Chroniques

Programme d’électroacoustique au Conservatoire de Musique de Montréal : entrevue avec Louis Dufort

Le Conservatoire de musique de Montréal est une institution fondée en 1943. Mine de rien, ça fait 75 ans qu’elle forme des musiciens de haut calibre. Au fil des années, la direction a dû s’adapter aux nouvelles formes musicales. Parmi celles-ci, l’électroacoustique est l’une des plus intéressantes et le programme du conservatoire permet à des créateurs d’y approfondir leur pratique. Dans l’optique de mieux comprendre ce milieu, nous nous sommes entretenus avec Louis Dufort, professeur dans cet établissement, mais aussi praticien actif.

 

Enseigner oui, mais d’abord et avant tout praticien

 

Louis Dufort est un artiste important sur la scène électroacoustique québécoise. Il est celui à la tête du festival Akousma. De plus, celui-ci travaille depuis des années avec la compagnie de danse Marie Chouinard. « Un de mes amis avait un contrat pour travailler avec la compagnie. Il devait mettre des échantillons dans un échantillonneur qui était relié avec un dispositif interactif. On parle des années 90 donc tout était custom made. Les danseurs avaient des bagues connectées à des récepteurs sans fils. Quand les bagues se touchaient au bout des doigts, ça envoyait un signal midi à l’échantillonneur. De là sortait un son. Je suis arrivé chez mon ami et lui et le concepteur de la machine se battaient contre elle. C’était un échantillonneur que j’avais à la maison, donc je les ai aidés. Puis, ils m’ont engagé pour l’aider. C’est comme ça que j’ai commencé, puis Marie a su que j’étais compositeur et elle m’a demandé de collaborer à ses solos. » Louis Dufort poursuit son travail avec elle encore aujourd’hui. Une relation durable rare dans le monde artistique.

 

Dufort fait partie des défricheurs. D’abord formé en guitare classique, il défroque pour la guitare électrique au Cégep. À l’époque, il avait un groupe rock, mais s’est rapidement rendu compte que l’interprétation n’était pas la partie qui l’attirait. C’est d’abord et avant tout la composition qui le motivait. Il a par la suite glissé dans la musique contemporaine et qu’il s’est trouvé lui-même à faire sa maîtrise au Conservatoire de musique. Il a par la suite fait son doctorat à l’Université de Montréal avant de revenir au Conservatoire de musique pour devenir professeur. C’était en 2001. Et il n’est jamais reparti.

 

 

Créer, le cœur du programme

 

Lorsqu’on demande à Louis Dufort ce dont il est le plus fier du programme en tant que professeur, il n’hésite pas du tout : « mes élèves. La raison pour laquelle on est si passionné c’est parce que nos élèves sont passionnants. On est une très petite cohorte, entre 8 et 10, et c’est, je crois, le seul établissement au Québec à offrir des cours privés en composition au Bac. »  Cela peut sembler anodin pour les néophytes, mais profiter d’un moment seul à seul avec un professeur, une heure par semaine, c’est un luxe que les élèves en musique n’ont tout simplement pas. C’est une technique qui fonctionne puisque plusieurs étudiants issus du programme sont primés à travers le monde. Cette intimité permet de pousser la démarche artistique plus loin, de se poser plus de questions et surtout d’offrir un environnement confortable à l’artiste qui teste des avenues de compositions. Il n’est pas pour autant contre les cours de groupe. Les élèves suivent des cours plus théoriques en groupe, ce qui encourage aussi la collégialité entre les créateurs.

 

Les élèves sont encouragés à avoir leurs propres projets à l’extérieur des murs de l’école. Ainsi, la création n’est pas cloisonnée entre les murs de l’établissement. D’ailleurs, ceci influence le choix des artistes qui sont admis comme élèves. « On cherche à préserver notre écosystème. On cherche des gens qui sont matures et passionnés par leur pratique. Comme ils ne peuvent pas se cacher dans le groupe, on cherche des gens qui ont une attitude positive envers leur pratique. » Louis Dufort nous indique aussi qu’une majorité d’élèves arrivent du Cégep St-Laurent et sont donc déjà sensibles à la discipline. De plus, la musique électronique s’est aussi ouverte à ce genre de musique. On pense à Arca, Aphex Twin, Autechre et en général le mouvement IDM.

 

Mais comment est-ce qu’on s’inscrit?

 

Les dates d’admission sont de novembre au premier mars. Pour entrer au programme, c’est sur audition que les élèves sont choisis. C’est un programme qui permet de tisser des liens avec des interprètes et d’autres établissements. L’électroacoustique pour une discipline généralement considérée marginale, elle est décloisonnée et ouverte aux autres pratiques. Pour en savoir plus, vous pouvez visiter la description du programme du Conservatoire et les modalités d’inscriptions.

 

 

 

 

 

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