wilco Archives - Le Canal Auditif

Critique : Lee Ranaldo – Electric Trim

Si Thurston Moore, en mode solo, s’applique efficacement à perpétuer la tradition dissonante établie avec son ancien véhicule créatif, son comparse de la bonne vieille époque, Lee Ranaldo, s’éloigne, depuis quelques années, du légendaire son de Sonic Youth. Nettement plus mélodique que Moore, Ranaldo incorpore à sa palette sonore du folk rock, un peu de psychédélisme, de la power pop et au fil des nouvelles parutions, le rock pur et dur s’est fait un peu plus discret.

En 2013, le guitariste avait lancé Last Night on Earth. Il était alors accompagné des Dust. Une formation formée de Steve Shelley (batterie), Alan Licht (guitare) et Tim Luntzel (basse). En 2012, c’est John Agnello (Kurt Vile, Dinosaur Jr, etc.) qui officiait derrière la console pour Between The Times and The Tides. Un album qui se positionne entre le son pop rock de R.E.M. et, bien sûr, celui de Sonic Youth.

Âgé de 61 ans, Ranaldo refuse de se la couler douce. Le voilà de retour avec un nouvel album intitulé Electric Trim. Toujours accompagné des Dust, l’artiste repousse ses propres limites avec une nouvelle direction musicale, évoquant un peu celle d’un de ses potes, Jim O’Rourke. Enregistré à New York et Barcelone sous la férule d’un collaborateur de longue date, Raül « Refree » Fernandez, ce nouvel album salue l’arrivée de rythmes électroniques et d’échantillonnages subtils.

De nombreux invités de marque ont accompagné Ranaldo dans cette aventure : Sharon Van Etten (voix principale dans Last Looks), le génial guitariste Nels Cline (Wilco) ainsi que l’auteur Jonathan Lethemn qui a participé à l’écriture de six chansons de l’album. Et tout ce magma créatif permet à cet Electric Trim de se hisser parmi les meilleures parutions de la carrière solo de Ranaldo. D’une originalité sans équivoque, cette production est en parfait équilibre entre une certaine insouciance rock et la minutie du pop-rock classique.

Passéisme, modernisme, expérimentations et discordances se côtoient, remémorant parfois le summum de Wilco… ce qui n’est pas peut dire. Electric Trim est l’œuvre d’un musicien totalement accompli, en parfaite maîtrise et qui a accepté d’être mis au défi par des créateurs de haut niveau.

Ce disque mériterait un rayonnement accentué, mais je n’y compte pas trop. Pourquoi ? Parce qu’aussi arrogant que cela puisse paraître, ce disque est trop bien composé, écrit et réalisé pour que ça plaise à un vaste public. Aussi simple que ça. Vous pouvez bien sûr me traiter de snobinard musical, ça m’est complètement égal. Je vais même percevoir votre croyance/jugement comme un compliment !

Et ça s’écoute du début à la fin sans aucune interruption. Il y a bien quelques moments addictifs, mais je vous conseille tout simplement de lever le volume et de vous laisser immerger par cette superbe musique, gracieuseté de Lee Ranaldo. Le folk arabisant de Morrican Mountains, le côté beatlesque entendu dans Circular Right as Rain et l’indécrottable influence de Sonic Youth, en mode folk, dans Thrown Over The Wall font partie des magnifiques moments de cet album. Mais le mieux à faire, c’est d’écouter ce disque avec une petite frette bien en main, un samedi après-midi ensoleillé. Ça vous comblera d’un réel bonheur.

Alors, voilà ma surprise de cette rentrée automnale.

Allez les rockeurs au cœur tendre, plongez sans gêne dans ce superbe album de la part d’un vétéran qui s’est surpassé.

Ma note: 8/10

Lee Ranaldo
Electric Trim
Mute Records
55 minutes

Site Web

Critique : Jeff Tweedy – Together At Last

Semble-t-il qu’au cours des prochains mois, le meneur de Wilco, Jeff Tweedy, s’apprêterait à lancer quelques albums « unplugged », revisitant ainsi son vaste répertoire ? Que ce soit avec ce grand groupe qu’est Wilco ou dans les nombreux projets auxquels il a participé, les chansons de Tweedy prennent désormais une place importante dans l’histoire de la musique américaine.

En 2014, le père de famille s’était uni à son fils Spencer (batteur de formation) afin de nous présenter Sukirae; un disque en dent-de-scie qui comportait quand même son lot de bonnes chansons. L’année dernière, avec Wilco, Tweedy récidivait avec Schmilco; un disque correct où la plupart des pièces avaient été composées durant les sessions d’enregistrements de l’excellent Star Wars (2015). Voilà que le songwriter faisait paraître la semaine dernière Together At Last qui constitue un premier balayage de l’éloquente carrière du vétéran.

On retrouve donc Tweedy, seul avec sa guitare acoustique, parfois accompagné d’un harmonica, qui interprète certains de ses classiques avec toute l’authenticité et l’intégrité qu’on lui connaît. Tout est là, la magnifique voix chevrotante du bonhomme ainsi que son jeu de guitare rythmique précis. Cela dit, ce disque est destiné exclusivement aux purs et durs de Tweedy. Le mélomane qui voudrait découvrir l’œuvre de Wilco au travers cette création trouvera probablement le temps long. Même si le vétéran est un compositeur et parolier de haut niveau, sans les arrangements inventifs de son groupe, ces chansons pourraient paraître élémentaires aux oreilles du mélomane, néophyte de la formation américaine.

Néanmoins, d’entendre des merveilles comme, par exemple, Via Chicago ou Ashes Of An American Flag dans leurs plus simples appareils a permis à l’admirateur que je suis de redécouvrir l’indéniable talent d’auteur qui habite Tweedy. Comment résister à des perles comme : « I wonder why we listen to poets, when nobody gives a fuck. » (Ashes Of An American Flag), ou encore : « I dreamed about killing you again last night and it felt alright to me. » (Via Chicago) ? Tout ça, dans un enrobage totalement minimaliste. Ces chansons-là, même s’ils sont superbement bonifiés par la musique de Wilco, se tiennent toutes seules; une preuve irréfutable du talent du vétéran.

D’autres moments intéressants sont également à souligner. Je pense entre autres à la version de Muzzle Of Bees (chanson assez complexe du répertoire de Wilco) qui a été bien retravaillée pour l’occasion et à I Am Trying To Break Your Heart, tirée de l’album Yankee Hotel Foxtrot (2002), qui est également une réussite. Un seul bémol pour I’m Always In Love dont la version révélée sur l’album Summerteeth est nettement plus pertinente.

Essentiel, ce Together At Last ? Pas du tout. Et pour être bien honnête avec vous, on aurait très bien pu s’en passer, mais le fan fini de Wilco (et de l’oeuvre de Tweedy) prendra son pied à l’écoute des petites perles de ce grand auteur-compositeur-interprète états-unien. Un album à écouter un dimanche après-midi contemplatif, un brin nostalgique, avec une petite frette entre les mains.

Ma note: 6,5/10

Jeff Tweedy
Together At Last
dBPM Records
38 minutes

http://wilcoworld.net/

Wilco – Schmilco

WilcoUn 10e album studio pour la vénérée formation rock Wilco. Déjà. L’été dernier, la bande à Jeff Tweedy nous avait gratifiés d’un excellent Star Wars. Une création plus rugueuse et dissonante qui nous donnait l’impression d’entendre le groupe en direct dans notre salon. Comme je le mentionnais lors de la parution de l’album, Wilco n’a vraiment plus rien à prouver. On «plogue» les amplis, on se branche et on joue.

Et c’est un peu la même chose qu’on entend sur Schmilco, mais en version folk rock. Semble-t-il que les chansons de ce nouvel album ont été enregistrées lors des mêmes sessions que Star Wars. Et ça s’entend! Même proximité, même dextérité et même finesse dans l’exécution. Actuellement, pour apprécier Wilco à sa juste valeur, il faut tout arrêter et écouter attentivement afin de saisir toutes les subtilités de ces instrumentistes de haut niveau. Par exemple, si vous ne portez pas attention au jeu brillant de Glenn Kotche (batterie) durant Cry All Day, vous pourriez croire que cette pièce est assez ordinaire.

Les gars de Wilco sont tellement rendus à un niveau élevé de virtuosité qu’il est difficile pour l’auditeur d’assimiler pleinement toutes les beautés sonores prodiguées par le groupe. Évidemment, un morceau dissonant comme Common Sense pourrait faire fuir le mélomane consensuel et pourtant… Les guitares, gracieuseté de Tweedy/Cline, sont absolument sublimes. Un des musts de ce Schmilco. Autre moment fort? Encore le duo Tweedy/Cline qui triturent leurs six cordes respectives avec un brio indéniable dans Locator.

En format folk, c’est toujours le songwriting et les mélodies cassantes de Tweedy qui domine. Sur cet aspect, c’est nickel. Encore une fois, le père Tweedy n’a vraiment plus rien à prouver.

Bien sûr, on a connu un Wilco nettement plus inventif. Je pense ici aux superbes albums que sont Yankee Hotel Foxtrot, Summerteeth et A Ghost Is Born, mais encore une énième fois, le groupe ne rate pas son coup et propose un autre très bon disque.

La grande force de Schmilco réside dans cette volonté de déconstruire le folk rock classique afin de l’amener dans une zone un peu étrange tout en gardant intact ce petit côté pop que les fans de la première heure apprécient tant. Bref, c’est du Wilco tout craché. Certains fanatiques finis du sextuor (comme moi) s’ennuient un peu du «bon vieux temps», mais bien franchement qui, dans le rock moderne, peut se targuer d’avoir mis sur le marché 10 albums studio de grande qualité? Silence…

Wilco est sur une autre planète. Avec une carrière aussi exemplaire, Tweedy et ses amis peuvent bien faire ce qu’ils veulent sans se préoccuper d’un zigoto comme moi qui rédige humblement des critiques dans sa modeste demeure montréalaise. Que dire de plus? C’est Wilco!

Ma note: 7,5/10

Wilco
Schmilco
dBpm Records
37 minutes

http://wilcoworld.net/schmilco-preorder/

Wilco – Star Wars

WilcoVendredi dernier, une agréable surprise musicale attendait le mélomane friand de rock de haut niveau. L’importante formation américaine Wilco lançait sans affectation, en téléchargement gratuit, son nouvel album titré Star Wars. L’annonce a été faite sur les différents médias sociaux (entre autres sur Facebook) avec ce simple commentaire de Jeff Tweedy: «What’s more fun than a surprise?» En effet. Donc, près de quatre ans après l’incassable The Whole Love, l’un des groupes essentiels de l’histoire du rock états-unien revient avec un album résolument… rock!

On vous le confirme. Les guitares sont à l’honneur, les chansons sont méandreuses et l’enrobage met plutôt l’accent sur la performance musicale du groupe plutôt que sur la réalisation… et encore une sempiternelle fois, l’exécution est irréprochable, particulièrement le paysage guitaristique présenté par Nels Cline (toujours aussi sublime!), Jeff Tweedy et Pat Sansone. À couper le souffle! Le folk country adulte est mis au rancart afin de faire place à un rock élaboré avec le plus grand soin et d’une puissance inégalée. On pense immédiatement à You Satellite et son crescendo d’une perfection absolue qui se termine dans un magma sonore, dont seul Wilco connaît le secret. Un autre joyau qui deviendra un classique des concerts de la formation chicagoaine.

Sur Star Wars, Wilco est en parfaite maîtrise… et on n’exagère pas! Ce groupe n’a plus besoin de fioritures sonores superflues et n’a qu’à brancher les amplificateurs et… jouer! On est béat d’admiration devant autant de talent, de précision et de créativité. On parle ici de vétérans du rock américain qui aurait pu passer ces dernières années à se la couler douce. C’est mal connaître Wilco qui, sans réinventer la roue, offre une performance musicale sans bavure ne comportant aucune fausse note.

On aime moins quand Wilco est en mode soft rock (comme sur l’album Sky Blue Sky par exemple), mais cette fois-ci, on n’a pas pu résister bien longtemps à la mélodie très Syd Barrett de Tweedy entendue dans Magnetized; pièce qui évoque quelque peu l’univers de Mercury Rev. Bref, Star Wars est un album rock comme il ne s’en fait plus. Des chansons bien ficelées, une exécution à son summum, des changements de rythmes inopinés qui respectent à merveille l’esprit du songwriting de Tweedy… on manque de superlatifs pour qualifier le «musicianship» de Wilco sur cette production.

Parmi les meilleurs moments recensés, on note l’explosive Random Name Generator, la sarcastique The Joke Explained, le jeu de batterie de Glenn Kotche dans Where Do I Begin?, le southern rock bleusy/labyrinthique Pickled Ginger, l’enivrante More… et le refrain frémissant qui soulève Cold Slope. Encore une fois, Wilco est incapable de médiocrité et livre la marchandise comme pas un. Ce sextuor au son inclassable vieillit admirablement bien. Que dire de plus? Wilco possède cinq superbes albums à son actif: Being There, Summerteeth, Yankee Hotel Foxtrot, A Ghost Is Born, The Whole Love… voilà le sixième! Rien d’autre à ajouter!

Ma note: 8/10

Wilco
Star Wars
dBpm Records
34 minutes

http://wilcoworld.net