Concerts

Alan Parsons Live Project : Maître Corbeau, fromage au bec

C’est dans un Théâtre Maisonneuve affichant complet que le musicien britannique de 70 ans a retrouvé ses fans après une absence de cinq ans.

 

Fallait bien voir au moins une fois dans sa vie un concert du Alan Parsons Live Project. Après tout, sa glorieuse époque de 1976 à 1982 où il était souverain sur les ondes FM avec des albums comme Tales of Mystery and Imagination qui nous plongeait dans l’univers d’Edgar Allan Poe et sa chanson qui l’a fait connaître au Québec, The Raven (avec son apocalyptique finale: never more never more never more Raven!)  et son disque suivant I Robot, riche en inventions, en ambiances et climats, bien campées dans les tales du prog, concédant un mariage parfait entre guitares rock, claviers planants et d’harmonies vocales sibyllines; on se pourléchait les babines à l’idée de revisiter une époque musicale pas si révolue que ça finalement.

Il est arrivé sur scène avec ses sept musiciens, traînant d’un pas lourd son imposante carrure et sa besace généreuse, la tignasse bien garnie et son indissociable barbe, ressemblant à un Wolfman Jack à s’y méprendre avec au-dessus de lui une aura qui confère au mythe : ancien assistant-ingénieur de son chez EMI qui a lancé sa carrière avec le disque Let it Be des Beatles (on le voit dans le film, sur le toit du studio Abbey Road en 1969), accédant au Panthéon du rock en étant derrière la console lors de la réalisation du disque The Dark Side of The Moon de Pink Floyd en 1973, sans oublier son travail sur Year of The Cat, album marquant d’Al Stewart et Wings Wild Life et Red Rose Speedway, albums des débuts solo de Paul McCartney. Bref, il y en avait autant pour le buffet que la caboche. Voilà pour le préambule.

Eric Woolfson, son partenaire créateur et vocaliste à l’empreinte indissociable nous ayant quitté en 2009, les premières chansons donnaient une vague impression d’Uderzo sans Goscinny et la nouvelle One Note Symphony, suivi de Damn If I Do et Don’t Answer Me ont passé le test, mais sans grande conviction. Todd Cooper et sa voix nasillarde ne m’a pas convaincu, laissant le micro à l’américain PJ Olsson, chanteur principal du APLP (aussi collaboré avec Rufus Wainwright, Placebo et Beth Orton), nettement plus à la hauteur avec Time, douce incantation qui a donné le premier standing ovation de la soirée. S’en est suivi Breakdown / The Raven,  I Wouldn’t Want to Be Like You (splendidement chantée par le guitariste Jeff Kollman qui reçoit la seconde ovation), puis l’excellente Psychobabble tirée de Eye in the Sky (1982), au travers des Miracle (premier simple de son prochain disque à paraître le 26 avril, The Secret), l’instrumentale Luciferama et Don’t Let it Show. Entracte. Première impression : Parsons, perché sur un petit riser au centre de la scène derrière le groupe a l’air d’un maître qui surveille son oeuvre. Il gratouille sa guitare acoustique en douceur sans grande incidence sur le tintamarre général. Et chouette affaire, il communique avec la salle dans un français riche et élégant.

Durant cette première partie, il ira d’une diatribe contre les téléphones cellulaires : « la scène est très grande, mais hélas, il y a des gens dans la salle qui préfèrent la voir par un tout petit écran ». Ses deux mains épousant la taille d’un téléphone : « De toute façon, vos vidéos sonneront like crap une fois en ligne. Please stop doing that, thank you ». Applaudissements.

La seconde partie avec l’instrumentale I Robot, et une dizaine d’autres dont Limelight, Can’t Take It With You, As Lights Fall, Standing on Higher Ground, Sirius et la finale Eye in The Sky, le plus grand succès commercial d’Alan Parsons, un rock au tempo gentil entonné en choeur plus que dansé, auront ravi le public dont Mitsou faisait partie ! Games People Play au rappel complétera la panoplie de hits radio joué devant un public de 40 ans et plus, assorti de jeunes vingtenaires curieux.

Que faut-il en conclure ? Bien sûr, la technologie analogue a laissé la place aux moyens d’aujourd’hui. Les grandes productions de jadis ont cédé le pas aux guitares brutes, moins de claviers, en gros, c’est moins space. Alan Parsons se renouvelle tout de même et poursuit sa route à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec le 26 février. L’ album-concept The Secret enregistré chez lui à Santa Barbara en Californie sera publié le 26 avril sur l’étiquette italienne Frontiers. Le coffret 35e anniversaire du classique Eye in the Sky est sorti. Et il est toujours en mesure d’offrir sur scène le meilleur de sa discographie. C’est déjà pas mal.

 

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