Concerts

AKOUSMA 16 au Vivier le 22 octobre 2019

La seizième édition du festival AKOUSMA commençait officiellement mardi soir au Vivier, le Carrefour des musiques nouvelles situé au Gesù. Le programme proposait trois pièces courtes et relativement percussives et une quatrième résolument plus longue et méditative. Le contraste entre les deux était bien planifié et a réussi à garder les oreilles bien attentives jusqu’à la fin.

Philippe Leroux

Philippe Leroux a brisé la glace avec M.É. (1998), magnifique pièce concrète développée en trois parties. La première ouvre sur des pulsions coulissantes et des notes de piano soutenues, laissant d’abord le silence ponctuer les événements, et augmentant ensuite la densité avec de l’accumulation scintillante. La mélodie à l’orgue prend le dessus sur la respiration des sons et s’impose momentanément comme un solo déconstruit. La deuxième partie rampe hors du silence comme un frottement circulaire sur de la poterie qui fait varier la phase de sa vibration. Ça s’élance ensuite dans une montée élastique, dissonante, comme un mécanisme difficile à remonter, la concordance du phrasé avec l’arrivée des voix féminines est absolument fantastique. La troisième partie reprend les notes de piano, accompagnées cette fois-ci de percussions itératives et de pulsions acoustiques. La masse varie légèrement en épaisseur et conclut en reprenant le frottement circulaire. L’écoute était très plaisante, proposant une élasticité fascinante de la matière sonore et une articulation précise de la forme.

Panayiotis Kokoras

Panayiotis Kokoras a pris le relais avec Qualia (2017), première pièce également développée en forme concrète, mais focalisant un peu moins sur la manipulation de la matière et plus sur le mouvement de celle-ci, du moins dans la salle. L’ouverture propose une sirène d’ambulance jouée comme des notes de solo de guitare métal/cri d’oiseau exotique, placé au-dessus d’un murmure d’orignal. Ça devient très intéressant lorsque la section des feux d’artifice et flûtes d’anniversaire s’ajoute à la partie, s’inspirant du « mickey-mousing » pendant un instant. Tout se dégonfle par la suite, laissant les oiseaux chantonner brièvement, interrompus brusquement par un geyser qui dissone lorsque l’accord retombe. Le mouvement devient plus percussif, combinant tous les éléments jusqu’à ce que la structure se déconstruise comme si tous les boulons tombaient les uns à la suite des autres. Le pont nous déplace vers la forêt où l’on retrouve les oiseaux et l’orignal, passant ensuite au marais avec ses grenouilles. Le rythme revient progressivement en force, fonçant comme un train dans la mise à feu d’une fusée synthétique. Ça se conclut dans la nature, disposée d’une si belle façon qu’on ne se demande plus si c’est un échantillon sonore ou de la synthèse fabriquée à la main.

La deuxième pièce de Kokoras, Rhino, proposait une forme mixte avec trame concrète/bruitiste par-dessus laquelle Jean-Marc Bouchard performait la partie au saxophone baryton. Le niveau d’itération établit dès le départ un découpage serré au quart de tour, enveloppé dans de grandes respirations qui font accélérer ou ralentir le phrasé, selon le moment du souffle. Le mouvement passe à un décollage de fusée, Kokoras saturant la trame et Bouchard montant dans les aigus comme les dernières notes d’un solo. Le tout redescend à l’itération de départ, faisant sourire avec son rythme tout doux de narguilé, variant ensuite en espacement et en pesanteur jusqu’à une marche militaire. La suite prend un virage sci-fi, comme une suite d’explosion dans une bande-annonce, qui s’assoupit tranquillement sur fond de criquet trafiqué. Le duo remonte le mécanisme une dernière fois jusque dans les aigus, saturant la trame comme une bouilloire prête, et se décompressant en une respiration reposée de nez endormi. La pièce en soi fait penser à un épisode de ronflement, ce qui apporte sa part d’amusement, mais c’est surtout la performance de Bouchard qui nous tient sur le bord du siège, donnant un aperçu du niveau de maîtrise nécessaire pour ne pas être à bout de souffle. Chapeau. 

Eliane Radigue

Arthesis (1973) d’Eliane Radigue, qui est probablement la première compositrice à créer une pièce minimaliste drone, terminait le programme de façon bien plus introspective avec François Bonnet aux commandes de la spatialisation. L’ouverture en vagues synthétiques a mis en place une atmosphère relativement sci-fi, dans le sens qu’elle faisait penser aux différents appareils technologiques bourdonnant pour maintenir un vaisseau spatial en vie. La pièce nous fait visiter les lieux en passant (très) lentement d’une combinaison de vitesse d’oscillation à l’autre, en étant plus sourde dans les basses et plus résonante dans les hautes. Au-delà de la matière sonore, c’est évidemment l’effet sur le corps et la conscience qui a pris le dessus sur l’écoute, au point où je suis sorti légèrement assommé par mon niveau de détente. Le voyage introspectif a été particulièrement satisfaisant.

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