wand Archives - Le Canal Auditif

Critique : Wand – Plum

Wand a connu des débuts prolifiques avec trois albums en à peine plus d’un an. Cette phase productive avait les défauts de ses qualités : le groupe californien était résolument inspiré et aventureux, mais laissait passer un peu toutes les idées, même quand un peu d’autocorrection et de filtrage aurait aidé à améliorer l’ensemble.

Deux ans se sont écoulés cette fois entre ce quatrième de Wand et le précédent. Cette pause me donnait espoir. Un album de Wand soigné et fignolé, étant donné ce que nous avons entendu d’eux jusqu’à présent, pourrait bien être de la musique rock du plus haut calibre. Alors, la pause de deux ans règle-t-elle ce problème? Soyons clairs : non. Mais ça n’en fait pas pour autant un album à ignorer.

Wand est mené par le chanteur et guitariste Cody Hanson, fréquent collaborateur de Ty Segall, entre autres en tant que membre des Muggers pour l’album Emotional Muggers et pour la tournée qui a suivi. C’est donc pour prêter main-forte à cet ami et pilier de la scène garage psychédélique que Wand a ralenti sa production, et non pour se ressourcer ou changer sa façon de préparer un album. On a donc encore droit à l’inventivité brute de Hanson et sa bande, sans filtre, avec des riffs en béton et de passages instrumentaux torrides qui débordent parfois dans le bizounage complaisant (notamment dans la pièce Driving, qui clôt l’album).

Hanson est un frontman peu commun, pas tout à fait un virtuose, mais tout de même habile et captivant, utilisant tant sa voix que sa guitare avec intensité et un sens développé de la mélodie pour canaliser une forme intemporelle de la musique rock. La scène de rock psychédélique dont il est issu s’inspire fortement du rock de garage des années 60, mais Hanson et Wand ratissent plus large, puisant aussi à la British Invasion, à la genèse du heavy métal et au rock d’aréna des années 1970. Ce n’est pas la création la plus originale, mais c’est animé par une passion contagieuse qui saura plaire à tout fan de rock.

Ma note: 7,5/10

Wand
Plum
Drag City
42 minutes

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Wand – 1000 Days

WandIl existe plusieurs façons de s’imprégner d’un album. Soulignons ici le bon vieux classique consistant à se terrer dans un sanctuaire de décibels afin d’alléger le triste supplice associé à l’obligation de se transporter d’un point A au point B – supplice parfois long et pénible tout dépendant du moyen de déplacement utilisé – et qui accable le quotidien d’un bon nombre d’entre nous. Certains albums jouiront pour leur part d’un traitement royal: une écoute dédiée sans aucune distraction. Pour Wand, ce fut le traitement intermédiaire: une première immersion lors d’une activité stimulante et hautement désirée; une soirée de jeux vidéo rétro avec un ami. Axel Stone et Dr. Zan Gilbert sélectionnés, on met alors en sourdine les excellents rythmes déjantés de Yuzo Koshiro pour donner la chance à la formation de Los Angeles de nous charmer entre deux boss.

Depuis sa formation, Wand a littéralement écrasé son pied sur la pédale d’accélération. Après nous avoir proposé un album l’an dernier (Ganglion Reef) et un autre au début de la présente année (Golem), voilà maintenant que les disciples spirituels de Ty Segall et de Tame Impala tentent à nouveau de convaincre les friands de rock psychédélique de la légitimé de leur démarche en publiant un nouveau disque (1000 Days) et ce, à peine quelques mois suivant leur dernier effort. Avons-nous ici affaire à de jeunes prodiges frappés d’un trop-plein d’inspiration ou faisons-nous face à un groupe qui se cherche désespérément une patrie musicale ?

Sur ce 1000 Days, on en vient rapidement au même constat que sur Golem: ça tire un peu de tout bord tout côté sans toutefois ne jamais réaliser de coup franc. En fait, les principaux problèmes recensés chez Wand sont structurelles et identitaires. Bien que le groupe nous propose un son s’inspirant d’un éventail d’influences des plus vénérables, allant de la sensibilité des Kinks de l’époque de Lola Versus Powerman And the Moneygoround, Part One (1000 Days), des guitares sludge nous rappelant Floor ou Torche (Dungeon Dropper) aux ambiances psychotiques de Comets On Fire au sommet de leur art (Sleepy Dog), force est d’admettre qu’il s’avère cependant bien difficile de cerner précisément l’identité du groupe.

À cela, dans le jargon des initiés, on dira par ailleurs que cet album «se videra» fort probablement assez rapidement de son contenu. Dommage. Toutefois, il serait erroné de commettre l’ignominie d’en venir à un constat qui, au final, serait entièrement négatif. Wand a tout de même le mérite de nous proposer, avec sa musique, un univers éclaté pouvant très certainement faire rêver les amateurs de jeux fantastiques et de littérature médiévale (il y a quelque chose de très Donjons et Dragons qui émane de l’aura du groupe).

D’autre part, on continue à espérer que, dans le futur, les membres de Wand trouveront une façon de concentrer leur attention sur la composition de chansons s’inspirant davantage d’expériences probantes à l’image de, par exemple, la très réussie Melted Rope (se retrouvant sur Golem). On ne perd pas espoir, car sur 1000 Days, ce filon stylistique est heureusement effleuré à nouveau sur la plus contemplative Morning Rainbow. C’est par contre trop peu, trop tard.

Voilà donc où nous en sommes. À l’image d’un chien surexcité qui retrouve son maître absent depuis plusieurs semaines, on a l’impression que Wand ne sait pas trop comment canaliser son excédent d’énergie. Produire deux albums la même année peut s’avérer être un exercice périlleux et il aurait probablement été plus sage de prendre un certain recul avant de se commettre à nouveau. Quelle est donc la conséquence à tout cela ? Le sortilège «charme» n’opère que partiellement; malheureusement.

Ma note: 6,5/10

Wand
1000 Days
Drag City
33 minutes

http://wandband.info/