Entrevue | Dominic Tardif et Laïma Abouraja-Gérald : Microsillon, une collection pour faire briller nos plus grandes œuvres
Le 13 octobre prochain, les trois premiers titres de la nouvelle collection Microsillon paraîtront chez Boréal. J’en ai parlé avec le directeur de la collection, le collègue Dominic Tardif, et l’une des autrices, Laïma Abouraja-Gérald.
« J’espère que je ne suis pas le seul à penser qu’il y a une sorte de déficit au Québec en ce qui a trait aux livres consacrés à la musique et à notre musique. » C’est ce vide qui a appelé le journaliste culturel Dominic Tardif, que vous avez peut-être lu dans La Presse ou encore entendu sur les ondes d’ICI Première, vers la création de cette nouvelle collection. Un peu à l’image de la célèbre série 33 1/3 qui compte plus de 200 livres dans sa collection. Dans la même veine, l’idée est de raconter l’histoire de la création d’un album à travers une histoire personnelle ou encore des travaux de recherches dignes des plus grands geeks de musique.
Dépenser dans le livre, c’est payant
« C’est une des rares fois dans ma vie où mes dépenses effrénées en matière de livres auront été payantes! Bien payante, faut le mettre entre guillemets que je ne vais pas me mettre riche avec ça, mais auront été payantes au plan humain. Je suis un fidèle client de la librairie Résonance sur la rue Beaubien à Montréal, c’est une librairie entièrement consacrée à la musique. Puis, Catherine Ostiguy, qui est la directrice littéraire derrière la collection, qui est une des éditrices chez Boréal, elle est aussi une bonne cliente de chez Résonance, une grande mélomane. C’est elle qui avait cette idée-là en tête depuis un petit moment, qui est inspirée de la collection 33 1/3 […] Et donc, Catherine, en jasant avec Jean Lavigne, le propriétaire de la librairie Résonance, elle lui a demandé : t’aurais-tu une idée de quelqu’un qui pourrait diriger cette collection-là? Et là, Jean a suggéré, a prononcé mon nom. Et c’est ainsi que je suis devenu le directeur de cette collection. Voilà. »
Dominic Tardif s’est ensuite affairé à la tâche de trouver ses premiers auteurs et autrices pour la collection en tendant des perches. À travers celles-ci, le journaliste espérait trouver des écrivain.e.s qui pourraient raconter la genèse d’une œuvre et son enregistrement, mais qui aurait aussi une histoire personnelle rattachée à celles-ci. « Il n’y a rien de tel pour comprendre l’importance d’une œuvre que d’entendre quelqu’un pour qui cette œuvre-là a été marquante, a été bouleversante. » C’est ainsi que se sont dessinés les trois premiers volumes. Laïma Abouraja-Gérald, qui traite de Limoilou de Safia Nolin et qui trouve des parallèles dans son histoire personnelle avec celle de Nolin. Puis, Jean-Christophe Laurence, qui parle de L’heptade d’Harmonium, un album qui a occupé une place importante dans son adolescence. Pour arriver à ses fins, il a même retrouvé les Américains qui étaient venus enregistrer l’album avec le groupe au Québec et qui ne comprenaient pas du tout le français. Finalement, le romancier Jean-Michel Fortier, qui a déjà fait part de son obsession pour Céline Dion dans ses romans et qui se penche sur D’eux.
Une chose qui est claire de part et d’autre, Dominic Tardif est arrivé à la bonne proposition pour Laïma Abouraja-Gérald, qui lui a rapidement proposé une proposition complète. Elle me raconte: « Il m’a envoyé un courriel en me parlant de la collection, du projet, de ce qu’il y avait en tête. Puis, en lisant son courriel, instantanément, j’étais comme : Safia Nolin — Limoilou. C’était clair. Juste à la lecture de son descriptif de la collection, c’était sûr. Il n’y avait aucune autre option. […] je lui ai fait mon pitch. Puis il m’a dit : comment tu peux avoir un pitch aussi étoffé. Je t’ai envoyé mon courriel il y a sept minutes![…] cette histoire-là que je raconte dans Microsillon, c’est comme si j’attendais un prétexte pour la raconter. »

Se mettre en jeu pour une œuvre
« C’est comme si je suis dans un genre de processus où je trouve que la confidence appelle la confidence, puis la vulnérabilité appelle la vulnérabilité. » Laïma Abouraja-Gérald a opté pour la non-fiction narrative qui use d’éléments de la vie personnelle de l’autrice, mais avec des procédés stylistiques qui sont propres au roman. Parce que son histoire partage des points de rencontre avec celle de Safia Nolin : l’appartenance culturelle et de pères absents. Si Limoilou a marqué l’autrice dès sa sortie, ce n’est que plusieurs années plus tard qu’elle a rencontré Safia Nolin dans le cadre d’un portrait qu’elle écrivait pour le Elle Québec.
Pour écrire son Microsillon, Laïma Abouraja-Gérald a aussi consulté ceux qui étaient autour de Safia Nolin en début de carrière, notamment Philippe Brault, qui a réalisé l’album et Joseph Marchand, qui jouait de la guitare avec elle. « Ç’a été des super bons compléments parce qu’ils ont pu m’offrir une perspective extérieure, mais aussi super intime. »
Si Laïma Abouraja-Gérald a une longue expérience dans l’écriture, c’est la première fois qu’elle se penchait sur une longue forme comme celle-ci. « Ça s’est bien passé, mais c’est sûr que c’est un défi parce que j’écris plus dans des magazines ou des articles. On nous demande d’aller droit au but, d’être condensé. C’était une façon nouvelle, dans le fond, de réfléchir à la forme. Mais ça s’est bien passé. J’ai trouvé que c’était un très, très beau terrain de jeu. »
Les trois premiers livres de la collection Microsillon seront disponibles le 13 octobre chez Boréal.
*Ce texte à été rédigé en collaboration avec les Éditions du Boréal.