Concerts

FIJM 2018 – Alexandra Streliski, Melanie De Biasio

Dernier retour sur le jazz en compagnie de la pianiste montréalaise Alexandra Stréliski et la belge Melanie De Biasio.

Alexandra Stréliski assurait hier soir la première partie de Melanie De Biasio au Monument National, et disons que c’était un départ assez boiteux pour ma dernière soirée au FIJM. Son petit piano minimaliste entre Philip Glass et la bande sonore d’Amélie Poulain nous a roulé des arpèges pendant cinq ou six pièces d’une similitude quasi industrielle. Le pseudo post-romantisme a visiblement fait rage dans l’esprit de la pianiste relativement douée, qui interprétait ses compositions avec passion — tant mieux! On était vraiment pas loin d’une pub anarcho-positiviste de Coca-Cola, mais on y était sur un moyen temps au moins — j’ai appris après avoir eu cette impression que Stréliski faisait justement de la musique de publicités… C’était un peu comme des pièces pour piano et voix de Patrick Watson avec moins d’émotions. Les mélodies étaient prévisibles, les progressions étaient prémâchées, les arrangements étaient un peu laborieux par moments, les courbes des compositions n’étaient pas très bien mises en relief… Bref, ce n’était pas tout à fait réussi.

Melanie De Biasio

À l’opposé du spectre, Melanie De Biasio est apparue et nous a donné, avec son trio, un concert qui frôlait la transcendance. Rarement a-t-on l’occasion de voir un concert aussi habilement ficelé au niveau des nuances. Avec ses courbes un peu post-rock, la dynamique du concert est partie d’un doux infinitésimal pour bien nous faire voyager au travers de leur énorme spectre dynamique — énorme de par sa définition, parce qu’il n’allait en fait pas très haut. Le piano d’un feutré impressionniste, les nuances dignes d’un début de concert de Sunn O))), les chuchotements dominant la batterie, les magnifiques synthés en retrait qui soutenaient le piano, la définition et le timbre de la flûte et de la voix de la chanteuse, et l’éclairage sombre et diffus par-dessus tout ça… Le tout prenait des airs sacrés tellement il était précis, travaillé, distant, tellement chaque évènement — même le silence — était imposant.

Si je mets mon masque de supercritique, je dirais qu’il y avait trop de ressemblance entre les pièces, ressemblance causée principalement pas le manque de variété esthétique et dynamique de chaque instrument — le concert était somme toute un tantinet monotone. L’occasion d’emprunter des nuances plus fortes a été contournée à au moins deux reprises. Ce n’est pas dramatique, mais ça aurait procuré un sommet dynamique au concert. Mais avec une batterie aussi mature et subtile, des synthés aussi humbles et efficaces, un piano aussi doux et attentionné, une voix aussi douce et définie, et surtout une symbiose aussi maîtrisée de tous ces éléments, il est dur de dire autre chose que : bravo!

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