Les 20 meilleurs albums de 2013 selon Mathieu Robitaille - Le Canal Auditif

Les 20 meilleurs albums de 2013 selon Mathieu Robitaille

On fait trop de cas du FOMO (Fear Of Missing Out). Règle générale, je suis subjugué de voir ce qui intéresse la plupart des gens, et pas vraiment déçu de passer à côté. Je suis conscient que je passe aussi à côté de dizaines d’albums formidables que je n’écouterai jamais par manque de temps, mais j’ai choisi une position un peu insulaire et je l’accepte. Permettez-moi d’illustrer ma position: on m’a décrit une blague racontée à l’Autre gala de l’ADISQ cet automne. Quelqu’un, un des Denis Drolet je pense, a dit que la chanson qui a le plus joué à la radio cette année serait couronnée ce soir-là. Punch de la blague: la chanson en question serait le thème de la pub du Clan Panneton. Les Denis se sont mis à la chanter, et l’auditoire s’est joint à eux en chœur. Punch de mon anecdote: je n’aurais pas pu me joindre à eux, je ne connais pas cette chanson. Quand j’écoute la radio, c’est la radio d’État pas de pub, et je n’ai plus de télé, seulement internet. Je vis donc dans une bulle, apparemment.

Pendant que le monde (le monde en général; ce n’est pas vous que je vise, très chers lecteurs) fredonnait des jingles, je me suis tourné plus que jamais vers le bruit en 2013, en laissant comme toujours une généreuse place aux grosses guitares sales. Voici les albums qui ont le plus joué dans ma bulle cette année.

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20. Zs – Grain

Difficile de trouver un musicien plus agressivement progressif que le saxophoniste Sam Hillmer. Accompagné de deux nouveaux complices, il a lancé ces deux longs mouvements qui redéfinissent son mariage unique entre improvisation jazz extrême et bruit lourd, cette fois en faisant tout passer par des manipulations électroniques. Hypnotique et intense.
 

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19. James Holden – The Inheritors

The Inheritors est difficile à cerner, mais se bonifie avec les écoutes et s’impose comme une oeuvre singulière et grandiose qui semble exister en dehors du temps et des genres.
 

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18. Polvo – Siberia

Je ne m’attendais à rien d’extraordinaire de Polvo, mais ils m’ont surpris. Sans perdre leur côté obtus et complexe, ils laissent entrer des effluves de classic rock et même de top 40 des années 1980.
 

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17. His Electro Blue Voice – Ruthless Sperm

C’est sans contredit le retour des années 1990, et tous les croisements sont permis. Ces Italiens au nom et au titre d’album affreux trouvent un juste milieu entre Ministry, Pixies et Unwound, ce qui en soi serait intéressant sans être suffisant. C’est la grande liberté dans les progressions et le côté imprévisible qui finissent par convaincre.
 

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16. Oozing Wound – Retrash

Ça se veut un retour au thrash metal, mais je doute que cet album aurait gagné beaucoup de fans dans les années 1980. C’est le recul des années et le côté irrévérencieux du groupe qui rendent ce pastiche thrash réussi. Et le fait qu’aucune chanson sur l’album ne soit mauvaise. La voix du chanteur sera irritante pour beaucoup, mais on finit par s’y habituer.
 

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15. The Devil – The Devil

C’est le sideband d’un groupe que je ne connais même pas, et ça existe depuis 2003, mais il n’y a eu aucun album jusqu’à cet automne, et c’est exclusivement sur Bandcamp. The Fall et The Jesus Lizard ont fait beaucoup des petits, mais ceux-ci sont parmi les plus dignes. Bon d’un bout à l’autre.
 

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14. Fuck Buttons – Soft Focus

Je reconnais que Soft Focus n’est pas aussi bon que Street Horssing et Tarot Sports, mais dès que j’entends une pièce de l’album, je retombe sous le charme. Le duo est encore en grande forme.
 

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13. Melt Yourself Down – Melt Yourself Down

Ce projet londonien arrive à marier plus habilement que quiconque l’énergie du punk et celle de l’afrobeat. Ce n’était pas vraiment une sonorité que je cherchais, mais bon sang que ça fonctionne.
 

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12. Run The Jewels – Run The Jewels

Sans dire que je n’ai pas aimé Cancer 4 Cure en 2012, je dois dire que je l’ai trouvé un peu rigide. El-P avait fait un chef-d’oeuvre en 2007 avec I’ll Sleep When You’re Dead, et le dude ressentait sûrement de la pression à créer la suite. En baissant sa garde et en faisant un album purement par plaisir avec Killer Mike, il a fait ce que je considère comme son deuxième meilleur album en carrière. Et n’appelez pas ça un mixtape.
 

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11. Buke & Gase – General Dome

Arone et Aaron m’ont encore une fois fait sourire comme un idiot cette année. Ce duo a plein de choses que j’aime: un côté mathématique, un côté DIY bricoleur, un grand sens de la mélodie et de la créativité à revendre. Après l’apocalypse, Buke & Gase produira sa propre électricité et continuera à taper du pied.
 

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10. The Field – Cupid’s Head

Encore un album très satisfaisant de la part du Suédois Axel Willner. J’ai lu quelque part que la meilleure façon de décrire The Field n’est pas de le comparer à d’autres artistes technos, mais plutôt à du très bon sexe. C’est assez juste.
 

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9. Factory Floor – Factory Floor

Factory Floor a fait un des plus longs stripteases de l’histoire de la musique électronique, et l’attente en valait la peine. Des rythmes obsédants et des influences qui dépassent largement le techno sombre qu’ils produisent.
 

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8. Matmos – The Marriage Of True Minds

Un album intelligent, créatif et doté d’un grand sens de l’humour. Le tout vaut beaucoup plus que la somme de ses parties. Il n’a pas voulu sortir de ma tablette, cette année.
 

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7. Pissed Jeans – Honeys

La nostalgie des années 1990 a eu la cote dans la presse indie cette année. Je n’ai absolument rien contre les diverses réincarnations de Pavement, Sonic Youth, Swervedriver et autres qu’on a entendus (Speedy Ortiz, Parquet Courts, Joanna Gruesome, etc.), mais tant qu’à revenir à la décennie de “l’alternatif”, j’aurais pris plus d’albums comme celui-ci des charmants misanthropes de Pissed Jeans.
 

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6. Alaclair Ensemble – Les maigres blancs d’Amérique du noir

Oui, ils sont un peu trop axés sur la blague. Oui, leurs chansons romantico-R&B peuvent être agaçantes. Mais crisse, ils sont juste meilleurs que tout le monde. Il nous faut plus de rappeurs dont les sujets de prédilection incluent la monogamie et manger des fruits.
 

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5. The Besnard Lakes – Until In Excess, Imperceptible UFO

Des groupes qui ont profité du statut de terre promise musicale de Montréal au début des années 2000, certains ont sombré dans l’oubli (c’est qui, ça, The Stills?) mais d’autres ont persévéré avec une ambition tout humble. Quatre albums après leurs débuts, les Besnard Lakes sont meilleurs que jamais.
 

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4. Queens of the Stone Age – … Like Clockwork

Je suis fan de la première date des Queens. Mon intérêt s’était émoussé avec Era Vulgaris et avec Them Crooked Vultures, mais là, Josh Homme m’a complètement reconquis. De toute beauté.
 

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3. Young Fathers – Tape 2

Un des quelques albums de hip-hop qui m’ont vraiment plu cette année. Celui-ci me plaît parce qu’il ne se laisse pas confiner aux stéréotypes du hip-hop. Le court album de ces Écossais est tout simplement musical, libre et parfaitement maîtrisé.
 

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2. Tim Hecker – Virgins

Un autre grand album pour Hecker, figure exceptionnelle dans le paysage de la musique ambiante. C’est rare qu’on puisse identifier un musicien dès les premières secondes de bruit, sans mélodie, paroles, ni rythme. La définition d’un artiste inspiré ayant forgé sa propre voix.
 

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1. The Knife – Shaking The Habitual

Je pourrais dire du bien de cet album pendant des lustres. C’est ce que j’ai entendu de plus pertinent, de plus personnel et de plus passionné cette année. L’album qui devrait me rappeler pendant longtemps comment c’était d’être vivant en 2013.
 

Mentions honorables aux albums suivants:

Emptyset – Recur (voir plus bas), Pharmakon – Abandon, L. Pierre – The Island Come True (et le mix Neverland Transmission aussi, tiens!), Bill Callahan – Dream River, Ryan Power – Identity Picks, KEN Mode – Entrench, Iron Lung – White Glove Test, No Age – An Object, Hair Police – Mercurial Rites, Nick Cave & The Bad Seeds – Push The Sky Away, Savages – Silence Yourself

Compilation préférée:

The Outer Church

Un échantillonnage de la fascinante scène dark, ambiante et électronique qui gravite autour de la soirée The Outer Church, organisée par Joe Stannard à Brighton en Angleterre.

Album préféré découvert un an en retard:

Lamps – Under The Water Under The Ground

La musique de grosse brute épaisse la plus stimulante que j’ai entendue depuis… Ben depuis Pissed Jeans, en fait.

Album préféré découvert 25 ans en retard:

Nuno Canavarro – Plux Quba

Incroyable de penser que cet album de musique ambiante ait été enregistré en 1988, de façon entièrement analogique. À la première écoute, c’est agréable. À la vingt-cinquième, c’est d’une créativité sidérante.

Groupe qu’il était temps que je découvre:

Emptyset
Emptyset (2009), Demiurge (2011), Medium (2012), Recur (2013)

Montez le volume assez haut et vous ressentirez les textures électroniques d’Emptyset avec votre peau et votre squelette autant qu’avec vos oreilles.

Moment musical de l’année:

Afghan Whigs à SXSW qui fait une chanson d’Usher qui aurait dû être une chanson d’Afghan Whigs et Usher qui débarque sur scène avec eux pour la chanter.

Exprimez-vous!

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