Chroniques

Entrevue avec Roberto López : Rencontre avec un artiste curieux

En septembre dernier, Roberto López lançait son sixième album en carrière, Ritual. Le Canal Auditif lui a proposé de dépoussiérer Zoom afin de s’entretenir avec lui pour en discuter.

Aussi loin qu’il se rappelle, Roberto López a toujours eu une « attirance » pour la musique. À six ans, il commence à prendre des cours de guitare, « mais la guitare était énorme pour mes petites mains, donc j’ai abandonné », se remémore-t-il, un sourire dans la voix. À 14 ans, il demande à ses parents une guitare électrique. Ces derniers refusent, lui demandant plutôt d’apprendre la guitare acoustique avant, afin de voir si l’enthousiasme qu’il manifestait était vrai. « Une amie m’a prêté une guitare classique, et j’ai suivi trois cours avec un prof. Mais lui, il m’enseignait des boléros, de la musique plus traditionnelle. Je n’avais pas le goût de ça. J’écoutais beaucoup de rock, donc j’ai appris les accords et après j’ai dit : je ne peux pas continuer, j’ai trop de devoirs! », m’explique-t-il. Par la suite, il apprend à l’oreille.

C’est lorsqu’il commence à se sentir limité dans sa théorie musicale que Roberto López décide de quitter sa Colombie natale pour déménager à Montréal. Il aurait pu rester en Colombie, mais à l’époque, les programmes manquaient pour les musiciens comme lui. « Pour moi, la seule option, c’étaient des cours privés, parce que j’étais trop vieux pour rentrer au Conservatoire avec les gens qui avaient mon âge; ils étaient déjà trop avancés », avoue le guitariste. Ses études à l’université Concordia en jazz lui offrent finalement les moyens de ses ambitions.

Ritual : Les petits rituels de la vie

En septembre dernier, il lançait son sixième album, titré Ritual. Pourquoi ce titre? Y a-t-il un rituel en particulier qui te venait en tête pendant la création? lui ai-je demandé. « Non. J’ai choisi ce titre parce que finalement, faire de la musique ou même dans notre quotidien, on fait toujours de petits rituels. » Chaque personne a son propre rituel, que ce soit avant d’aller se coucher ou en se levant le matin. Les musiciens aussi. Quel est celui de l’artiste colombien? « Je rentre dans mon studio […] je place mon ordi, j’ouvre mes outils, je sors la guitare, et je commence à faire mon exploration », énumère-t-il. De plus, il a réalisé que dans la culture latino-américaine, les rituels sont omniprésents. « Il y a beaucoup d’influence des métissages dans les traditions religieuses, autochtones, africaines et catholiques qui se mélangent », ajoute-t-il. On peut même dire que ces frottements culturels rejoignent ce qu’il fait musicalement. Comme on dit, tout est dans tout!

Les mélanges stylistiques, « ça vient plutôt d’une curiosité »

Le guitariste est quelqu’un de « très curieux » de son propre aveu. C’est ce qui lui permet de mélanger les styles comme il le fait. Il s’intéresse aux rythmes, afin d’en voir l’influence sur les styles qu’on écoute. « Je commence à la base par les rythmes », explique le musicien, « de cette façon, je peux faire le lien entre deux styles de musique qui parfois sont deux styles différents, difficilement mixables. Mais finalement, ils partagent quelque chose rythmiquement qui me permet de dire : ah, cette chose qu’on fait par exemple dans le soul ou dans le funk, ça se mêle parfaitement avec tel rythme colombien parce qu’ils partagent quelque chose. »

Pour son sixième album en carrière, Roberto López a changé sa manière de faire. « D’habitude, je fais une recherche de rythmes, de choses que je veux mélanger ou explorer. Pour cet album, je me suis dit : « je vais simplement explorer la mélodie, les harmonies. » Donc, j’ai créé toutes les mélodies avec une guitare très simple », m’explique-t-il. « Je sais qu’il y a beaucoup de musiciens qui répètent la même formule […] moi […] je suis trop curieux. Une fois que je fais quelque chose, j’ai déjà fait ça, je veux faire une autre chose; je veux aller ailleurs. […]. C’est ça qui me motive et qui garde la flamme de la création », commente l’artiste colombien.

Autre nouveauté avec Ritual : l’ajout de voix. Dans ses albums précédents, les voix que l’on entend sont celles des musiciens qui jouent déjà sur l’album. Il avait déjà fait appel à Adan de Dios pour son album Criollo Electrik. Il lui a donc fait signe afin que ce dernier appose des vibratos ci et là, ce que ni Roberto López ni ses musiciens ne font habituellement, par faute de capacité. Puis, lorsqu’il a fait écouter Ritual à une de ses amies compositrices, cette dernière a laissé entendre que les mélodies sont « très très vocales », et qu’elle y entendait une voix. S’en est suivi une longue recherche de la voix parfaite pour le résultat qu’il avait en tête. C’est donc sur Flavia Nascimento que son choix est tombé. Cette dernière a appris comme lui la musique à l’oreille et possède cette signature roots qu’il recherchait, afin de ne pas proposer un produit qui sonnait « trop sophistiqué », comme l’explique le musicien.

Cet article a été produit en collaboration avec Robert López

Crédit photo: Courtoisie