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Critique : Pissed Jeans – Why Love Now

Pissed Jeans.

Jamais un band punk n’a si bien porté son nom. Quel symbole parfait de la perte de dignité, de l’échec de l’homme moderne, principaux sujets de Matt Korvette depuis les balbutiements de son groupe en 2005.

Les thèmes que l’on retrouve le plus souvent dans les textes de ce sarcastique personnage sont le vieillissement, le travail de bureau, la vie de couple et le quotidien de l’homme blanc américain moyen avec une grande insistance sur le « moyen ». Vous l’aurez deviné, ces thèmes donnent une grande marge de manœuvre à leur auteur pour angoisser, sombrer dans le pathétisme le plus profond et bien entendu faire rire son public.

Ce 5e album de la formation de Pennsylvanie s’ouvre avec Waiting for My Horrible Warning, une pièce glauque à souhait dans laquelle Matt rumine sur sa jeunesse passée en se plaignant de s’être barré le dos en attachant ses souliers, prêt à recevoir une mauvaise nouvelle du médecin d’un jour à l’autre. Le ton est ainsi donné à un album qui continuera sur la lancée de ses prédecesseurs. The Bar is Low est la pièce qui détonne le plus du lot avec son riff carré à la The Hives et son petit côté accrocheur qui rebutera le fan du groupe de Pennsylvanie à la première écoute. Heureusement, cette facilité momentanée est vite pardonnée avec Ignorecam, sorte de parodie de l’ère des réseaux sociaux assez tranchante. Cette pièce nous replonge en territoire connu avec un humour tout aussi mordant que les feedbacks des guitares de Bradley Fry. Plus loin, dans Love Without Emotion, Korvette déroge de son registre naturellement gueulard pour chanter et, par le fait même, sonner comme un hybride parfait entre Nick Cave et Mark Arm de Mudhoney. Tout de suite après, on a droit à un interlude atmosphérique intitulé I’m a Man. Celle-ci est composée par le batteur Sean McGuiness mais écrite et récitée par l’auteure du troublant Ugly Girls, Lindsay Hunter. On y retrouve un personnage qui fantasme et délire sur une collègue de travail en s’érigeant au statut de dieu vivant malgré sa médiocrité. Bref, exactement le type de personnage que Matt Korvette se plaît à incarner dans la majorité de la discographie de son groupe.

Tout au long du reste de l’album, on continue d’entendre des histoires tarées comme celle de ce type qui refuse d’être défini par un signe astrologique dans (Won’t Tell You) My Sign ou encore cet autre énergumène qui s’époumone en articulant les syllabes de son titre d’emploi (Worldwide Marine Asset Financial Analyst). En guise de conclusion, Matt nous raconte, scandalisé, qu’un ami a récemment vécu une rupture en partageant ses états d’âme et son art inspiré sur Facebook mais que dans le fond, ce gars-là est un vrai cave puisqu’il n’a pas d’enfant et qu’il n’était pas marié, le tout sur un riff bien pesant, évidemment.

Bref au bout de cette nouvelle offrande, on constate que Pissed Jeans est désormais au sommet de sa forme et que l’inévitable décrépitude du groupe est très loin d’être entamée. Avec Whores., ils font certainement partie des groupes dit « punks » les plus intéressants de notre époque et je persiste à croire que tous les artistes de Sub Pop devraient être aussi pesants qu’eux et Metz. Mais bon, au final, je ne suis juste qu’un vieux crisse qui commence à être un brin désuet.

MA NOTE: 8,5/10

Pissed Jeans
Why Love Now
Sub Pop
38 minutes

http://www.whitedenim.com/pissedjeans/

Low – Ones And Sixes

LowCette semaine, les maîtres du «slowcore» nommés Low sont de retour avec un onzième album intitulé Ones And Sixes; production qui fait suite à l’excellent The Invisible Way paru en 2013. Si sur le précédent effort, le duo Alan Sparhawk et Mimi Porter avait confié la réalisation à Jeff Tweedy (Wilco), cette fois-ci, Sparhawk s’est associé à BJ Burton afin de colliger ce nouvel album. La relation Sparhawk/Burton s’est solidifiée dans le cadre d’un enregistrement d’un disque de la part de la formation Trampled By Turtles. Formation parfaitement inconnue de votre humble scribe…

Low et Burton se sont donc réunis au studio de Justin Vernon (Bon Iver) situé à Eau Claire, Wisconsin. Contrairement aux coutumières sessions d’enregistrement au cours desquelles les musiciens et techniciens s’enferment ensemble pendant d’innombrables jours d’affilée, la bande a échelonné la création de ce Ones And Sixes sur plusieurs jours, en alternant entre intense travail et pauses méritées. Normalement, ce genre de démarche peut donner un résultat inconstant et incohérent, mais rien de tout ça ne s’entend sur cet album. Pourquoi? Parce que la musique de Low est reconnaissable à mille lieues tout simplement; un groupe détenant une identité sonore inimitable.

Cela dit, le tandem incorpore à son habituelle recette de subtils éléments synthétiques (surtout au niveau rythmique) qui bonifient les chansons présentées. On pense à l’entrée en matière Gentle, à la superbe Congregation (performance vocale frémissante de Mimi Parker), à la mélancolique Into You ainsi qu’au rythme un brin distortionné entendu dans The Innocents. De plus, Low a eu la brillante idée d’alterner entre les morceaux dits «en toc» et ceux plus traditionnels. Bien entendu, les vétérans ne se réinventent point. On demeure en territoire connu… mais ça reste une zone admirablement bien défrichée.

Les ritournelles sont moins accrocheuses que sur The Invisible Way, mais la grande force de ce nouvel album réside dans le périple mélancolique, frissonnant et émouvant proposé sur ce Ones And Sixes. Un disque qui s’écoute du début à la fin sans interruption. C’est de cette façon que vous serez parfaitement immergés dans cette nouvelle réussite de Low. En plus des pièces mentionnées précédemment dans le texte, on a particulièrement affectionné la prenante Spanish Translation, le lent crescendo qui culmine en une magnifique catharsis sonore titrée Landslide ainsi que la conclusive (toute en apesanteur) DJ.

Low vieillit admirablement bien, ne tombe pas en désuétude et brille à ajouter juste assez de fraîcheur dans ses arrangements afin de nous garder captifs, tout en conservant intact ce songwriting minimaliste si caractéristique de la formation. Plus les écoutes s’accumulent, plus on apprécie cet album. Donc, ne soyez pas surpris si la note monte en grade au cours des prochaines semaines… un «grower» en bon français!

Ma note: 7,5/10

Low
Ones And Sixes
Sub Pop
57 minutes

http://www.chairkickers.com