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La journée qui s’en vient est flambant neuve : le dernier sacrement du Divan Orange

J’essaie de retourner ce qui vient de se passer dans les dernières heures de toutes les façons. Me reste juste ce mot : câlice.

Vous me trouvez vulgaire? Je comprends. Je tiens quand même à vous dire que dans les prochaines lignes j’aurai un biais. Je couvre des spectacles au Divan Orange depuis plusieurs années et de voir cet endroit chéri s’en aller, ça m’en laisse gros sur le cœur.

C’est un manque total d’éthique journalistique me direz vous. Je vous dirai d’amener vos fourches et vos flambeaux. À ce point-ci, je m’en fous. Le Divan Orange c’est un endroit spécial pour moi, comme pour beaucoup de travailleurs culturels. J’y ai dansé des slows, des nuits endiablées, j’ai frenché, j’ai rencontré du monde qui allait peupler ma vie, j’ai surtout rencontré des employés généreux, attentionnés et de réels guerriers.

Cette soirée est douce et amère. Douce, par la présence de Simon Leduc et Avec pas d’casque qui fermait la marche. Amère, par le sentiment que l’arrondissement, la ville centre, le SPVM et les deux autres paliers de gouvernements avaient laissé tomber le Divan. Fâché que Luc Ferrandez n’ait pas pris l’occasion du pouvoir pour faire la chose qui aurait dû être faite depuis trop longtemps et délesté le Divan de ses dettes de bruits. Des dettes de bruit pour un bar-spectacle qui donne la chance à la relève, ça devrait être des lettres de noblesses, pas un poids financier insurmontable.

Tu me trouves irraisonnable? T’as raison. J’ai braillé trois fois ce soir, comme Pierre qui renie Jésus, en regardant les gens du Divan faire leur chemin de croix. Tu peux relativiser, pour moi, ce sont des gens que j’estime que j’ai vu accepter la défaite. On a perdu une bataille, certes, on va continuer la guerre.

Tu me trouves irraisonnable? Je le suis.

Finir en beauté

Simon Leduc officiait la première partie d’Avec pas d’casque comme au lancement de leur album Trois chaudières de sang. Des années à ne pas faire de musique, ça laisse des traces. Il a tout de même assuré et livré ses chansons avec implication et générosité.

Mais c’est Avec pas d’casque qui tenait sur ses épaules le poids du clou. Le groupe a fait ça avec dignité, sensibilité et authenticité. De nombreux succès (ou comme Joël se plaît à dire des souvenirs tout court) ont résonné pour une dernière fois entre les murs du Divan. Dommage que tu sois pris, j’embrasse mieux que je ne parle, Autour, Joël fait dire et Derviches tourneurs ont résonné entre les murs.

Je suis venu finir ce qui achevait déjà

— Autour

J’ai pleuré trois fois. Une fois pendant La journée qui s’en vient est flambant neuve, une fois pendant la chanson de rappel qui était une nouveauté et qui disait : « je vous souhaite de trouver un endroit aussi bien qu’ici » et à la sortie en regardant une dernière fois la devanture avec les gens qui l’ont fait vivre. C’était la plus belle fin possible. Après tout, on a fêté les cinq ans du Canal là-bas. Je me revois avec Stéphane dans le sous-sol à se dire qu’on avait réussi notre shot. Je me revois aussi interviewer Groenland. Bref, c’était beau en joualvère.

J’ai la mort dans l’âme en tapant ces mots. Je sais qu’ils sont indélébiles tout comme la fin du Divan. Merci à ceux qui ont marqué dans ma mémoire cet endroit : Luca, Camille, Julia, Julien, Lionel, JP, Simon, Melyssa, Ariane et tous les autres. Merci du fond du cœur.

Vous me trouvez trop emo?

Sachez que ce n’est certainement pas la dernière fois que je salue bien bas ceux qui font en sorte que notre culture vibre. Merci belle équipe de feu. Ce n’est pas la fin. Jannie P. Duval s’occupe de s’assurer que ce moment ne passe pas sous silence. Ce n’est pas la fin, parce qu’il y en aura d’autres des moments où l’on devra s’assurer qu’une situation semblable ne se reproduise pas. J’espère que la prochaine fois, la fin sera moins tragique. Ce n’est pas la fin anyways.

Je me serai senti plus à la maison au Divan Orange qu’à des endroits où j’ai habité.

Merci pour tout. Je vous aime.

 

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