Chroniques

Raphaël Dénommé

Raphaël Dénommé: avoir le coeur sur la main

L’auteur-compositeur-interprète québécois Raphaël Dénommé partageait le 5 mars dernier une version retravaillée par The Lost Boys de sa chanson folk-cajun Le Clochard, tirée de son album Bayou St-Laurent (2018). Pour l’occasion, il s’est affilié à l’organisme Dans la rue — oeuvrant auprès des jeunes sans-abris à Montréal — pour inviter à donner généreusement. Nous avons rencontré l’artiste pour discuter de cette belle initiative de sa part et de ce qui s’en vient pour lui en 2021.


On dirait que lorsque quelque chose comme ce qu’on vit en ce moment survient, on est porté à se centrer sur soi-même et nos propres problèmes.

RaPhaël Dénommé

La situation de l’itinérance au Québec n’était déjà pas reluisante dans les dernières années. Avec l’arrivée de la pandémie de coronavirus, la Ville de Montréal estimait en septembre 2020 que le nombre d’itinérants recensés sur son territoire en 2018 avait doublé, pour un minimum de 6000 individus. 

Cette problématique sociale n’est pourtant pas nouvelle, mais elle provoque encore du malaise. Les derniers mois ont ramené dans l’actualité la réalité malheureuse de l’itinérance, au travers des enjeux des tentes sur la rue Notre-Dame et des tristes décès reliés à la pandémie. 

Soucieux d’en faire davantage pour la cause, Raphaël Dénommé a choisi de s’impliquer à sa manière, en partageant sa musique. « Je trouve qu’en ce moment, personne l’a facile, en particulier les jeunes. On dirait que lorsque quelque chose comme ce qu’on vit en ce moment [la pandémie] survient, on est porté à se centrer sur soi-même et nos propres problèmes. J’ai eu une pensée pour ces gens-là et pour les intervenants qui ne l’ont pas facile non plus. »

« Quand tu fais de la musique, veux, veux pas, tu reçois des commentaires comme ; hey tu t’enligne pour être pauvre! Alors c’est une pensée qui fait son chemin », cède-t-il. D’ailleurs, Raphaël me confie qu’il s’est souvent demandé dans sa vie s’il allait être capable de manger. « C’est constamment un combat. »

Pourquoi Dans la rue, en particulier? « Je trouvais ça pertinent de faire ça avec eux parce qu’ils ont une salle de musique dans leur centre de jour, avec des instruments! Ça permet aux jeunes de pouvoir jouer un peu », m’explique-t-il avec entrain, à l’autre bout du fil.

Raphaël Dénommé, via Facebook

Le musicien natif de Varennes, une banlieue de la Rive-Sud de Montréal, me raconte que même là-bas, on y retrouve des personnes sans-abris. À l’époque où il travaillait pour un supermarché de la ville, Raphaël se souvient que lui et ses amis s’étaient rapprochés de deux personnes itinérantes. Obélix et Squeegee. « On leur ramenait des restes de bouffe que l’épicerie allait jeter de toute manière. On leur jasait beaucoup. » Dans le fond, ça fait longtemps que notre rockeur a le coeur tendre.

Dénommé soutient que le fait d’avoir grandi auprès de personnes comme Obélix et Squeegee dans son quotidien de banlieue l’a sensibilisé rapidement à cette réalité-là. « D’avoir entendu leur parcours, leurs histoires, ça m’a rappelé que personne n’est à l’abris de l’itinérance. Et la chanson que j’ai écrite, c’est que je me voyais, moi, devenir un itinérant. »

Le vidéoclip de Le Clochard remix a été réalisé par Cassandre Emmanuel, animé par Joëlle Agathe et Marie-Christine Laniel à partir des oeuvres de l’artiste visuel Ojo.

Nouvelle année, nouvel album

Au cours de l’année qui s’en vient, on attend le premier volume de son projet intitulé Hard Times and Broken Mind, qu’il a fait réaliser par Antoine Gratton. Peux-tu me parler un peu plus de cet album-là? 

Raphaël avait commencé 2020 en force à la Bourse Rideau de Québec, mais son année a changé de cap assez rapidement avec la pandémie. Tout s’est arrêté et ça l’a beaucoup déçu de mettre tout en pause. Au lieu de s’asseoir et de ne rien faire, Dénommé s’est affairé à composer. « Je commençais à avoir vraiment des tounes en tête depuis un bout, je les jouais et je savais dans quelle direction je voulais aller. Alors j’ai gossé mes musiciens pour qu’on aille en studio avec ça cet automne. Finalement, ça a été full fun! Ben… Pas la pandémie là. » se reprend-t-il, en riant. Au moment où on se parle, Dénommé vient de recevoir les masters finaux de son Volume 1. Mais le Volume 2, c’est pour quand? « Ça ira en 2022. C’est tu concept ; 2021, Volume 1? » ricane-t-il.

 

Raphaël et son Élan 1973, via Instagram

Un Ski-Doo, on peut tu laisser ça dans cour?

Outre la musique à temps plein et l’aide humanitaire à temps partiel, je demande à Raphaël à quoi il a occupé son année de confinement, s’il s’est développé de nouvelles passions. « Je viens de m’acheter un petit Ski-Doo vintage ». Plus précisément, il s’agit d’un modèle datant de 1973, un Élan de Bombardier, jaune canari. Un bolide de fou pour un gars qui habite dans le Nord.

Ah oui, sachez que Raphaël s’est installé au début de l’hiver 2020 dans les Laurentides. « Je me suis trouvé une petite place bien à moi! C’était le gros dilemme entre Montréal ou la nature… Ça m’appelait. J’avais envie de réaliser ce projet. Je suis chanceux! » D’ailleurs il ne veut pas que je dise où il se trouve, pour rester undercover. Ah la célébrité!

« C’est vraiment une nouvelle partie de moi que je découvre, je pensais pas tripper autant. Mais tu sais, j’aime tellement Montréal aussi. » Selon Raphaël, la dualité de son amour pour les paysages urbains et sauvages se ressent dans le Volume 1 : « certains morceaux sonnent plus urbains, pis sur d’autres, on dirait que j’sors avec ma cousine. » 

Tout un personnage, ce Raphaël Dénommé. Un bon vivant, loufoque et simple, mais surtout, un gars avec le coeur sur la main, qui est au courant de la chance qu’il a.

On attend le LP Hard Times and Broken Mind Volume 1 en 2021, via l’étiquette indépendant L’Ours.

*Cet article a été produit en collaboration avec CULTIV.