Chroniques

De Paris à Kingston, même combat : une entrevue avec Jahneration

C’est l’histoire de deux potes, Théo & Ogach, tombés dans le reggae comme Obélix dans la potion magique. Celle concoctée par la nouvelle vague jamaïcaine de Chronixx dont le tandem a assuré la première partie il y a six ans. Depuis 2009, les Parisiens développent leur reggae en anglais, avec l’envie de laisser leur trace universelle.

Et la formule cartonne, car même les portes du mythique Olympia de la Ville Lumière leur furent ouvertes il y a un an ! Qui dit mieux ? Entrevue depuis la bagnole du duo à Paname qui se réjouit déjà d’être à Montréal pour la toute première fois ce jeudi soir au Ministère.

Credo reggae

Avec plus de 300 concerts orchestrés en cinq ans, de l’humble salle aux festivals comme le Razzmatazz de Barcelone ou le Sun Ska Festival, la réputation de Jahneration s’affine et se confirme. Tant de rassemblements à leur portée dont se réjouit le duo. « En France, la scène reggae est très dynamique. On en redemande malgré le paradoxe d’une certaine perte de popularité du genre musical. Heureusement, le flow est maintenu depuis la Jamaïque… », lancent les hyperpositifs chanteurs empruntant aussi des touches hip-hop et rock ouest-américain.

Côté messages, Jahneration mise sur des hymnes qui donnent le moral plutôt que d’incendier les plaies de la Planète. Il leur faut pouvoir accéder à leur large public, et à tout le monde, par des messages moins politiques qu’universalistes. Abordant le mode opératoire de composition les animant, chacun apporte sa vision et ses textes dans une formule d’interinfluence. C’est leur griffe, celle du « faire plaisir », et cela se ressent sur leur troisième album Higher avec l’un des titres porteurs, en collaboration avec le représentant du reggae dancehall français Taïro : All To Blame. « On l’a croisé dans le circuit des soirées parisiennes et nous avons tourné avec lui », contextualise Théo.

Hisser les consciences

Face au courant digital et à sa norme obligée, la formation croit encore à la sublimation par des touches originelles reggae. Des mélodies puissantes qui canalisent sur Consciousness ou l’excellente pièce Reload de leur album homonyme de 2016. Lucide dans un monde hyper connecté qui tend à tirer vers le bas, Ogach milite pour un autre monde possible. Ce que Théo appelle de petites révolutions à mener pour dénoncer les écarts entre les ultra-riches et les plus démunis du globe, ou le sort des migrants par des campagnes d’appui à SOS Méditerranée – association civile de sauvetage en mer. Peu enclins à mettre l’huile sur le feu des crises sociales déjà à vif, les dernières semaines ayant embrassé Paris et plus globalement la France, dans le tumulte de la réforme des retraites, n’échappent pas à leur conscience collective. Observateur de débats politiques plutôt qu’acteur, Jahneration prend le camp du réconfort comme bouclier. Pour ne pas enfoncer davantage la brèche, illustrent-ils.

L’âme tournée vers les rêves et les hauts sommets créateurs, la figure de Damian Marley les subjugue. Ils l’ont vu sur scène au Zénith de Paris et suivent son évolution, captant chez ce successeur de Bob Marley une inspiration sans bornes. Peut-être une prochaine collaboration ? Pour l’instant, Théo et Ogach préparent leurs malles et transporteront leur flow naturel jusqu’au Québec pour enfin découvrir un pan important de leur public qui les demande, encore et encore, depuis les réseaux sociaux de l’universel.

Pour vous procurer des billets pour ce concert, c’est par ici.

Jahneration

Jeudi 16 mars à 21h chez Le Ministère

Crédit photo: Matthieu Bizeul