Chroniques

Découvrir le joik avec Arvvas : une entrevue avec Steinar Raknes

Le joik est une ancienne tradition issue du peuple saami. Cette culture, qui est sans cesse menacée, survit à travers ce genre d’initiatives qui permet de la diffuser à un plus grand public.

À l’instar des Amérindiens en Amérique du Nord, le peuple saami se tient toujours en équilibre sur la fine ligne qui les sépare de l’assimilation. On retrouve dans cette riche culture le joik, un chant aussi unique qu’intéressant. Nous nous sommes entretenus avec Steinar Raknes du duo Arvvas pour tenter de comprendre un peu plus la démarche.

Un chant unique

Premier constat, encore faut-il nommer la chose comme il faut. Ce qui est souvent nommé joiker sâmer en français se prononce en fait « yoïk ». Nos premiers échanges auront été de simplement nous comprendre. Steinar Raknes est un Norvégien et c’est dans ce pays qu’on retrouve la plus grande minorité de Saamis. Les chiffres varient beaucoup, mais on estime à 40 000 à 60 000 individus la population norvégienne saami. Le joik est très variable d’un village à l’autre. Généralement parlant, ça se rapproche un peu des chants amérindiens incorporant même quelques techniques de chant de gorge au passage.

« La raison pour laquelle j’ai commencé à m’intéresser au joik est un projet sur lequel j’ai travaillé avec Inga Juuso qui était un peu la reine du joik en saami. C’était une femme fantastique. Elle m’a introduit au genre et j’ai travaillé à ses côtés pendant 18 ans. » Lorsqu’on prend compte que Raknes n’a que 42 ans, il a passé une bonne partie de sa vie dans projets qui incorporait le joik. « Je ne suis pas saami et j’entre dans cet espace en tant que musicien de jazz. Au début, j’étais très inspiré par la puissance d’Inga lorsqu’elle chantait, puis je me suis mis à analyser. Parfois, tu entends quelque chose de super cool et tu n’y comprends rien. Alors tu t’y penches et j’ai eu la possibilité d’en comprendre davantage grâce à Inga. J’ai eu la chance d’apprendre à chanter des joiks, pas pour les chanter moi-même en spectacle, mais pour les intérioriser et les comprendre un peu plus. »

Faire le pont

Après la mort d’Inga Juuso, Steinar Raknes n’avait pas envie d’arrêter et c’est comme ça qu’est née la collaboration avec Sara Marielle Gaup, l’autre moitié d’Arvvas. Cette dernière avait déjà des goûts plus tournés vers les musiques occidentales, notamment le folk et l’americana. Cette fois-ci, l’attention est plus dirigée vers la chanson. Les influences des deux traditions s’entrecroisent et se métissent pour donner une création qui échappe aux conventions. Rakness en me parlant semble très soucieux de ne pas s’approprier non plus cette tradition. Il joue avec en quelque sorte, mais elle reste sacrée à ses yeux. « Il y a une femme saami qui s’appelle Mari Boine qui représente un peu la musique saami à travers la planète. Mais elle n’est pas une joikeuse. Elle s’en inspire. C’est une grande artiste, mais ce n’est pas une joikeuse. Inga me répétait toujours que c’était une tradition. D’en être inspiré n’est pas suffisant pour se l’approprier, il faut l’apprendre. C’est la différence entre être une joikeuse et être une artiste saami. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, c’est simplement différent. Sara Marielle est une authentique joikeuse. »

De cette technique qu’elle contrôle, elle s’approche de la musique américaine et anglaise et bâtie des ponts uniques. Le résultat possède une sonorité unique qui est très intéressante particulièrement au niveau rythmique. « Le joik ne se compte pas toujours en 1,2, 3,4. Ça commence et il faut y aller et le chanter. » Sara Marielle a commencé à joiker dès un très jeune âge, son père et sa mère étaient deux grands joikeurs et elle a commencé à l’âge de 4 ans. « Elle avait envie de prendre cette tradition et la rapprocher de ce qui est considéré comme de la musique dite normale. »

Si vous voulez à votre tour découvrir ce mélange de traditions tout à fait unique, Arvvas sera en concert le 9 avril à 20 h dans le cadre de la série Printemps Nordique.

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