Chroniques

Duu – faire à sa tête

Étienne Dupré est un bassiste avec une feuille de route intéressante : Klô Pelgag, Mon Doux Saigneur, Caltâr-Bâteau, zouz, Louize et j’en passe. Voici qu’il lance son premier EP, Contre-Cycles, une œuvre personnelle et à son goût sous le nom de Duu.

 

C’est un début d’après-midi idéal à Montréal. Il fait chaud, mais pas trop pendant qu’Étienne Dupré et moi nous traversons le quartier Chinois pour atterrir sur un banc, dans un parc adjacent au Complexe Guy-Favreau. Étienne Dupré est bassiste populaire dans les milieux indépendants de la musique montréalaise. Plusieurs raisons contribuent à cela, l’une d’elles est sa conciliation : « Ça fait des années que j’avais envie d’entendre mes idées de chansons au bout de mes réflexions à moi. Je le faisais déjà au sein de Caltâr-Bateau. Et c’est ça qui m’a fait rencontrer tout le monde avec qui je joue maintenant. C’était Alex (Burger) et moi qui écrivions et composions les chansons. Mais dans un band, il y a une sorte de consensus qu’il faut atteindre pour que tout le monde soit satisfait de ce qu’il joue. Tout le monde a une vision de la patente, mais tout le monde écoute aussi où le leader veut que ça s’en aille. Quand t’es leader de band, il y a une partie de laisser-aller et une partie de “tenir son bout”. Quand tu prends la Bavure des possessions, la toune Pink Nose, c’est assez clair que c’est moi qui l’a écrite tandis que Moins puissant que Brel, c’est clairement Burger qui l’a faite. Même si on composait ensemble, il y a des chansons qui sont clairement à l’un ou l’autre. C’est pour ça qu’un groupe c’est tough. C’est sa beauté et son mauvais côté à la fois. »

Faire à sa manière

Dupré fait partie de nombreux groupes ou de projets auxquels il collabore  : Mon Doux Saigneur, Louize, Mélanie Venditti, Valérie Poulin, zouz, Jesse Mac Cormack et depuis peu, Klô Pelgag. Et même si chacun de ces projets lui apporte une dose de bonheur et de plaisir, l’envie de contrôler le produit du début à la fin du processus l’appelait. Cela lui permet de sortir de son rôle de bassiste qui lui s’est clarifié avec le temps. Mais lorsque la décision de mettre Caltâr-Bateau sur la glace pendant quelque temps s’est présentée, c’était l’occasion de sortir des chansons qu’il avait laissées de côté au fil des années. C’était aussi une sorte de défi personnel qu’il se lançait. « Je voulais un synthétiseur pis une guitare baryton pour me lancer dans le projet. J’ai travaillé pour me les payer. » Mais ce n’est pas seulement le manque de matériel qui était un obstacle : « Premièrement, je trouvais que je chantais comme un cul. Finalement, je me suis dit que je n’avais pas le choix de chanter. Puis, je me suis dit que c’était pas grave. Puis, je me suis obligé à écrire des chansons qui me parlaient sans les détourner pour que tous comprennent. Et surtout, prendre toutes les décisions artistiques moi-même. C’est pour ça que je joue tout sur Contre-Cycles, j’avais envie de me faire ce cadeau-là. »

Et ce n’est pas la fin. Pour ce premier EP, Duu a été du côté de la chanson, mais ce n’est qu’un premier pas. « Je veux utiliser ce projet-là pour faire des expérimentations et j’ai déjà quelques idées. Faut pas avoir peur de chercher. Tsé Lou Reed a sorti Metal Machine Music… c’est tellement intense. Tu te dis : qu’est-ce que tu fais là? Mais je suis tellement content qu’il ait fait ça. Je trouve que ça a du culot. Lui il clame que c’est la “best fucking music I’ve ever made”, mais ce n’est pas écoutable. Je suis sûr que ça a permis à des gens de découvrir un nouveau genre de musique. » La seule personne qui a été à ses côtés pendant le processus est JB Pinard qui a enregistré les chansons. Il y a quelques personnes qui ont collaboré sur une chanson ici et là : Alex Guimond (Caltâr-Bateau) a chanté sur une chanson, Mélanie Venditti a joué des cordes à une occasion et Oli Bernatchez (Le Havre) a joué les tambours sur Carpharnaüm. »

 

L’amour et ses frasques, un terreau fertile

Sur l’EP, Étienne Dupré a aussi pris le parti d’écrire des chansons qui allaient parler de ses relations avec les autres. « Au début ça ne me tentait pas de parler d’amour, d’amitié et de conflits avec les autres. Mais finalement, c’est ça que je vis. Mon inspiration, ç’a été les gens autour de moi. Je trouve que c’est un EP qui ressemble plus aux gens qui gravitent autour de moi qu’à ce que j’écoute le plus comme Death Grips, Swans ou Lightning Bolt. » Mais Dupré n’est pas seulement un mélomane aux choix impeccable, c’est aussi un être sensible qui a trouvé le moyen de s’exprimer en toute authenticité à travers ce projet.

L’amour, c’est rarement simple. L’amour quand ton emploi est la tournée c’est : « crissement compliqué. En tout cas, moi je trouve ça difficile. Je trouve ça extrêmement complexe. C’est quelque chose que j’essaie de comprendre, mais que je sens que ça ne sera pas de sitôt. L’exprimer à travers des chansons, je pense que ça va m’aider à comprendre. En étant musicien, et donc travailleur autonome, t’es dans une situation instable due à ton milieu, donc tu compenses par une relation stable? Ou est-ce que tu suis cette instabilité qui t’amène vers plein de personnes, vers des gros hauts et des gros bas? Aussi quétaine que ça peut paraître, l’amour, ç’a été ma source d’inspiration la plus fiable. » Masque de neige est un bon exemple. Cette pièce est issue d’un événement qui l’a touché. Elle n’a pas été enregistrée en même temps que les autres, mais en raison d’un événement déclencheur autre. Il l’a par la suite inclus dans l’ep.

Si on veut un bon exemple de qui est Étienne Dupré, le concept de son lancement en dit long sur l’homme derrière les instruments. En parallèle, il y aura une exposition d’œuvres d’OJO. Ce projet visuel a été fait en collaboration avec une classe d’école primaire : « Je trouve que le dessin d’enfant est une des formes d’art les plus pures, parce qu’elle est complètement dénuée de toute marque d’apprentissage, c’est juste du réflexe. Ça donne des résultats magnifiques et j’ai toujours été obsédé par ça. Donc on a laissé des enfants s’exprimer pendant que l’EP jouait et je leur ai fait piger des thèmes de l’EP. C’est drôle parce que personne ne voulait l’amour. Après, OJO (Jonathan Peters) ajoute sa part, mais avec une seule minute par dessin. »

Un autre bel exemple de ce qui fait d’Étienne Dupré un artiste aussi attachant que pertinent. Le lancement est le dimanche 27 mai au Ministère.

Bonne écoute!

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