des deux albums suivant le départ de Gabriel qui était à réaliser son premier disque solo et son succès Solsbury Hill. Pas de costumes ni de grande mise en scène ici, les nappes de mellotron enterrent un peu la voix de Gagné, heureusement ça se place après l’entracte.

Puis, Act 2Broadway Melodies, pas moins de neuf chansons du double vinyle de 1974 The Lamb Lies Down on Broadway, sixième offrande de Genesis qui raconte l’histoire complexe de Raël, jeune portoricain qui débarque à Manhattan. Même en omettant volontairement la pièce-titre on a été transporté par la douce ballade The Carpet Crawlers, le rock fuzzé de Lilywhite Lillith, In The Cage, Back in NYC, Counting Out Time des titres moins connus comme Hairless Heart et The Waiting Room. Grande primeur de ce segment, les diapositives du spectacle d’origine sont projetées, question de se plonger à fond dans l’imaginaire de Gabriel. C’est fabuleux. Gabriel avec sa veste de cuir, torse nu, tel que je l’ai vu en 74 au Forum.

Le dernier droit s’intitule Act 3 – Before the Ordeal. On remonte aux débuts du quintette anglais avec les albums Trespass, Nursery Cryme, Foxtrot et Selling England By The Pound, mais pas le fameux Genesis Live sur lequel on retrouvait Watcher of The Skies et The Knife, deux titres joués souvent lors des tournées précédentes. Neuf autres pièces d’orfèvrerie portées par la grâce, de Cinema Show à The Firth of Fifth (avec la superbe intro au piano qui a soulevé la foule). Juste pour Looking for Someone, première plage de Trespass (1970) ça valait le prix d’entrée.

Au rappel, le coup de grâce tiré de l’album Nursery Cryme de 1971, The Musical Box, morceau d’anthologie en plusieurs actes. Play Me My Song, demande Gabriel avec insistance…Here It Come Again répond cette voix maléfique! Cette étrange dame vêtue d’une robe rouge et masquée d’une tête de renard marche d’un pas mesuré, lent, comme si l’on assiste à un rituel, derrière les musiciens, puis s’avance au milieu de la scène dans toute sa théâtralité et son suspense, ce sera l’acte final, l’apothéose, le poignard au coeur, toutes sonorités déployées, Why don’t you touch me? implore t-elle, Now Now Now Now Now!

Les habitués se sont demandés pourquoi pas le masque de vieillard avec le projecteur sous la face pour augmenter l’effet et le geste provocateur du personnage haranguant la foule au pied de la scène comme il l’avait fait en 1974 lorsque je l’ai vu de mes yeux vu au Forum? Suffit d’écouter les paroles. Ce lien de sang qui unit Nursery Cryme et Foxtrot, comme une même oeuvre. La renarde bien en vue sur la pochette du second dans une chanson du premier.  On fait le rapprochement. Est-ce ce vieillard caché dans la robe rouge, comme le méchant loup dans le Petit Chaperon Rouge? Le raccourci est gros, mais la métaphore est puissante. Tant qu’à être au pays des contes et légendes. Et qui sort de son cocon comme un papillon maudit? Comme Anakin et Darth Vader? Ha! Ha! Ha! Je m’amuse avec vous. Ce n’est pas les délires créatifs dans l’univers du fantastique qui manquaient  à la fin des années 60. Ovation debout, jusqu’au troisième balcon. Le retour à la maison des grands voyageurs. L’immense fierté. Le ressenti d’avoir vécu Et les originaux ET les fidèles propagateurs.

À la fin du concert, Denis Gagné, celui qui n’imite pas, mais qui réincarne Peter Gabriel comme un acteur et non un comédien, toute la nuance, a donné rendez-vous au public montréalais le 4 janvier 2020, avec un nouveau spectacle, Volume Two. Une suite logique à Extravaganza, qui débusque des trésors et des inédits mêlés aux monuments? C’est à croire que oui.

D’ici là, Steve Hackett, ex-guitariste de Genesis qui a déjà joué avec The Musical Box en 2002 et 2012 revient au Théâtre Maisonneuve les 21 et 22 septembre alors qu’il jouera l’intégrale de Selling England By The Pound. Il ne reste plus de billets.

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