Chat Pile
Who Loves the Sun
- The Flenser
- 2026
- 43 minutes
Chat Pile s’est installé bien confortablement dans le siège dans l’autobus des meilleurs groupes de musique lourde au cours des trois ou quatre dernières années. Habité par un grand sens de l’horreur, le groupe n’a pas à chercher très loin : les États-Unis lui offrent amplement de nouveau matériel en ce moment. Chat Pile est le groupe qu’on mérite alors que les horreurs se multiplient dans le monde et que la tendance ne semble pas sur le point de s’inverser.
Chat Pile est conséquent. God’s Country était tourné vers l’horreur des États-Unis. Le groupe plongeait dans les travers et les sublimait à travers les histoires qui peuplent le Midwest. Sur Cool World, le groupe ouvrait la lentille et prenait acte de l’horreur qui existe partout à travers le monde. Se concentrant sur les désastres qui affligent la planète. Who Loves the Sun est la suite logique à ce dernier. Après voir dit : regardez gang, ça n’a pas de bon sens et avoir constaté l’inaction totale de la race humaine, le groupe est en mode YOLO!
Please don’t say we couldn’t stop this
Please don’t feed me all that bullshit
Cause this is what you always wanted
An empty world, vast and haunted
— Creature
Parce que sur Who Loves the Sun, Chat Pile pose la question qui nous brûle les lèvres depuis le début : on a beau pointer du doigt les oligarques, les dirigeants de pays qui abusent, les criminels, les immigrants clandestins, mais finalement, on fait tous partie du problème. On est tous responsables des horreurs qui sont commises tous les jours parce qu’on aime trop regarder Stranger Things et manger un Big Mac. Ce ne sont pas des criminels de guerre comme Poutine ou Netanyahu le problème, mais bien notre inaction. Et le groupe n’a sûrement pas complètement tort.
This was mine but the world is full of hallowed halls of degradation
Hard to think but your whole life can pass, as a series of acts of subordination
— PEN I S MALL
Outre ces thématiques qui te ramasse comme un dix-huit roues qui roule à 100 km/h dans une zone scolaire, il y a aussi le côté musical qui est particulièrement surprenant sur Who Loves the Sun. On sent des influences de la vague nü-métal. Difficile de ne pas avoir une pensée pour Korn en écoutant PEN I S MALL ou encore Christable ’26 et même Deep Blue.
On retrouve aussi deux collaborations sur l’album. Intruder et Influence profitent de Claire Hannah et Brittany Sawtelle de Nightosphere. La paire donne encore plus de punch aux refrains. Intruder est particulièrement poignante alors que Raygun Busch laisse sortir des plaintes puissantes qui, une fois de plus, font penser à Jonathan Davis sur les trois premiers de Korn. Ce genre de moment qui semble si incarné qu’on en ressort un peu malaisé.
L’album se termine sur une note plus douce et honnêtement magnifique avec ses arrangements : October All the Time. La pièce incarne un constat d’échec, mais tend aussi vers : trouver la paix d’esprit malgré tout. Elle est particulièrement efficace. Surtout que cela fait que Raygun Busch devient un peu le sujet de l’album. S’il nous jugeait collectivement, il se range de notre côté à ce moment.
C’est un album particulièrement ancré dans 2026. Chat Pile a toujours traité la musique un peu comme un film d’horreur. Prendre des situations extraordinaires et fantaisistes pour expliquer des observations ancrées dans le quotidien. Une fois de plus, le groupe réussit haut la main son aventure musicale.