Critiques

Microphones

Microphones in 2020

  • P.W. Elverum & Sun
  • 2020
  • 44 minutes
8
Le meilleur de lca

Même s’il a enregistré de nouveaux albums presque chaque année, Phil Elverum réactive son projet collaboratif Microphones pour la première fois en 17 ans. Ses efforts se sont graduellement dirigés vers des albums solos déchirants sous le pseudonyme Mount Eerie, mais Lost Wisdom Pt. 2 de l’an passé avec Julie Doiron, et maintenant Microphones in 2020, semblait annoncer un certain retour à la création de groupe. Avec Microphones in 2020,la réapparition du populaire alias de folk-noise indé est une chanson de 44 minutes réalisée par Elverum, et elle parait sans bornes.

Sans suivre de chronologie, la voix intime d’Elverum aborde des souvenirs et des questionnements de l’enfance au présent. Avec une affection indéniable, ces derniers décrivent une personne curieuse et émerveillée, moins accablée par « la bête du changement indésiré ». Des thèmes récurrents de son répertoire reviennent, comme le passage du temps en tant que rappel de nos transformations, la poursuite de créativité et la quête d’un sens qui va au-delà des circonstances quotidiennes.

« The true state of all things is a waterfall

Full of debris and flowers, never not falling »

Du cosmos jusqu’aux films qui l’ont marqué, les pensées d’Elverum tracent les origines de son art et les moments d’inspiration qui l’ont motivé à se mettre à l’œuvre. Plutôt que de se limiter à une autobiographie strictement descriptive, l’importance de ces moments est remise en question. L’idée des Microphones est qualifiée d’entité imaginaire, et nos attentes en vers elle sont déconstruites. D’entrée de jeu, la chanson est réalisée uniquement par Elverum, au nom d’un projet normalement associé à la collaboration.

« So what if I label this song “Microphones in 2020“? »

À la suite d’une ouverture envoûtante qui implique deux accords d’acoustique et Elverum, une guitare électrique et des percussions percent la brume qui couvrait la musique jusque-là. Les paroles sont fréquemment irrévérencieuses par rapport au rythme qui porte la pièce, n’hésitant pas à dépasser le confinement des mesures établies si une phrase le nécessite. Cette particularité attire l’attention aux paroles, où plusieurs passages supportent l’effet d’une chanson éternelle.

« I will never stop singing this song It goes on forever

And if there have to be words, they could just be: “Now only” and “There’s no end” »

Plus tard, des anecdotes hyperspécifiques à la Sun Kil Moon mènent la chanson à son épicentre. C’est comme si la musique saisissait l’ampleur des couches identitaires qui nous hantent au fil du temps, et cette constatation parvient à résonner au-delà des expériences personnelles d’Elverum. Des nappes de distorsion aux saveurs métal prennent la pièce d’assaut et la font léviter, avant d’atterrir dans un nid d’accordéon et d’orgue soutenus. Les deux accords de départ font leur retour, accompagnés d’une batterie caverneuse qui ramène aux meilleurs moments du groupe, pour ensuite conclure dans l’ambiguïté et l’intrigue alors que le silence s’abat subitement.

Si Microphones in 2020 s’approche davantage de Clear Moon que The Glow Pt. 2, sa structure légère-lourde-légère et ses arrangements électrisants transportent à une altitude qui est difficile d’associer à d’autre musique de cette année. La forme de l’album renforcitson fond, jusqu’à la couverture qui suscite instantanément la réflexion. Le court-métrage qui accompagne 2020 présente une suite de photographies qui fait dialoguer ce qui est vu, chantée et jouée. En évitant des’abandonner à une nostalgie indulgente ou à des réponses faciles, Microphones in 2020 est un récit de vie sans prétention qui nous invite à sonder nos propres bagages.

Exprimez-vous!





Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.