Critiques

Toro Y Moi

Outer Peace

  • Carpark Records
  • 2019
  • 31 minutes
6

Boo Boo, le dernier album de Chaz Bundick en tant que Toro y Moi, semblait marquer une métamorphose de plus pour l’artiste californien. Sorti en juillet 2017, son recours à des atmosphères plus ambiantes et diffuses que sur ses autres albums traduisait un certain manque de direction pour le son du parrain du chillwave. Cette niche électro-pop est née et défunte à peu près en même temps vers la fin des années 2000, puis aurait engendré le vaporwave (une autre scène victime de saturation). Mais au fil de sa discographie grandissante depuis 2009, Toro y Moi s’est démarqué par son éventail d’instrumentations et ses influences de partout sur la carte musicale. Cependant, cet éclectisme et cette propension à être prolifique ont parfois été les causes d’albums incohérents.

Pour revenir à Boo Boo, l’album nous offrait une collection de chansons aux ampleurs cinématiques et aux arrangements mélancoliques qui traduisaient souvent des difficultés relationnelles, textes chantés à l’appui. Après plusieurs écoutes, l’album n’incitait pas particulièrement ni à connecter avec Bundick, ni à nous diriger vers la piste de danse comme il avait l’habitude de le faire. Plutôt que d’amener Boo Boo sur la route pour une tournée, Bundick a préféré animer des clubs par des DJ sets, et cette expérience exerce une emprise audible sur son sixième album Outer Peace. Ici, il accélère les battements par minute dans l’espoir de « switch up the vibe », et réussit passablement.

Fading, qui amorce le bal, est une chanson pavée de percussions 808 et dotée d’un optimisme inspirant dans ses paroles. Sur le morceau, on sent la volonté de Bundick à sortir de sa torpeur de Boo Boo, mais les arrangements vocaux irritants et son pont instrumental qui met de l’avant un synthétiseur maladroit en fait une ouverture peu convaincante. L’house de Fading prépare plus ou moins à ce qu’a Outer Peace en réserve, mais l’enthousiaste Ordinary Pleasure dégage la même énergie, nous transportant dans une discothèque décontractée par son synthfunk soyeux qui rappel Underneath the Pine. C’est aussi intéressant comment les instrumentations entrent en conflit avec les paroles de Bundick, alors qu’il constate à quel point ses relations amoureuses pèsent sur lui.

« It’s always the same as always

It’s a game that we play

No one’s safe »

Ordinary Pleasure

Laws of the Universe reste dans la palette musicale et lyrique des chansons précédentes, munies d’une variété de synthétiseurs et d’une célébration des avantages qui accompagnent nos échecs personnels. Une référence à « Daft Punk is Playing at my House » (« James Murphy is spinning at my house ») témoigne aussi de l’inspiration que des groupes comme LCD Soundsystem insufflent sur Outer Peace et Toro y Moi en général. Mais aussitôt rendu à Miss Me, l’album perd tout momentum accumulé jusque-là, puis son pouls disparaît jusqu’à la fin de la demi-heure qu’il dure. Ce n’est pas à cause de la présence envoûtante d’ABRA, qui prend le dessus au micro le temps de Miss Me, mais le virage R&B alternatif que Bundick emprunte draine la vitalité du reste de Outer Peace.

New House se rapproche davantage d’une chimère que d’un hybride, assemblée d’un R&B aux percussions à saveur trap et d’un auto-tune difficile à supporter. Baby Drive It Down poursuit la sieste avec une sorte de dancehall stérile et rudimentaire. Freelance et Who I Am redonnent un peu de vigueur par des lignes entraînantes de basses, mais Monte Carlo est oubliable malgré ses intentions, à cause d’un texte paresseux, en plus d’un R&B alternatif (quand même confortable) à la sauce trap. 50-50 conclut l’album sur une note nostalgique et paisible, mais la chanson réitère l’éparpillement confus des chansons précédentes.

Comme Outer Peace dans son ensemble, la plupart des chansons manquent de direction et/ou de progression. Certains grooves mémorables de l’album pourraient bien accompagner un moment sur la route, mais Outer Peace demeure docile et confus dans sa versatilité stylistique.

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