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Critiques

Waahli

Soap Club Vol. 1

  • Spectra Musique
  • 2026
  • 37 minutes
8
Le meilleur de lca

« Rule no.1. You are required to talk about this album, with everyone Rule no. 2 Never, stop talking about this album, spread the word »

– St mich

Ce sont les deux premières des sept règles dictées par Waahli sur son dernier album, Soap Club Vol. 1. Et c’est exactement ce que nous allons faire. Lumineux dans ses rythmes et engagé dans ses propos, c’est peut-être son œuvre la plus aboutie et montréalaise de son répertoire. Naviguant entre le français, le créole et l’anglais, Waahli y aborde des préoccupations bien de son époque et ancrées dans le territoire. Le tout repose sur une fusion habile de hip-hop, de soul et de jazz, portée par des influences haïtiennes qui évoquent par moments la chaleur et les grooves du kompa.

Le nom de Waahli vous est peut-être inconnu, et pourtant. Né à Montréal dans le quartier Saint- Michel, il n’en est pas à ses premiers pas sur la scène musicale québécoise. Membre du groupe Nomadic Massive depuis 2002, il mène parallèlement une riche carrière solo. Ce tout dernier projet constitue d’ailleurs son cinquième album depuis Black Soap, paru en 2018, et s’inscrit dans une lancée qui lui a déjà valu plusieurs nominations aux prix Juno et plus récemment au gala de l’ADISQ pour l’album Se7en Bubbles paru en 2025.

Vous l’avez peut-être maintenant remarqué, les titres de ses albums solos font tous référence au savon. Ce n’est pas un hasard. En parallèle de sa carrière musicale, Waahli est également savonnier artisanal. Cette quête du soin et de la purification ne nourrit pas seulement ses activités entrepreneuriales, elle nourrit également sa démarche artistique.

« Rule no.4. On nettoie pas seulement les mains, mais l’esprit »

– Tou fre, tout propre

Et cet esprit, Waahli le récure bien sur Soap Club Vol. 1 à coups de grooves contagieux, de rythmes dansants et de refrains accrocheurs. Mais derrière cette musicalité sans aucun doute festive, le Montréalais déploie une démarche engagée et pose un regard d’une grande lucidité sur le monde qui l’entoure.

Le morceau Coup de savon, en milieu d’album, en est un parfait exemple. Waahli y rappelle notamment qu’à chaque minute, les réseaux sociaux donnent naissance à des gens antisociaux. Un constat critique, sans être moralisateur. Musicalement, la pièce figure parmi les joyaux du disque. Son esthétique organique et volontairement imparfaite évoque le hip-hop des années 1970: échantillons de jazz et de cuivres aux accents funk, basse ronde et syncopée, et groove boom bap franchement entraînant. Porté par un refrain particulièrement accrocheur, ce titre illustre parfaitement la recette de Soap Club Vol. 1 : éveiller tout en faisant danser.

Le disque s’appuie d’ailleurs avec efficacité sur une recette bien éprouvée dans une certaine tradition du hip-hop montréalais, popularisée notamment par Muzion à la fin des années 1990. La structure, simple, mais redoutable, s’ouvre sur un refrain mélodieux, festif et souvent chanté en créole haïtien, avant de céder la place au rap incisif des couplets.

« La planète se réchauffe, fais le pas. L’amour se révèle, fais le pas. Elle ne veut pas de toi, fais le pas. »

– Fais le pas

C’est notamment le cas avec Sonje (avec Kelly Krow), hommage touchant aux mères haïtiennes de Montréal, Fais le pas, qui invite à continuer de danser malgré l’apocalypse climatique annoncée, et l’excellente Limyè, qui explore les zones d’ombre que l’on préfère trop souvent ignorer. Dans ce même élan, Souvenir s’impose comme la pièce la plus efficace de l’album pour faire bouger sur un plancher de danse, fusionnant un refrain soul mélodieux en français et un hommage chaleureux à ses racines haïtiennes à travers des couplets rap en créole portés par des pulsations zouk-kompa.

L’album comporte également des moments où Waahli apparaît intime et introspectif. C’est le cas de Sispann, avec son refrain sensuel, ses accents caribéens et son invitation à arrêter de juger et à poser des questions pour avoir des réponses : « Sispann gade, sispann jije, poze m kestyon si w vle repons ». Un moment où on découvre un Waahli plus introspectif et vulnérable.

Cette vulnérabilité ressort aussi sur Atmosphérique, teintée des sonorités R&B et néo-soul, ainsi que sur Arriver, la pièce de clôture. Sur cette dernière, les cuivres chaleureux et les arrangements soul lui confèrent une sensualité assumée. Mais la véritable force du disque réside dans cet équilibre entre propos et rythmes. Face à une production riche et parfaitement balancée, le débit de Waahli brille par sa clarté et son articulation, offrant toute la place à la portée des textes. Même sur les rythmes les plus dansants, le propos ne se perd jamais dans le groove.

Au final, Soap Club Vol. 1 ne révolutionne peut-être pas les codes du genre, mais s’impose comme une contribution vibrante à la tradition du hip-hop métissé montréalais. Compact sans être expéditif, et porté par des textes réfléchis, des rythmes contagieux et un véritable sens de la mélodie, l’album s’écoute facilement d’un bout à l’autre, et même en boucle, sans se lasser. Une recommandation que Waahli avait lui-même prévue dans son ultime règle du Soap Club :

« Rule no7. Soap Club ends when you feel clean, and if not, press repeat, as needed »

– Arriver

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