Chroniques

Qualité Motel vogue vers la tournée responsable

Les cinq gars de Qualité Motel — le projet sectaire du groupe Valaire — sont sur le point de réaliser un pari complètement fou ; celui d’exécuter une tournée de 22 jours entièrement carboneutre, écologique, responsable, locale, et ce, en voilier.

J’ai rencontré la tête pensante de La Virée du St-Laurent, France Basilic, ainsi que Luis Clavis pour tout savoir sur cette incroyable épopée qui commence ce jeudi 19 août.

De gauche à droite, François-Simon Déziel (France Basilic), Thomas Hébert (Robert To), Louis-Pierre Phaneuf (Luis Clavis), Julien Harbec (Kilojules) et Jonathan Drouin (DRouin).
Photo :
Émilie Beauchamp et Dalita Khy 

François-Simon Déziel et Louis-Pierre Phaneuf, respectivement connus sous leurs alias, France Basilic et Luis Clavis, me donnent rendez-vous au Village au Pied-du-Courant à Montréal. Il fait canicule, on a les pieds dans le sable. J’arrive sur les lieux en même temps que Luis Clavis, à qui je demande comment vont les préparatifs en vue de leur départ dans quelques jours.

«Faut vraiment que je me trouve un bon imperméable, dit Luis, penaud. J’ai le même que la dernière fois et je me souviens m’être dit que j’aurais pu avoir un peu mieux!» J’ai l’impression que les gars ont appris beaucoup des erreurs et des expériences de leur tournée-pilote en 2019. «Cette fois-ci, France s’est acheté des patchs», complète Luis.

En effet, France a beau être celui qui a les deux mains sur le volant de La Virée depuis le début, il a réussi à oublier de s’apporter des remèdes pour son mal de mer en 2019.

Le meneur du projet ajoute que cette fois, la tournée aura un rythme moins essoufflant. «La dernière fois, c’était effréné, on a fait de très très grandes distances en peu de temps. On a réalisé qu’il fallait se prévoir des journées off pour avoir du plaisir à le faire, ce projet-là. De cette manière-là, ça a plus de sens avec le message aussi avec le principe de ralentir et d’être plus en cohérence avec la nature», admet France.

«Essayer d’aller vite en voilier, c’est un non-sens», fait remarquer Luis, ce qui déclenche l’hilarité générale.

Photo : Émilie Beauchamp et Dalita Khy 

Vivre sur un voilier pendant 22 jours


La bande de Qualité Motel quittera Montréal le 18 août en direction de Gaspé à bord de deux voitures électriques Communauto. Pour donner suite à ces 12 heures de route, les artistes présenteront un premier concert le lendemain à cet endroit, puis monteront à bord du voilier GrosLoup avec l’équipage de La Belle Vie Sailing.

Même si les gars du groupe pourront compter sur un capitaine et son équipe pour les conduire, ils savent qu’ils devront se relever les manches et donner un coup de main pour naviguer. «Nous connaissant, on ne va pas les regarder travailler en mangeant une barre tendre», lance Luis, qui parle par expérience.

À bord de l’embarcation de 43 pieds comprenant trois chambres à coucher, ils parcourront plus ou moins 520 miles nautiques, soit 900 kilomètres terrestres — et 22 jours seront nécessaires pour l’aboutissement de la tournée. Je ne peux que m’incliner bien bas devant l’initiative, qui défie en tous points le confort et les habitudes du montréalais moyen. C’est pourquoi la vie au jour le jour sur le voilier m’intrigue au plus haut point.

Photo : Émilie Beauchamp et Dalita Khy 

Penser à tout


Pour prévoir comment se déplacer, manger, dormir, consommer et utiliser de l’énergie responsablement, Qualité Motel a collaboré avec les filles de l’iniative québécoise Artistes Citoyens en Tournée, qui a pour mission de promouvoir des pratiques écoresponsables dans le milieu des spectacles.

Tout d’abord, le fait de voyager à voiles avec l’énergie du vent allège déjà l’empreinte écologique de la tournée. La paire de musiciens m’explique aussi que l’hydro-électricité et les batteries solaires qu’ils comptent utiliser ont peu ou pas d’impact sur l’environnement. «En tous cas, beaucoup moins qu’une génératrice, selon France. La capacité est bonne, mais elle n’est pas infinie, alors il faut être intelligent dans notre gestion énergétique, par exemple quand on recharge le matériel, les caméras, les ordinateurs et tout ça. Le chauffage fonctionne là-dessus aussi, donc, on peut pas tout faire en même temps!»

Du côté de la consommation, France s’est assuré que tout ce qu’ils doivent utiliser soit réutilisable «dans le meilleur des mondes». Ça comprend des boîtes sur le navire pour conserver le recyclage et le compost pour ainsi «les gérer adéquatement» rendu sur la terre ferme. «Sinon, quand on arrive sur place, les équipes sont breffées et on essaie de n’avoir que des partenaires qui sont locaux et qui ont une démarche durable.»

Par exemple, Qualité Motel s’est organisé des boîtes de ravitaillement uniquement remplie des produits d’artisans locaux, des fruits de mer, des trucs qui se cueillent uniquement dans la région. «Les partenaires qui ont décidé d’embarquer dans c’te projet fou-là sont vraiment nice.» Pour abreuver les spectateurs durant les concerts, les distilleries Saint-Laurent de Rimouski et Puyjalon de Havre-Saint-Pierre se sont alliées pour tenir un bar à cocktail local à 100% tout au long du périple.

Finalement, les gens pourront participer à des séances de ramassage de déchets sur les plages visitées. On comprend que France est sur ce projet de façon ininterrompue, parce que tout, tout, tout de l’expérience de la Virée du St-Laurent est calculé et original. «J’dors pas la nuit!» 

Photo : John Londono (2019)

Engendrer des conversations


En ce qui concerne Luis, La Virée du St-Laurent est surtout une belle occasion d’entamer des discussions autour de l’écoresponsabilité dans le milieu du spectacle. «C’est pas tant pour revendiquer de quoi, ou être moralisateur, ou pour montrer que c’est comme ça qu’il faut faire. C’est juste que c’est tellement un projet qui fédère. […] Tout ce que ça fait, c’est que ça engendre des conversations. Je pense qu’il n’y a rien de mieux que d’être dans l’action pour être inspirant, pour enclencher certains mouvements.»

Il faut remonter jusqu’en 2018 pour retracer la genèse de ce projet alors que les membres de Valaire / Qualité Motel ont eu un éclair de génie. Ils étaient en pleine tournée. France raconte l’origine de la Virée. «On trouvait ça cool de s’imaginer faire de la tournée, mais sur l’eau. Au départ on pensait à un ponton avec du monde qui chillerait autour.»

Toutefois, l’idée se transforme assez rapidement. «C’est juste qu’avec la volonté de s’améliorer un peu dans nos pratiques, puis de faire les choses de manière plus cohérente, c’était devenu logique de réaliser cette idée-là en voilier et d’explorer une vraie manière différente de faire de la tournée qui est, on s’entend, super intense, extrême et très hors du commun. C’est un projet-test où on essaie des affaires, on se casse les dents et on regarde comment ça évolue. Comme Luis le disait, c’est beaucoup dans la communication que tout ça se fait, puis si après ça fait des p’tits, bien la mission aura été accomplie.»

Peu importe le contexte, il est possible continuer à faire de la musique en posant des gestes qui sont en communion avec nos valeurs et la planète. Avec cette deuxième édition de La Virée du St-Laurent, Qualité Motel nous montre qu’avec de la débrouillardise, les bons partenaires et un peu d’imagination, la voie est pavée pour des tournées plus vertes, moins polluantes et vraiment agréables.


Les dates 

  • 19 août, Gaspé
  • 23 août, Sainte-Anne-des-Monts 
  • 25 août, Matane
  • 27 août, Rimouski
  • 28 août, Parc du Bic
  • 1er septembre, Anse-Saint-Pancrace
  • 3 septembre, Île-du-Grand-Caoui
  • 4 septembre, Sept-Îles
  • 8 septembre, Havre-Saint-Pierre

Musicien.ne? Voici quelques sources pour vous aider à devenir vous aussi un artiste responsable.

À propos du Artistes Citoyens en Tournée (ACT).

À propos de La Virée du St-Laurent.

Carbone boréal (UQAC), pour compenser vos émissions de CO2.

Action Boréale, une fondation représentée par Richard Desjardins.

Crédit photo: Qualité Motel