Chroniques

Loss : (re)découvrir le passé troublé de sa famille

Ian Kamau est calme lorsqu’on discute par un matin d’octobre. Derrière on entend les cliquetis d’une poêle, mais sa voix est douce et posée. Il ne se défile pas devant les questions très personnelles que je lui pose.

 

Une mise en contexte s’impose. Les 1er et 2 novembre prochain, Ian Kamau présentera le spectacle Loss au théâtre La Chapelle. Cette pièce multidisciplinaire aborde un sujet délicat : l’historique de santé mentale de sa propre famille. Dans un passé lointain, avant même la naissance de Kamau, sa grand-mère paternelle est morte des suites de problèmes reliés à cette problématique. « C’est l’histoire de mon père et ses sœurs ainsi que ma grand-mère dans les premières années de leur vie. C’est à propos de la mort de ma grand-mère, mais aussi l’héritage qu’elle a laissé. Cela a des répercussions jusqu’à moi, deux générations plus loin. Ce n’est pas tant la maladie mentale qui est importante, plutôt que les barrières que ça crée entre nous et la possibilité d’atteindre notre plein potentiel. »

C’est en vivant lui-même une dépression qu’Ian Kamau a trouvé l’étincelle du projet. En voulant comprendre la blessure qu’il portait en lui, il s’est plongé dans celle de son père qui a perdu sa mère à un très jeune âge. D’ailleurs, il signe quelques textes utilisés dans la construction du spectacle. Il faut dire qu’il est familier avec le médium puisqu’il est lui-même écrivain, il s’agit de Roger McTair. Encore aujourd’hui, à l’âge vénérable de 75, il a toujours eu de la misère à se plonger dans le problème. « Mon père et ses sœurs ont porté toute leur vie cette situation non résolue et cette blessure qui n’a pas été pansée. Même si mon père est un auteur et qu’il est un homme simple et bon vivant, il a trouvé certains poèmes difficiles à écrire. Particulièrement ceux qui s’inscrivaient dans sa relation à cet épisode au présent. »

Une situation qu’il a pu ensuite appliqué à une autre situation tragique. Il y a quelques années, Kamau a perdu sa sœur qui est morte d’une maladie subite. « En 48 h, ma sœur est passée de tombée malade à décédée. Elle a laissé derrière elle deux enfants qui j’espère, ne vivront pas la même situation et qui pourront trouver la paix dans le deuil. Peut-être que les manquements dans le processus de deuil de mon père et ses sœurs pourront servir de leçon pour mes neveux et nièces. »

Passer de la musique au théâtre

Un autre aspect marquant du processus d’Ian Kamau est de passer de la musique sur scène à faire un concept qui se rapproche de la performance théâtrale. « Un ami à moi qui était impliqué dans un théâtre à Toronto, m’a donné un coup de fil et m’a demandé si j’avais pensé à aller au-delà de la musique sur scène. J’ai posé ma candidature à une demande de résidence et j’ai plongé dans le thème de la dépression et de l’historique avec ma famille. » Cela a mené à des conversations qui se sont transformées en projet d’écrire pour Ian Kamau et son père.

Le spectacle qui viendra sur les planches du théâtre La Chapelle est une deuxième mouture, une évolution du premier projet né de cette résidence. Cette fois-ci, Kamau a ajouté une couche d’éléments multimédias qui habilleront la prestation. De plus, il a recueilli des commentaires après les premières représentations qui l’ont aidé à retravailler le texte. « La musique est menée sur scène par la musique. C’est l’élément qui assure que le spectacle se rend d’un point A à un point B. Et même s’il y a de la musique dans le spectacle, c’est d’abord la trame narrative qui mène le spectacle dans Loss. »

Loss sera présenté les 1er et 2 novembre prochain à La Chapelle, en collaboration avec Actoral.18 Montréal et Pop Montréal. Pour vous procurer des billets, c’est par ici.

*Cet article a été réalisé en coopération avec le Théâtre La Chapelle || Scènes Contemporaines.

Crédit photo: Milca Kuflu

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