Waxahatchee - Ivy Tripp - Le Canal Auditif

Waxahatchee – Ivy Tripp

WaxahatcheeEn 2013, Katie Crutchfield, alias Waxahatchee, faisait paraître le fort potable Cerulean Salt qui évoquait à la fois l’univers de Cat Power ainsi que celui de Sharon Van Etten. La dame est une adepte de l’esthétique lo-fi, créant des disques avec des bouts de ficelle, ce qui octroie au travail de Crutchfield un charme indéniable. Cette semaine, Waxahatchee présente un Ivy Tripp qui semble avoir été conçu avec un peu plus de moyens.

L’auteure-compositrice-interprète présente sensiblement la même formule que le précédent effort: une alternance entre balades pianistiques, folk tristounet et pop-rock naïf qui demeurent résolument campés dans la plus pure tradition indie américaine. Donc, ça sonne toujours aussi Best Coast/Cat Power avec un petit quelque chose d’indéfinissable en lien avec la formation Speedy Ortiz. Ça fait correctement le travail, mais la réalisation un cran plus lustré diminue l’efficacité des ritournelles douces-amères de Crutchfield. N’est clairement pas Sharon Van Etten qui veut…

Réciproquement, on a apprécié la variété des styles épousés sur ce disque, mais avant de parler d’une œuvre transcendante, on va se garder une petite gêne, si vous le permettez. Pour bien réussir le pas vers l’avant menant directement à une approbation plus large, en plus d’y aller d’une production plus éclatante, il faut composer des chansons intouchables et surtout, les interpréter avec encore plus de conviction. Sur ces deux aspects, Crutchfield a encore quelques croûtes à manger…

Ivy Tripp n’est pas un ratage complet, tant s’en faut, mais on s’attendait à une création plus consistante et sentie, comme si Waxahatchee n’assumait pas encore tout à fait ce passage à l’âge adulte, un peu hésitante à accepter le rayonnement plus ample de sa musique. Un exemple? On fait référence à Air: une sorte de pop-rock synthétique frémissant qui cherche à émouvoir, mais qui demeure au ras des pâquerettes… un problème majeur d’interprétation ici.

Il y a quand même quelques moments intéressants qui jalonnent çà et là cet Ivy Tripp. On pense au rock lourdaud Under A Rock, le folk-pop dépouillé Summer Of Love, le «You’re less than me. I am nothing» allié à la conclusion à la Pavement entendue sur <. On croit sincèrement que les chansons de Crutchfield se démarquent nettement plus en format rock à la Bethany Consentino (Best Coast) qu’en format sobre/affectif.

Ça demeure une conception sonore fort convenable. En revanche, on serait surpris au plus haut point si l’artiste parvenait à se détacher complètement de son aura «indie pop/lo-fi», car on la sent plus confortable dans ce genre (du moins, ses chansons élémentaires semblent plus intéressantes dans ce format) et ça nous semble tout à fait acceptable. Humblement, il ne sert probablement à rien pour elle de tenter sa chance dans la cour des grandes (Van Etten, Power, Feist, etc.). Elle aura une carrière beaucoup plus significative en demeurant dans sa zone de confort.

Ma note: 6,5/10

Waxahatchee
Ivy Tripp
Merge Records
38 minutes

http://www.waxahatcheemusic.com

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