Critiques

Mega Bog

Life, and Another

  • Paradise Of Bachelors
  • 2021
  • 44 minutes
7,5

En commençant par les excentricités grammaticales de son titre, chaque facette de Life, and Another semble façonnée pour dérouter l’auditeur. Une continuation de la science-fiction folk-pop d’Erin Birgy, Mega Bog raconte des histoires d’une manière presque mystique. Les textes regorgent d’images étranges et de personnages qui apparaissent sans explications. Seulement des suggestions de sentiments font surface, et les pensées compréhensibles sont sporadiques.

En tandem avec le son de l’album (incluant une approche élastique au tempo et une tendance à avaler ses mots), on nous présente un monde fertile en profondeur, mais dont la signification exacte échappe l’auditeur. C’est frustrant, jusqu’à ce qu’on décide de perdre ses repères dans les confections sophistiquées de Mega Bog. Ce qui peut manquer en précision est balancé par l’humour des textes, parsemés d’images poignantes.

Co-produit par James Krivchenia, batteur de Big Thief et partenaire de Birgy, l’album ajoute plusieurs saveurs à sa fondation dense et errante: pop de chambre et jazz, guitares tirées des années 1980 sur Maybe You Died, saxophone avachi et dissonance sur Crumb Back. Adorable est revêtu d’un manteau shoegaze scintillant, et Weight of the Earth, on Paper évoque le Talking Heads de l’album Remain in Light.

Flower nous introduit à des guitares grillées au soleil, et des percussions stoïques qui s’exécutent en arrière-plan. Birgy s’interpose avec joie, et c’est audible dans sa diction relâchée qui rigole en temps réel. Même en chuchotant, elle articule avec aplomb et enfante une ambiance intime et psychédélique, et c’est ce qui se produit avec la pièce Station to Station, où basse et synthétiseurs se chevauchent. Weight of the Earth, on Paper fait serrer les dents avec une chorale en mission munie de guitares nerveusement pincées et d’une basse labyrinthique.

Plusieurs chansons contiennent seulement des approximations de la réalité: des cailloux violets et des beagles qui lévitent au-dessus des nuages sont chose commune. Les secousses de guitares, de saxophone et de claviers sur la brumeuse Butterfly se révèlent comme une foule de lucioles qui rebondissent partout dans le cabaret où la chanson habite.

Après le béant Bull of Heaven, Obsidian Lizard est une chimère fascinante, une collaboration fictive entre Cate Le Bon, Jessica Pratt et Aphex Twin. Before a Black Tea est similairement oblique, guitares mystérieuses et clavecin inclus. La pièce-titre réitère les ambitions jazzy de Birgy, avec son motif cyclique de piano et de cuivres. Le microcosme de l’album naît dans un chaos névrosé, mais après seulement vingt secondes, amarre sur un canapé de yacht rock.

Le centre émotionnel de l’album prend la forme de Maybe You Died, une transmission des limbes si elles étaient sous le règne de Cocteau Twins, qui examine l’absurdité de l’inexistence (« He didn’t die for me / Or anybody »). Ameleon boucle les 44 minutes avec un art-pop rassurant du maelstrom qui vient d’avoir lieu, mais qui termine abruptement. En célébrant la puissance du collectivisme et de l’appartenance, Birgy conclut : « You are wanted ».

L’album exige plusieurs écoutes avant que ses refrains et ses mélodies mémorables commencent à se révéler. Une fois qu’elles le sont, Life devient une écoute beaucoup plus gratifiante. C’est une musique joyeuse qui s’émerveille devant les micromystères étranges de la vie, embrassant bossa-nova et distorsion en parts égales. Ces chansons sont parfois encombrées d’un mystère peu crédible, mais envoûtant aussi. Elles sont comme des extraits de conversations dont le contexte reste inconnu, mais qui, avec le temps, se révèlent.