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Critique : Vessels – The Great Distraction

Vessels est un projet anglais formé en 2005 qui ont commencé par publier un premier album plutôt rock progressif intitulé White Fields and Open Devices (2008) ainsi qu’un deuxième album plutôt post-rock nommé Helioscope (2011). On s’en doute, Vessels est apparu sur mon radar à partir de Dilate (2015), troisième album sur lequel le groupe changeait de direction pour incorporer davantage d’ingrédients analogiques et électroniques à leur fondation rock. Ils étaient de retour en septembre dernier avec The Great Distraction, un quatrième album respectant leur expérience en post-rock mélangé à des inspirations technos et house.

Mobilise ouvre sur des percussions house guidées par un kick techno, les éléments s’accumulent en suivant une boucle jusqu’à ce que le segment de clavier oscillant établisse la ligne mélodique. La rythmique se densifie pendant que la sonorité ambiante devient progressivement scintillante, irradiante; la masse s’évapore ensuite pour laisser la place à une séquence arpégée de basse analogique. Le rythme rebondissant de Deflect the Light mène à la voix du chanteur des Flaming Lips, Wayne Coyne, qui interprète les paroles derrière un effet aérien, donnant l’impression de flotter au-dessus de la structure dance rock. Position s’entame tout en textures avec une boucle rythmique riche en échantillons, avec une attention particulière à des extraits de voix joués à différentes vitesses, créant un groove très intéressant. Ça dure ainsi pendant un moment, jusqu’à ce qu’un rythme bien plus lourd et saturé fasse ressortir les éléments percussifs, évoluant en variant le niveau d’intensité de la mélodie.

Radiart commence également sur une boucle rythmique ponctuée par une impulsion dans les basses, la complexité des contretemps évolue en parallèle à la ligne mélodique, de laquelle on ressent l’effet de pompage généré par le kick fantôme. La structure techno house se renouvelle légèrement en jouant sur sa densité, mais la répétitivité de celle-ci conserve fragilement l’intérêt jusqu’à une conclusion qui ne dénoue rien. Deeper In A Sky met de l’avant la structure rythmique tout en laissant de l’espace à la voix de Katie Harkin, ajoutant une teinte à la fois délicate et sombre, proposant un équilibre entre un rythme fixé au sol et une ligne mélodique aérienne, planante. Glower ouvre d’abord sur des échantillons de voix passant en écho au-dessus d’une trame ambiante, un excellent groove électro-funk se développe autour de séquences analogiques arpégées, prenant une légère pause avant de reprendre sous une forme IDM avec un solo de synthétiseur saturé joué en legato qui mène à une finale irrésistible.

La séquence de simili-piano électrique réverbérée ouvre Trust Me en compagnie d’un charleston, avec échantillons de voix assignés au clavier et joués rythmiquement en prime. Vincent Neff (Django Django) guide la pièce à la voix de façon pop charismatique, comme un mélange très réussi de Bob Moses et Clark, rien de moins. L’oscillation analogique de Everyone Is Falling évolue progressivement en densité et en nombre de notes pour servir d’interlude, complété par une voix répétant le titre de la pièce. Radio Decay commence tout en échantillons, cachant une ligne mélodique qui se déploie à travers une structure IDM /trip hop, utilisant le rythme comme voile sonore. La partie percussive enveloppe les instruments sur plusieurs couches de respirations rythmiques, jouant avec le niveau de densité, mais sans vraiment amener la pièce plus loin. John Grant conclut à la voix sur Erase the Tape, avec un effet de vocodeur et un déploiement mélodique qui ressemble à une prière dans une chapelle; mais dynamisé par des percussions qui deviennent presque frénétiques vers la fin.

La grosse différence entre Dilate et The Great Distraction est évidemment la collaboration avec trois chanteurs et une chanteuse, proposant quatre pièces plus près de l’électro-pop que de l’atmosphérique abstrait. Les pièces instrumentales proposent des progressions rythmiques à essouffler les oreilles tellement il y a de textures et d’événements temporels à savourer, pendant que les lignes mélodiques se font plus calmes et servent de toile de fond suspendue par-dessus les structures technos et house.

MA NOTE: 7,5/10

Vessels
The Great Distraction
Different Recordings
60 minutes

Site Web

Critique : The Flaming Lips – Oczy Mlody

L’un des groupes préférés de l’ami Charles Laplante (pas vraiment!) lançait le 13 janvier dernier un 14e album studio. Les Flaming Lips étaient donc de retour avec Oczy Mlody. Le dernier album officiel de la formation, The Terror, avait pour sa part paru en 2013. La bande à Wayne Coyne a également fait paraître quelques inutilités ces dernières années, entre autres, l’imbuvable With A Little Help From My Fwends; cette inutile relecture du Sgt. Peppers Lonely Heart Club Band des Beatles.

Réalisé encore une fois par Dave Fridmann (Baroness, MGMT, Spoon, etc.) Oczy Mlody raconte l’histoire d’une « nouvelle humanité » entichée par une drogue en vogue qui la propulse dans un univers féérique/enfantin. Fait à noter, l’amie de la formation, Miley Cyrus, pousse la vocalise, au maximum de ses faibles possibilités, dans la conclusive We A Family. Aux dires de Coyne, Oczy Mlody se situe entre le psychédélisme hallucinogène de Syd Barrett et le hip-hop contemporain de A$AP Rocky… après plusieurs écoutes, je ne vois toujours pas le rapport avec le rappeur.

En toute franchise, le déclin des Flaming Lips se poursuit avec ce nouvel album. Malgré le concept ampoulé, la basse tonitruante (qui est la seule constante musicale de ce disque inconstant) et le virage synthétique assumé, on peine à trouver une seule pièce valable dans ce fourre-tout faussement expérimental.

La réponse réside probablement chez le principal compositeur et tête dirigeante de la formation, Steven Drozd. Il ne faut pas se leurrer, même si Coyne est le porte-étendard des Flaming Lips, c’est la santé mentale et créative de Steven Drozd qui dicte la qualité de tous leurs albums. Bien franchement, depuis Embryonic (2009), le musicien est en perte de vitesse créative accentuée. Combiné au départ du batteur Kliph Scurlock (la parfaite réincarnation de John Bonham de Led Zeppelin), les Flaming Lips retrouvent leur naturel : un groupe surévalué qui nous a fait bien triper pendant deux ou trois albums, mais qui n’a pas l’assurance technique et imaginative pour être une véritable entité d’importance.

Ceux qui connaissent bien les Lips savent que la voix et les mélodies de Coyne ne sont pas ce qui a fait sa renommée, tant s’en faut. C’est surtout son charisme et son positivisme naïf qui ont fait de lui une icône du rock américain. Sur Oczy Mlody, les faiblesses mélodiques du chevelu chanteur sont plus que jamais étalées au grand jour. Alors, tous ces éléments nocifs mis ensemble donnent un disque très moyen, et ce, même si j’ai apprécié les éléments synthétiques incorporés au psychédélisme habituel du groupe.

La décroissance se poursuit donc pour les natifs d’Oklahoma City et je n’anticipe aucun retour à la vie pour ces probables has-been. Ne reste plus qu’à se rabattre une fois de temps en temps sur The Soft Bulletin et Yoshimi Battles The Pink Robots pour se rappeler du bon vieux temps. Ce n’est pas bien grave. Nous serons tous un jour ou l’autre en état de dégénérescence, n’est-ce pas?

Ma note: 5/10

The Flaming Lips
Oczy Mlody
Warner Brothers
57 minutes

http://flaminglips.warnerbrosrecords.com/OczyMlody/