Zola Jesus Archives - Le Canal Auditif

Critique : Zola Jesus – Okovi

Zola Jesus, c’est le projet de l’Américaine Nika Danilova. Ayant déjà 4 albums assez bien reçus par la critique derrière elle, la chanteuse nous présente avec Okovi, l’une de ses sorties les plus abouties à ce jour. Sans dénaturer sa pop gothique angoissante, elle n’a toutefois désormais plus peur de se lancer plus en avant dans les textures électroniques pour nous parler d’un sujet principal : la mort.

On ne nage effectivement pas dans le léger avec cet album. Danilova a fait face à des épisodes dépressifs dans les dernières années, à la suite de décès de proches, et c’est ce qu’elle vient expurger sur son nouvel opus. On y sent une nervosité, un besoin de se livrer qui orientent les différentes pièces vers une noirceur maîtrisée, mais très personnelle à la fois. Sur fond de pièce pop, l’auditeur peut presque s’y méprendre, mais se fera tout de même invariablement rattraper tôt ou tard par la force émotive de chansons fortes, comme Witness.

L’innovation principale de Okovi réside d’ailleurs en partie sur cette pièce. Zola Jesus se permet ici une certaine lenteur et une plus grande exploration, comme en témoignent les cordes qu’on retrouve sur la pièce, ainsi que sur la conclusive Half-Life. Après sa tentative pop sur Taiga (2014), un album qu’elle espérait ouvertement voir percer le top 40 américain, sans succès, l’artiste a recentré ces énergies. C’est l’aspect un peu goth de sa musique qui l’a fait connaître? Et bien, elle y retourne la tête première autant au niveau musical que pour l’inspiration des textes. Si le genre est souvent mal vu, ou ne produit plus grand-chose d’intéressant depuis la fin des années 80, Zola Jesus nous offre une alternative contemporaine intéressante et réussie.

Okovi est un terme slave signifiant « chaînes » en français. Ironiquement, on sent un esprit libérateur dans le besoin de confessions qui rythme la production. Dans un mouvement continu, une pulsion changeante qui ne s’arrêtera que sur la sublime Half-Life, on sent un déséquilibre qui viendra ultimement se stabiliser, tendant vers l’espoir et la libération. Ça a l’air un peu kitsch exprimé comme ça, mais au final, le traitement reste subtil et de bon goût, témoignant bien du talent de Danilova pour transmettre des thèmes émanant directement de son vécu, mais finalement universels.

Le retour de l’artiste chez Sacred Bones est donc une étape réussie dans une carrière réussie, mais qui se sera tout de même cherchée quelque peu dans les derniers temps. Ce ne sera peut-être pas un album qui nous marquera profondément pour les années à venir, mais qui nous procure tout de même un beau moment plein d’émotions à l’écoute. Et c’est peut-être justement ce qu’il nous faut par moment : du contenu brut et cru, qui surpasse la forme et la volonté de créer un classique.

Ma note: 7,5/10

Zola Jesus
Okovi
Sacred Bones Records
40 minutes

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Critique : Black Asteroid – Thrust

Le producteur états-unien Bryan Black a commencé sa carrière en musique comme designer sonore au Paisley Park Studios, propriété du légendaire Prince. On aurait pu s’attendre à ce que ça lui donne envie de composer du funk et du soul, mais non, il évolue plutôt sur la vague rock industriel des années 90 en tant que membre des projets Haloblack et XLOVER, et participe également à la formation du super groupe H3llb3nt. Il fait partie du projet MOTOR, duo plus près du techno industriel, et crée finalement son projet solo Black Asteroid vers 2011. Avec celui-ci, il enchaîne les simples et EPs jusqu’à publier son premier album en juillet dernier, intitulé Thrust. On y retrouve une techno crue, dénudée d’enjolivures surproduites, combinée à un darkwave appelé à être joué à un volume élevé.

La vitesse d’oscillation du synthétiseur saturé ouvre la pièce-titre de façon expérimentale, comme un moteur qui prend de la vitesse après chaque coup de défibrillateur. Black Moon fait croiser deux séquences analogiques figées dans un kick, ponctué par un son de synthé tordu avec Weisley Eisold (Cold Cave) qui propose une prestation vocale bien plus rigide que dans son projet. Le rythme dansant un peu militaire sert de base à la structure EBM, qui fait penser à une réinterprétation plus agressive de Eisbaer (1981). Howl reprend exactement la même structure, bien que mixée de façon à alléger et clarifier la masse sonore autour de la voix de Nika Roza Danilova (Zola Jesus). La séquence de départ est excellente et l’efficacité du duo est fort appréciable, mais ça s’estompe à mi-chemin lorsque la pièce entière se répète sans vraiment aller plus loin.

La techno Space Junk se contente de peu pour établir un bon rythme accompagné par des sonorités dissonantes de modulations de fréquences; simple et efficace. Tangiers ouvre sur un son de synthèse saturé qui mène à un rythme techno et une performance à l’accent exotique de l’artiste française Michèle Lamy. Metal Drums commence sur une suite rythmique réverbérée qui se déplace d’octave en octave, la forme techno se développe jusqu’à la caisse claire qui accélère pour annoncer un changement de segment; la forme devient vite prévisible, mais est néanmoins parfaitement adaptée à un party rave.

L’impulsion analogique doublée d’un kick sec donne suite avec Here Comes Fear, probablement la piste la plus solide et convaincante de l’album avec Eisold également à la voix. Moon ralentit le tempo sur une ponctuation entre des percussions et du bruit blanc filtré, la synthèse analogique vient répondre aux impulsions rythmiques sans trop créer de ligne mélodique, ça reste abstrait et un peu expérimental. Sun Explodes revient avec Eisold à la voix, sur un ton particulièrement post-punk, monté comme des échantillons fixés dans une structure industrielle. Chromosphere conclue dans une atmosphère post-apocalyptique durant laquelle la saturation et la distorsion déforment et reforment les séquences synthétiques, un peu comme du dark acid.

On s’en doute, la production de Thrust est impeccable, Black a réussi à garder ça simple en jouant savamment avec les niveaux de saturations et d’effets pour tout faire vibrer de façon claire et directe. Il y a certains passages répétitifs qui rallongent plus qu’ils ne développent, mais on pardonne facilement quand on réalise que le résultat est aussi efficace que du techno maximaliste, même s’il n’est préparé qu’avec la moitié des ingrédients.

MA NOTE: 7/10

Black Asteroid
Thrust
Last Gang Records
44 minutes

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Les 3 étoiles du 9 juin 2017

Zola Jesus – Exhumed

L’Américaine Zola Jesus a déménagé dans son Wisconsin natal dans les derniers mois. Le retour à la terre de son enfance a remué de vieux démons et des questions qui avaient été laissées en suspens. Cela l’a amené à écrire et composer Okovi qui paraîtra le 8 septembre prochain. En attendant, elle nous présente la convaincante Exhumed où les envolées vocales sont légères et poignantes à la fois. Les cordes puissantes qui accompagnent sa voix sont toutes aussi efficaces.


 

Alvvays – In Undertow

Les rockeurs doux d’Alvvays lanceront également un album le 8 septembre prochain et nous donnent avec In Undertow un avant-goût de ce qui arrivera sur Antisocialites. La distorsion est chaude, les voix perdues dans une réverbération plaisante et les mélodies toujours aussi intoxicantes. Molly Rankin est égale à elle même et sa voix balance entre le réconfort et l’attaque frontale. On a hâte pour la suite.


 

Oh Sees – The Static God

Thee Oh Sees laisse tombé le « Thee » et sera désormais connu sous le nom d’Oh Sees. Mais, une chose est certaine : la formation n’a rien laissé tomber de son mordant sur The Static God qui nous remplit les oreilles de riffs délicieux. La formation fera plaisir à ses nombreux fans avec ORC le 25 août prochain. La bande à Dwyer semble en pleine forme et ça risque de rentrer au poste!