Thierry Amar Archives - Le Canal Auditif

Critique : Big | Brave – Ardor

Big | Brave est l’un des groupes largement sous-estimés de la métropole. Signés chez la prestigieuse maison Southern Lord aux États-Unis, ils reçoivent des fleurs d’un peu partout sur la planète… et pas suffisamment d’ici. Leurs deux premiers albums, Feral Verdure et Au De La, étaient tous les deux bien réussis, le deuxième proposant un résultat un peu plus accompli.

Voici que la formation lance son troisième album, titré Ardor. Il y a en effet un certain sens de la ferveur qui se dégage des trois chansons qui composent l’album. Big | Brave continue de s’enfoncer dans un dépouillement salutaire et une lourdeur noire. Il y a peu de rayons de lumières qui réussissent à filtrer à travers le sombre voile qui recouvre la musique du trio. Les compositions, qui dépassent toutes les dix minutes, sont d’impressionnantes propositions artistiques. Le groupe a cette fois fait confiance à Radwan Ghazi (Jerusalem In My Heart) pour l’enregistrement. Jessica Moss (Thee Silver Mt Zion Memorial Orchestra) joue du violon sur les trois chansons alors que Thierry Amar (Godspeed You! Black Emperor) joue de la basse sur deux d’entre elles.

Lull passe de la langueur la plus complète à un des riffs les plus rapides de tout l’album. C’est bruyant et franchement réussi. Robin Wattie se fait particulièrement fragile dans son chant et cela contribue à faire de la lente montée une réussite épique. La progression des chansons est particulièrement réussie sur Ardor.

Sound commence sur un riff plus bruyant encore, mais ce qui retient l’attention est la batterie hachurée de Louis-Alexandre de Beauregard. On se demande même parfois comment il réussit à tenir la mesure avec la lenteur du groupe. Rares sont les batteurs qui embrassent le silence, de Beauregard est l’un de ceux-ci et ça donne des résultats probants. En quelque sorte, l’album au complet donne l’impression d’une longue chanson qui évolue à travers des riffs différents et des tempos variés, mais en gardant toujours une cohérence parfaite.

C’est un autre album réussi pour Big | Brave, qui n’est certainement pas le groupe le plus facile d’approche. Sa musique est un brin hermétique et il faut prendre le temps de l’écouter à plusieurs occasions et de façon attentive pour en saisir les subtilités. Mais lorsqu’on commence à comprendre toutes les facettes, les détails et l’intelligence des compositions, on devient fan immédiatement.

Ma note: 8/10

Big|Brave
Ardor
Southern Lord
40 minutes

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Critique : Appalaches – Cycles

« On est Appalaches, on joue fort! » Cette phrase est devenue une sorte de leitmotive pour le quintette montréalais Appalaches, qui donne dans le post-rock monumental et épique, au sens classique du terme. Mais si la formule s’applique effectivement aux concerts de la formation, où les bouchons sont de mise, l’approche est beaucoup plus nuancée sur disque, comme en témoigne son deuxième album, Cycles.

Enregistré et mixé au studio Hotel2Tango par Thierry Amar, du groupe Godspeed You! Black Emperor, ce nouvel opus illustre une plus grande diversité de textures par rapport au précédent Món, paru en 2014 et qui montrait déjà une grande maîtrise technique de la part du groupe. En entrevue avec Camuz en novembre 2015, le bassiste d’Appalaches, Sébastien Legault, se plaisait d’ailleurs à dire que ce prochain album s’annonçait « plus dramatique, un petit peu plus sombre aussi ».

Sans qu’il ait nécessairement influencé le travail de composition, on sent que cette collaboration avec Amar a teinté le son du groupe en studio. Les notes pulsées à la guitare qui ouvrent la pièce Oja évoquent le travail de GY!BE sur son album Asunder, Sweet and Other Distress, lancé il y a deux ans. Idem pour le motif de batterie, typique du collectif montréalais. Ce n’est pas un emprunt ou une référence, mais tout simplement une parenté stylistique qui s’exprime naturellement. Même chose pour cette façon de jouer les notes de guitare en trémolo, avec moult effets de délai et de reverb, qui rappelle le style de GY!BE ou bien d’Explosions in the Sky.

L’ajout d’un troisième guitariste permet d’ailleurs à Appalaches de pousser plus loin sa quête des lignes mélodiques qui s’enchevêtrent. Sur Bress, le groupe varie les ambiances en commençant le tout avec des arpèges de guitare acoustique, jusqu’à ce qu’un tourbillon sonore vienne les ensevelir. Avec ses enchaînements doux/forts, la pièce respecte les codes du genre. C’est du post-rock standard, mais difficile de ne pas se laisser happer par ces montées d’intensité calculées avec soin.

Même s’il a perdu deux de ses membres fondateurs depuis ses débuts (le guitariste Mat Janson Blanchet a quitté l’aventure et le batteur Ugo Bossé a été remplacé par Maxime Legault-Venne), Appalaches semble avoir gagné en cohésion sur Cycles. La pièce Mstqzotq montre une formation en pleine possession de ses moyens, capable de passer d’une séquence où les guitares se répondent doucement à une finale parmi les plus lourdes de son répertoire. Là où Món se voulait plus aérien dans ses atmosphères, Cycles nous fait vivre des émotions plus troubles, comme si la musique strictement instrumentale du quintette exprimait quelque chose au-delà des mots.

À ce chapitre, c’est la pièce Milsai qui ressort du lot, avec ses 12 minutes bien comptées de post-rock fiévreux alternant entre « tons mélancoliques et crescendos triomphants », tel que décrite par le blogue Arctic Drones en janvier. Quant à la conclusive Iresdepia, elle se veut plus hermétique, plus difficile à apprivoiser. L’ajout de piano est bienvenu, mais la finale style drone manque de mordant.

Ma note: 7,5/10

Appalaches
Cycles
Indépendant
47 minutes

https://appalachesmtl.bandcamp.com/releases