Green Day - Revolution Radio - Le Canal Auditif

Green Day – Revolution Radio

Green DayImaginez-vous donc que la semaine dernière, les rois de la «pop-punk-rock», Green Day, étaient de retour avec un nouvel album intitulé Revolution Radio. Billie Joe Armstrong, Mike Dirnt et Tré Cool doivent leur immense popularité à un album qui les a catapultés dans la stratosphère: Dookie (1994). Ce groupe (qui a pratiquement tout piqué aux Buzzcocks) fait partie de ces formations californiennes qui ont édulcoré le travail accompli par tous les Black Flag et Dead Kennedys qui pourfendaient à l’époque l’idéologie néolibérale/conservatrice du président Ronald Reagan… des années charnières où tout a été déréglementé avec pour résultat ces inégalités sociales et ces violences armées auxquelles on assiste actuellement chez nos voisins du Sud.

Cela dit, je devrai obligatoirement vous parler de politique. Pourquoi? Parce que Green Day en a long à dire sur l’état social qui prévaut actuellement aux «States» avec en toile de fond le narcissisme imbuvable qui fait rage depuis toujours sur les médias sociaux. Même ceux qui affirment ne pas être narcissiques le sont sans même s’en apercevoir. Une autre belle victoire du marketing. Bref, Green Day y va d’une création soi-disant revendicatrice.

En ce qui me concerne, ça me va, et ce, même si Green Day est un petit peu culotté de jouer au rebelle après avoir vendu autant de disques dans leur carrière. Mais bon, tu peux être riche et avoir quand même une conscience sociale. Donc, j’accepte.

Cela dit, j’ai un sérieux (mais très sérieux) problème avec la musique proférée sur ce disque. Pour plusieurs journalistes musicaux, Green Day retourne, semble-t-il, aux proverbiales sources. Eh bien, cesdites sources sont pas mal mollassonnes et racoleuses. Dans le contexte où un groupe veut témoigner de cette époque individualiste, prétentieuse où «l’émotion» a préséance sur la raison, il faut que l’emballage vienne appuyer le propos. Malheureusement, Green Day nous propose un Revolution Radio à la réalisation boursouflée où les moments valables, trop peu nombreux, sont noyés dans des ritournelles faussement punk.

Des exemples? Pour une Bang Bang rapide et virulente, on y entend un Armstrong prendre une posture mielleuse dans Outlaws ou encore une Say Goodbye fictivement abrasive au refrain parfaitement «arena rock». Il y a donc une dichotomie flagrante entre le propos et cette musique totalement «vendeuse» et vendue. Revolution Radio est une une production rebelle totalement marketisée et ça aussi, on ne sait même plus faire la distinction entre la véritable authenticité d’un groupe et celle dictée par le mercantilisme ambiant. Et je soupçonne Green Day d’être incapable, eux aussi, de faire la différence…

Alors? Pour ceux qui ont tripé sur Green Day, vous devriez y trouver votre compte, car le groupe fait un réel effort pour brasser la cage. Sincèrement. Mais en ce qui me concerne, je ne peux embarquer de plain-pied dans cette proposition tant le discours est aux antipodes de cette musique parfaitement conçue pour les radios rock FM de l’Amérique.

Ma note: 4,5/10

Green Day
Revolution Radio
Reprise Records
45 minutes

http://www.greenday.com/revolutionradio?ref=https://www.google.ca/

Commentaires

  1. Zéphirin a écrit : :

    Hello !

    Je suis d’accord sur un point : l’album n’est vraiment pas un retour aux sources. Il ne ressemble ni à Dookie ni davantage à American Idiot. Mais ce n’est pas tant ce que prétend le groupe plutôt que ceux qui en parlent. Je trouve personnellement cela positif : si je veux écouter un album au style Dookie, j’écoute Dookie, je n’attends pas son sosie 20 après. Ce que j’attendais de Revolution Radio, c’était du sang neuf, et je l’ai eu.

    Pour le reste, je trouve que le fait de systématiquement confronter Green Day à ses pseudo-revendications punk fausse l’avis qu’on peut se faire de leur musique : ils auront forcément tout faux. Le punk, c’est de l’éphémère, un groupe y renonce dès qu’il a une carrière plus longue que celle des Sex Pistols. Les Ramones eux-même ont été considérés comme virant pop-rock, sur certains albums comme Leave Home. Pour aller plus loin, je pense que ça n’aurait rien eu de punk (ça aurait même été contradictoire) que cet album rassemble tous les critères convenus du style punk crado, etc.

    Donc je ne vois pas la contradiction relevée entre la forme et le fond, je trouve au contraire une forme de sincérité assez brute dans cet album à laquelle on peut facilement casser les jambes en l’estampillant « commerciale ». Des morceaux comme Too Dumb to Die sont puissants et selon moi très ramonesques sous certains aspects. Forever Now est particulièrement bien ficelée, ambitieuse et efficace… pour ne citer que ces deux-là.

    Je ne dis pas que l’album est sans défauts bien sûr, certaines structures sont vraiment redondantes, par exemple. Mais les tirailler entre punk et commercial est un procès ni très juste ni très original.

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      Salut! Au contraire, je crois qu’il est tout à fait pertinent de mettre de l’avant la contradiction entre l’aspect lisse de la musique de Green Day et ses revendications. La forme vient amenuiser l’impact du propos. Sans tomber dans un punk «crado», Green Day aurait pu y aller d’un disque à fond la caisse, en accélérant le rythme, en étant un tantinet plus agressif. Dans ma conclusion, je le note. Les fans de Green Day sauront probablement plus apprécier que moi cet album, mais quand on veut revendiquer et prendre la parole, il faut y aller avec beaucoup moins de compromis. Du moins, pour un groupe qui se classe dans le «punk-rock». Est-ce que je suis un peu de mauvaise foi? Bien sûr, c’est aussi le jeu de la critique, mais bien franchement, dans la même catégorie, le dernier NOFX est plus subversif… même s’il est plus «ado» et infantile. Sur ce, merci pour le pertinent commentaire.

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