Critiques

Animal Collective

Crestone

  • Domino Recordings
  • 2021
  • 35 minutes
5

Crestone est le premier film réalisé par Marie Ellen Herzier, et raconte huit jours dans la vie de deux rappeurs. Ils vivent en solitude dans le désert titulaire du Colorado, cultivent du cannabis et publient leur musique sur SoundCloud. Composée par Geologist et Deakin du collectif Animal Collective, la trame sonore poursuit l’intérêt audiovisuel de projets comme ODDSAC et Tangerine Reef, avec des résultats mixtes.

Il va de soi de mentionner que je n’ai pas eu la chance de visionner le film. En excluant la chimie entre musique et images, Crestone se déploie en morceaux instrumentaux, ambiants et sans signe de turbulence. Dome Yard offre un aperçu représentatif de ce qui est à venir, incluant des percussions de Geologist qui évoquent naturellement un paysage désertique, des manipulations sonores de Deakin, et des dialogues tirés du film.

L’atmosphère dense et immersive, quoique peu palpitante, se perpétue sur les chansons qui suivent. Les transitions entre chaque pièce permettent de se perdre, et des détails comme la pluie qui conclut Eye in the Sky et qui amorce Boxing & Breathing renforcent l’idée de Crestone en tant qu’album à part entière. En entrevue, Geologist a confié son inspiration des films d’horreur, qui utilisent des sonorités abstraites à des fins musicales aussi puissantes qu’avec des sonorités traditionnelles. Les textures humides et marécageuses de Sloppy’s Dream et de Smoke & Broken Mirror en sont de bonnes démonstrations.

Des synthétiseurs envoûtants circulent autour de Scavengers, mais les fragments de dialogues concernant la Floride distraient du sujet géographique central. Par contre, ce qui dérange, est comment les thèmes du sommeil et des rêves (voir Wake Up Ryan, Benz’s Dream, Sloppy’s Dream et Sad Boy Sleeping) agissent au détriment de la direction musicale, qui croule sous sa propre inertie. Nous sommes loin des moments forts de Sleep Cycle comme Footy ou Good House. Pour cet album de 2016, conçu par Deakin, l’esthétisme assoupi fonctionnait avec cohérence et avec une anticipation de la direction que les pièces allaient prendre.

Oh California est la chanson la plus excitante qui juxtapose la guitare acoustique aux synthétiseurs et à la guitare électrique. Si Avey Tare et Panda Bear avaient pu se joindre au projet, la pièce aurait eu le potentiel d’exploser en quelque chose d’extraordinaire. Cotton Candy Sky est jolie pour conclure, mais après quinze airs, sans soupçon de tension ou de relâche, elle aurait pu exercer le même effet à n’importe quel endroit de la trame sonore. Sa conclusion indécise, mais soudaine, est un clou dans le cercueil.

Au-delà d’une séance d’écoute nocturne, Crestone ne captive pas l’oreille de manière durable. Bien que des pièces plus longues auraient permis des explorations plus intéressantes, nous avons à peine le temps de profiter d’un paysage sonore, que nous sommes rapidement transposés à un nouveau paysage similaire. C’est tout de même un album qui dégage une atmosphère à la fois vaste et intime, par des membres sous-appréciés de leur groupe respectif. Seize chansons qui, dépouillées de leur cadre visuel, errent en quête d’intention.