Concerts

Festival International de Jazz 2019 – Larry Grenadier et Nik Bärtsch Ronin

Larry Grenadier était au Gesù jeudi soir dernier pour nous présenter un concert en solo — tout un contrat, même pour un bassiste de renom ayant joué notamment aux côtés de Meldau, Maalouf et Metheny — qui enchaînait des interprétations, des réinterprétations et des compositions. Il était facile de sous-estimer la difficulté d’une telle entreprise : celle de donner à la contrebasse suffisamment de définition et d’expressivité pour garder l’intérêt du public.

Malheureusement, son beau son riche n’a pas suffi à camoufler son pizz monochrome, sa rythmique carrée (ou même crispée), ses écarts de justesses et son incontinence dynamique. Où étaient passées les nuances de cet instrument doux et plaintif ? Dans la technique jazz.

L’atmosphère intimiste a certainement plu à plusieurs, mais rapidement le vrai jour de l’instrumentiste, celui de la longueur et de la douceur fatale, se montrait à nous. Dans ses compositions, peu d’harmonies allaient au-delà du convenu, les formes étaient trop longues, les développements négligés, et on n’avait jamais l’impression d’aller quelque part — ni d’en revenir. Tout ça couplé à son attitude bavarde aux airs quasi raëliens et à sa tendance à cette fameuse virtuosité sensationnelle, cet outil d’apparat devant lequel les genoux du Thundercat doivent certainement fléchir… C’était un récital du dimanche joué un jeudi.

La journée d’hier, elle, a visiblement porté conseil à Nik Bärtsch et ses acolytes durant l’avant-dernière soirée présentée dans le cadre des 50 ans de l’ECM. Leur jazz minimaliste, presque prog, rythmé jusqu’aux polyrythmies les plus fluides a soufflé sur mon festival un vent de fraîcheur. Peu de groupes ont su porter leurs instruments de façon aussi holistique que le pianiste de même que le clarinettiste basse et le saxophoniste alto, Sha.

À certains moments, les yeux clos, leur son ainsi que celui de la basse électrique fusionnaient magnifiquement. Je dis à certains moments, parce que le bassiste était le maillon faible du groupe, non seulement pour son manque de synchronicité, mais aussi pour la pauvreté de son travail harmonique. C’est d’ailleurs un défaut qui ne part pas que de lui, mais aussi de la composition : pousser le concept d’un minimalisme matériologique à l’extrême, à la Beethoven, c’est ben beau, mais il faut quand même savoir diriger l’harmonie en sa faveur. Les compositions manquaient de saveur à ce niveau. Ni le didactisme des notes que le bassiste choisissait, ni le son style « gig de batteur pigiste pour Juste pour rire » n’aidait la cause. Dommage d’ailleurs, parce que Kaspar Rast est un très bon batteur, auquel il ne manquerait peut-être qu’un peu de nuances douces pour en être un excellent.

Néanmoins, leurs compositions étaient rafraîchissantes, au point où elles traversent un pont entre les styles que plusieurs ont échoué à ériger. Je pourrais continuer de m’époumoner pour faire valoir l’importance et la puissance d’une bonne utilisation de techniques étendues sur les instruments, mais à quoi bon quand une maigre pièce d’une vingtaine de minutes peut nous le faire vivre. Les compositions et les orchestrations de Nik Bärtsch’s Ronin sont d’une grande finesse rythmique, mais l’harmonie et la forme sont leurs deux points faibles. Avec ces deux éléments pris en charge (et un bassiste plus conscient de ses rôles), on pourrait se retrouver devant une magnifique branche du jazz contemporain.

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