Spectacle Archives - Le Canal Auditif

Le Festif! de Baie St-Paul 2017: Jour 1

Cette année, je suis en relève du vétéran et sage Stéphane Deslauriers pour couvrir Le Festif! de Baie St-Paul. Depuis des années, l’entente était que je m’occupais du FME et Stéphane du Festif. Mais cette année, trop occupé, Stéphane a dû déclarer forfait. Me voilà donc sur la route pour Baie St-Paul, le vent dans les cheveux et le sourire dans la face. Cette première soirée s’annonçait parfaite pour se brasser les foufounes, car le « gros show » mettait en vedette Valaire et Caravan Palace.

Soirée dansante

Miss Sassoeur et les Sassys ont débuté les hostilités (après Émile Gruff que j’ai malheureusement manqué). Le quatuor à voix a remporté l’édition 2017 du Cabaret Le Festif! Cela leur donnait droit à deux prestations dans le cadre du festival. Cette première était plutôt courte, d’environ 25 minutes devant une foule éparse qui arrivait tranquillement pour le spectacle en soirée. Cela n’a pas empêché le groupe de nous livrer les pièces qui les ont fait remarquer un peu partout où ils sont passés, dont La Rengaine. Un spectacle court, mais efficace pour la bande qui se spécialise dans les harmonies vocales.

L’entrée de Valaire a été retardée par un orage qui avait décidé de souffler comme le diable sur Baie St-Paul. On attend une dizaine de minutes en se réfugiant sous les tentes autour de nous. Ça prend pas mal plus que dame nature pour empêcher Valaire de donner son show. Le groupe entre sur scène rayonnant et entame Oobopopop. Rapidement, la foule est happée par les cuivres chauds et les rythmes contagieux du groupe. Avec eux, le groupe a amené Fredy V., chanteur à la voix soul bien dégourdie. Valaire nous enchaîne Apate Palace et quelques autres pièces des plus récents albums avant de plonger dans l’époque Golden Bombay avec Gumshoe et même Ave Mucho (qu’ils auraient pu jouer avec Bran Van si ceux-ci n’avaient pas décommandé leur présence au festival). Karim Ouellet vient aussi faire son tour sur quelques chansons avant que le groupe fasse apparaître un énorme bonhomme vert comme on croise sur le bord des autoroutes parfois. Dans ce genre.

Automatiquement, les membres du groupe se mettent à jouer pour lui et à vénérer l’idole en tissus… ce n’est pas sans rappeler un certain Eddie d’un certain groupe de jeunes fous Anglais nommé Iron Maiden. Le groupe a continué son feu roulant de chansons qui donne envie de se shaker le popotin pour entamer un collage de Mr Saxobeat et Crazy In Love… N’en prenait pas plus pour achever la foule déjà suintante et souriante.

On se dit qu’on aurait enfin droit à une pause… mais non, du haut des marches attenantes à la scène apparaît Loco Locass qui nous rappe trois tounes dans des conditions pas idéales. Le trio assure et démontre qu’ils sont parfaits ainsi dans la lumière orangée, à la pénombre à nous envoyer des vers poétique et engagé.

Jay Kearney / Le Festif!

Pas facile passer après Valaire

Le groupe français Caravan Palace qui fait dans le rétro futuriste et l’électro-swing. Gonflés à bloc, ils sont débarqués sur scène décidée à faire danser la foule de Baie St-Paul. Objectif atteint à voir les gens sauter et danser sur les chansons de L’îcone principalement. Le groupe a aussi offert quelques chansons de Panic et leur album homonyme. La chanteuse Zoé Colotis anime la scène habilement avec sa présence dynamique et charmeuse. Ça marchait résolument pour la foule qui répondait à chacun de ses appels à sauter plus haut.

Malgré toute leur bonne volonté, le groupe n’avait pas la même puissance que Valaire avant eux, autant au niveau de l’énergie, du déroulement de spectacle que du son. Ce dernier était couci-couça et il fallait être au milieu pour bien entendre les instruments à vent et les cuivres. D’ailleurs, ceux-ci étaient plus absents que ce à quoi je m’attendais. Caravan Palace prend le pari de faire danser la foule pendant ses spectacles, ce qui en soi n’est pas une mauvaise idée. Par contre, ils le font en donnant beaucoup de place à l’élément électro de leur musique et ça a une fâcheuse tendance à tomber dans l’EDM. À un moment, on se sentait plus à Ibiza qu’à Baie St-Paul. C’est un peu dommage parce que leurs trames sont généralement si riches. Mais bon, ils ne font pas un mauvais spectacle pour autant et la foule a dansé avec énergie des premières aux dernières notes.

Une fin de soirée à l’église

La suite de ma soirée se passe très rapidement. Tout d’abord avec Weaves qui commence avec une demi-heure de retard au sous-sol de l’église… ce qui fait que je manque aussi des chansons d’Antoine Corriveau qui commence une demi-heure plus tard. Misère. La bande de Jasmyn Burke nous livre les chansons de leur premier album en nomination sur la courte liste du prix Polaris avec fouge et plaisir. C’est bruyant, c’est mélodieux et c’est totalement convaincant. On aime Weaves et ils nous le rendent bien.

Caroline Perron / Le Festif!

Je quitte la salle pour me rendre dans une chapelle où Antoine Corriveau se fait aller les cordes, vocales et de guitare. En format quatuor avec ses complices habituels : Marc-André Landry, Marianne Houle et Stéphane Bergeron. C’est vraiment très beau. Corriveau est dans un endroit dont la grandeur rend encore plus imposante ses chansons. Le Nouveau vocabulaire rentre dans la patate tout comme Tu es comme la nuit. Il livre Parfaite avec intensité dans un éclairage orangé alors que la chapelle est plongée dans la noirceur. Le résultat donne des frissons, Corriveau semble possédé et nous invite à une messe noire où les sentiments humains ne seront pas laissés de côté. Il finit en nous expliquant qu’il fait maintenant de la performance. Armé d’un micro sans fil et explorant un peu la liberté des humoristes qui peuvent se promener allègrement devant le public, il se dirige vers le fond de la salle. Soudainement, il est transporté au balcon et rejoint Landry et Houle installé à l’orgue pour une interprétation surréelle de Les hydravions de trop. Magnifique.

Caroline Perron / Le Festif!

Doux Jésus!

Je reviens au Sous-sol de l’église où j’avais laissé Weaves et une foule dans le plaisir. Je reviens et le bordel est pris. Chocolat est maintenant aux commandes et Jimmy Hunt est accroché par un Jésus immense qu’il est train de zigner… Oui Jimmy Hunt est en train de se frotter de manière pas polie sur un ti-Jésus sur sa croix. Le pauvre ne s’en remettra pas, il est maintenant décollé à moitié de sa croix et semble trouver la soirée plus dur que les fous de Chocolat qui continuent d’expédier leur rock efficace. C’était un vrai show rock, comme il s’en fait peu. Ysaël Pépin a un gros sourire dans le visage quand il prend les moniteurs et feint de les lancer dans le public. Tout ça avant de faire la communion avec plusieurs spectateurs montés sur scène. Il leur verse de la bière d’un pichet dans le gosier. Surréel. Le groupe ne finit plus de finir et rajoute toujours une chanson au grand désarroi des techniciens qui avaient l’air de vouloir travailler plus pour Céline Dion que Le Festif! Les gars, tout pour le rock. C’est ça la maxime! Chocolat est sorti de scène sous les applaudissements généreux de la salle complètement subjuguée par la force de frappe du groupe de bums.

http://lefestif.ca/

FEQ jour 10: Bruits sophistiqués en basse-ville – Yonatan Gat

Je suis un peu crevé, et presque tanné, d’avoir écouté autant de spectacles. Je décide donc de ne pas me rendre sur les plaines pour aller voir l’opéra rock futuriste des chevaliers de Cydonia. Une petite soirée explosive intime à l’ANTI pour assister à la prestation du guitariste Yonatan Gat. Accompagné d’un bassiste et d’un batteur, le virtuose de la six cordes originaire de Tel-Aviv, maintenant installé à New York, dissèque son instrument avec une précision à l’énergie viscérale punk.

22 h 10, le parterre de l’ANTI. 3 tapis, une batterie, une guitare et une basse (les deux sont électriques) et 2 lampes bien ordinaires. Le tout se tient au centre de la salle. Nous formons un public d’une vingtaine de personnes à entourer le gear. Le groupe entre vers 22 h 20. Gat débute avec des notes lentes avec un style de jeu ressemblant au sitar. Le guitariste module sans l’aide d’une pédale. La première pièce donne le ton, ou le Micro-Ton plutôt, en culminant en une cacophonie organisée.

Après 2 morceaux Gat nous invite à nous rapprocher. Je suis tenté de m’asseoir sur les genoux du batteur, mais je me retiens. Probablement trop dynamique pour moi. On a l’impression de les gêner, mais ils sont habitués à avoir l’auditoire aussi proche. Une mise en scène à l’image de la musique : une puissance compacte qui déstabilise aux premiers abords, mais qui s’avère d’une complexité fascinante et entrainante. On passe du surf-punk aux mélodies orientales, Gat nous faisant découvrir toutes les variations possibles qu’une guitare peut produire. Le bassiste privilégie les ondes et un rythme effréné tout en se balançant avec une telle force qu’il semble sur le point de fendre. Le batteur est infatigable. Passant de la destruction de ses tambours à l’effleurement. Les trois en cœur ils atteignent un équilibre entre cadences primitives et des arrangements extrêmement détaillés.

J’ai été le témoin d’un combat. Rien de moins. Les instruments ne laissaient pas amadouer. Toute l’expertise des musiciens était nécessaire pour réaliser les sons voulus. Je sors de l’ANTI fatigué, mais surement moins qu’eux. Une performance brute. Un point d’exclamation à une 50e édition du FEQ sans temps mort.

Ils seront au Festif! le 22 juillet à 2 h du mat’ au garage du Curé. La promesse d’un spectacle légendaire.

Un extrait d’une soirée en plein air de 2015, une copie quasi conforme de cette dernière soirée de festivités :

https://www.infofestival.com/

Pitchfork Music Festival : une fin de semaine magique

Une toute nouvelle édition du Pitchfork Music Festival débutait vendredi dernier. Si vous saviez à quel point j’étais excitée de couvrir cet événement organisé par les gens derrière le célèbre blog américain de critique musicale!

Vendredi Jour 1

Je commence ma journée avec la formation de Washington, Priests, qui était de passage à la Scène Verte dès 13 h 45. Après avoir englouti une couple de frites (on se gâte en voyage), je me dirige vers la foule. Le groupe a commencé sa performance avec de multiples titres engagés et personnels qui se sont avérés excellents pour la foule du Pitchfork. La voix rocailleuse de la meneuse de jeu Katie Alice Greer a su donner le ton au concert. En plus de dynamiser l’espace, la bande s’est démontrée drôlement efficace. On note aussi le maquillage et le costume de la chanteuse. Ombre à paupières bleue avec une chevelure blonde dorée. En plus d’une redingote longue et fleurie, elle arborait une robe jaune. En tout cas, mon début de vendredi commence ben flyé! On aime ça.

Pitchfork Music Festival

On continue cette aventure avec Hiss Golden Messenger. Le folk rock du groupe nous garde en haleine du début jusqu’à la fin. On aurait juré, voir la foule danser sur des airs de Achy Breaky Heart. En tout cas, sous le soleil américain, on peut l’affirmer, c’est quand même très cool de se déhancher sur du country tout relax.

On poursuit avec l’énorme coup de la journée. Le prince Vince Staples qui était de passage sur la Scène Verte au coup des 16:00. Sous des effets de fumées, le rappeur californien se montre le bout du nez pour interpréter Party people. Son public se met à sauter. Il enchaîne avec BagBak et Ascension (reprise de Gorillaz). L’énergie est tout simplement électrisante. Vince Staples possède une présence magnétique sur scène. Il ne s’arrête jamais, il est là pour faire le show. Honnêtement, on ne peut qu’être conquis. Mettez les titres de son nouvel album The Big Fish Theory : Yeah Right et 745, rajoutez quelques images de projection oranges puissantes et vous avez un fichu de bon spectacle. Ma-la-de.

Pitchfork Music Festival

À 17 h 15, je me dirige vers la Scène Bleue. Un mot pour décrire mon passage : aventureux. Il y avait foule foule foule foule pour voir la pop indie dodelinante de Frankie Cosmos. Plutôt chouette à voir en performance, le groupe nous présente quelques chansons de son dernier album paru en 2016, Next Thing. Très bien rodée, la performance s’est avérée sans anicroche. On aime bien le charisme sur scène de la meneuse de jeu Greta Kline. Sympathique, elle nous a bien accueillis dans la zone bleutée du festival comme si tout le monde était invité à jammer dans un party de sous-sol. Bien cool, tout ça.

Au tour de Danny Brown de monter sur la Scène Verte vers 18:00. Après l’énorme succès de son disque Atrocity Exhibition, il était évident de le retrouver au Pitchfork. Ramenant un bon nombre d’admirateurs, le rappeur originaire de Détroit, nous convie dans son univers très engagé où il utilise la scène comme un véritable terrain de jeu. D’un bout à l’autre, l’artiste se promène sans trop ne jamais s’arrêter. Après les Kool Aid, 25 Bucks et When it Rain, Brown ne se laisse pas faire. Il fait défiler les mots à la puissance de l’éclair. Tout est rapide. Tout est excellent. Grosse figure de hip-hop à (re) découvrir dès maintenant. Hey, ça rime. Deviendrai-je une rappeuse?

On termine cette première journée avec LCD Soundsystem vers 20 h 10. La soirée se fait un peu plus frisquette. On s’en fout, je ne suis pas fait en chocolat. Je le mange moi le chocolat. Voilà. Alors, pour en revenir à LCD, j’oriente mes flûtes pour aller vers la Scène Verte. J’ai passé une soirée magique. Toujours en très grande forme, LCD défend les Yr City’s a Sucker, I Can Change, Daft Punk is playing at my house, Dance Yrself Clean… pour faire danser la foule. On a eu droit à des sons sulfureux, des projections groovys où l’on pouvait même voir la ville de New York en arrière-plan (sur New York I Love You, But You’re Bringing Me Down). Gigantesque soirée pour lâcher son fou.

Pitchfork Music Festival

Jour 2

Samedi, je suis allée voir la formation Weyes Blood sur la Scène Verte vers 2:30. Le groupe menée par la talentueuse Natalie Mering. Le spectacle était d’une excellente sonorisation qui rendait gloire à l’album Front Row Seat to Earth. Avec un synthétiseur, des claviers, une guitare et une batterie, la disposition scénique était intéressante. Mering nous proposait un set assez floral qui regroupait les 7 words, Generation Why, Used to Be et Diary. J’étais bien satisfaite du rendu musical, règle générale. La musique de Weyes Blood m’a fait balancer la tête tranquillement sous la brise Chicagoise.

Par la suite, je me rends à 2 h 45 vers la Scène Bleu pour rejoindre la bande de Cherry Glazerr, originaire de Los Angeles. Belle découverte en ce qui me concerne! Le trio qui œuvre principalement dans le gros rock fuzzé a su conquérir mes oreilles. On aime aussi la capacité vocale de la chanteuse. Elle était capable d’utiliser divers niveaux de voix en restant dans des tonalités très graves. Ça frôlait presque le métal. Fou raide!

Après, je me rends vers la performance du groupe mythique George Clinton and Parliament Funkadelic. Supra-festif. Avec des sections de cuivres, des choristes et même des danseurs, la musique de Clinton est toujours d’actualité. La foule prenait plaisir à danser et avec raison. Il fallait absolument que je voie ce groupe légendaire. Je n’ai pas été déçue.

L’aventure se poursuit avec Angel Olsen vers les six heures. Devant un soleil couchant, l’artiste a dévoilé les titres de son plus récent album My Woman. Shut Up and Kiss Me, Sister, Never Be Mine passent. La voix écorchée d’Olsen se fait entendre sur scène. Elle est venue me chercher, directement. Étant une grande fan de la chanteuse, j’étais très contente de la voir pour une première fois ici, à Chicago. Frissons après frissons, on écoute et on se laisse guider par ses riffs de guitare et sa présence scénique. Un moment bien charmant.

Pitchfork Music Festival / Alexa Viscius

Les gars de S U R V I V E embarquent sur la Scène Bleue. Équipée d’une couple de synthétiseurs et de bidules électroniques, la formation nous a présenté quelques-unes de leurs chansons, dont certaines parvenaient directement de la bande sonore de la série Stranger Things. Super performance qui nous a ramenés instantanément dans les années 80. En spectacle, l’ambiance était très bonne. Sous des éclairages verdâtres étincelants, le DJ set était bien structuré. Chouette.

Le hip-hop du légendaire groupe A Tribe Called Quest clôt cette deuxième journée sous les étoiles. Énorme fiesta qui a rassemblé une multitude d’admirateurs venus spécialement entendre les chansons du groupe. On a retrouvé The Space Program, Oh my God et même une reprise de Busta Rhymes Who! Ah! Got you all in check, par,exemple. Ça swinguait fort, samedi soir.

Jour 3

On commence cette troisième journée du Pitchfork avec l’Américain (basé à Montréal) Colin Stetson. Armé de trois saxophones, le musicien en a soufflé plus d’un dans la foule. D’une certaine façon, ces instruments se sont mélangés avec le corps de Stetson. On aurait cru voir une (belle) créature qui nous a interprété les chansons de son plus récent disque All This I Do For Glory. Doté d’une forte concentration et d’une incroyable respiration, Colin Stetson a été impressionnant dans la manipulation de son objet de prédilection. Noté surtout sur les pièces Judges et Beetween Water and Wind. Le concert de l’artiste a été un moment unique dans ma journée.

Peu après, on croise la saveur locale NE-HI pour une ribambelle de chansons rock garage issues de leur nouvelle galette Offers. On suit les mouvements dansés du chanteur à la coupe de cheveux bien en vogue. Les guitares se déchaînent, les pieds de micro partent dans les airs. La musique de NE-HI ne fait que prolonger l’été en arborant nos plus beaux coats de jeans. Rock and roll!

Par la suite, on rencontre la soul de Jamila Woods sur la Scène Verte. Après avoir sorti le très ensoleillé HEAVN, il y a de ça un an, l’artiste nous chantait plusieurs titres optimistes empreints d’une profonde solidarité. Heureuse d’être parmi nous, Woods est clairement une vocaliste talentueuse qui prend plaisir à jouer avec les mots.

Au tour de Nicolas Jaar de prendre place à la Scène Rouge. Je vous dirais que le spectacle a vraiment décollé vers le mi-chemin avec des mélodies teintées de house, de techno et de dubstep. En plus de rallier un bon nombre de personnes à danser, Jaar était inarrêtable derrière ses ordinateurs. Très pétillant.

C’est Solange Knowles (la sœur de l’autre) qui ferme la marche à la Scène Verte. Défendant les titres de son disque pop A Seat At The Table, la chanteuse possède de grands talents de « showgirl ». Derrière un décor coloré, Solange était accompagnée d’un groupe et de quelques choristes qui suivaient des mouvements chorégraphiés. Tout se suivait à la lettre, de manière très artistique. Il y aurait de quoi analyser niveau art contemporain et symbolisme, je vous dirais. Ce fut tellement magnifique de constater l’ensemble au clair de lune. Le concert prenait tout son sens. Envoûtant.

Le Festival tire à sa fin. Merci, Pitchfork, pour la fabuleuse expérience. Merci, Pitchfork, pour le support d’une culture musicale indépendante originale et de qualité. Merci pour les découvertes. Merci, Pitchfork, de rassembler tous mélomanes avides de nouveautés. Merci, Pitchfork, d’être ce que tu es… une référence extrêmement importante pour chacun d’entre nous.

À l’an prochain!

http://pitchfork.com/festival/chicago/

FEQ jour 9 – La vie est belle pour un Headliner : Mauves, Kelela, Danny Brown et Gorillaz

Grosse avant dernière soirée du FEQ en perspective. Petit apéro rock racoleur avec Mauves. Puis, je me pose sur les plaines : après de la RnB de soie de Kelela et du rap Molly de Danny Brown, je vais pouvoir me capoter comme un adolescent devant Gorillaz. Mon disque compact acheté : Demon Days. Donc je n’ai ABSOLUMENT AUCUNE attente. AUCUNE.

Les riffs de qualité rendent heureux

La formation de Québec, Mauves, propose un rock charmant et un peu geek. Les 4 jeunes hommes activent le Star Power en entrée de jeu, les guitares règnent dans le cœur du FEQ. Le plaisir, l’humour et les bons riffs s’harmonisent à merveille en créant une ambiance surf-punk juste assez planante. Longtemps et Nouvelle-Calédonie, tirées du récent Coco, ensoleillent la scène plus fort. La transition vers un folk progressif se fait sans effort. Tout comme leur penchant pesant et distorsionné. Le quatuor est en mode séduction. Je quitte après l’excellente Cleo et son solo de basse où le visage de Cédric Martel était possédé par l’intensité. Je m’éloigne de la voix addictive d’Alexandre Martel (sans costume de squelette) pour les notes de cristal dont Kelela a le secret.

En mars 2017 le Divan Orange était témoin de leur rock’n’roll subtilement pop :

 
 

Lascif à moitié vide

Les plaines se remplissent tranquillement quand j’arrive pour entendre la voix si pure de l’Américaine Kelela. Une grosse sauce trap enrobe son RnB lascif qui me fait beaucoup pensé à FKA Twigs, sans l’esthétique gothique futuriste. La chanteuse de Washington en impose avec ses cordes vocales. La puissance de ses mélodies impressionne, tout comme les variations qu’elle réalise avec agilité. Le niveau difficulté fascine, surtout que ça semble facile. Ce n’est pourtant pas assez pour attirer les spectateurs vers le parterre, la colline se remplit en premier. Le monde commence à fatiguer, faut croire. Difficile de leur tenir rigueur, car à part sa voix enveloppante et son DJ il ne se passe pas grand-chose sur la scène. Le visage à demi caché par une forêt de dreds la jeune femme reste statique. Accrochée à son pied de micro pendant presque toute la prestation. Lente et langoureuse, l’atmosphère créée par l’artiste n’attise pas l’excitation de la foule. Aucun bassin en mouvement. Malgré tout, le talent de la chanteuse lui valait des applaudissements parsemés, mais enthousiastes. Ça me donne résolument l’envie d’une écoute de son ep Hallucinogen paru sur la légendaire étiquette Warp Records en 2015.

Un petit aperçu du talent brut au Pitchfork festival de 2014 :

 
 

Diva Brune

Une de mes voix favorites dans le rapjeu américain actuel, celle de l’agressant Danny Brown. Son vocal acide et ses trames aux lourds accents électros industriels me font retourner à tous ces albums depuis XXX.

Il nous a offert un setlist parfait et garni pour seulement 1 heure. Un échantillon des 13-14 bangers qu’il nous lance aux tympans : Pneumonia, Really Doe, Ain’t it Funny, Attak, Die Like A Rockstar, I Will, Monopoly, Side B ( Dope Song). J’ai redécouvert avec plaisir 25 Bucks sur laquelle le planant de Purity Ring balance merveilleusement la violence de Brown.

Musicalement, aucun problème. Par contre les attitudes se corsent. Celle de Brown et celle de la foule. Le rappeur de Détroit semble être habitué à des publics gagnés d’avance, car il n’interagit presque pas avec les festivaliers. On voit sur son visage qu’il n’est pas satisfait du niveau d’enthousiasme de ceux en avant-scène. Ce qui l’amène à interpeler… la fameuse section VIP. Comme Kendrick Lamar vendredi passé, Brown passe sa frustration sur la zone plutôt froide au rap-choc dont il a le secret. Il décide de ne jouer que pour ceux qui réagissent, ce qui amène les jeunes « wiggas » du « général » à s’animer de fierté, même s’ils ne bougeaient pas vraiment avant le compliment. Je suis d’accord avec Brown : la partie VIP/Corpo c’est un trou noir de fun. Cependant, quand un auditoire ne réagit pas en fonction de ses standards, sûrement parce qu’il ne connaît pas l’artiste, pourquoi le critiquer au lieu de le stimuler plus? Pour commencer, s’adresser aux auditeurs avant d’avoir enchaîné 6 chansons, ça aiderait à faire lever le party.

Je dis ça de même.

One Love : J’avais spotté un gars avec un chandail de motocross FOX RACING en espérant qu’on puisse se bousculer pendant Blunt after Blunt. Les Blunts ne sont jamais venus, mais les coups de coude y étaient! On se revoit aux pits de sable mon chum!

La preuve qu’il peut être un performeur sympathique et cru durant cette prestation de 2016 :

 
 

Tout, sauf Feel Good Inc.

C’était tout simplement génial. 1 h 30 de musique joyeuse et diversifiée avec une énergie débordante. Damon Albarn et sa bande ont été accueillis en héros avec une dose massive d’amour. Ça dégoulinait d’énergie positive, de rythmes dansants et de sueur. Dans le cas d’Albarn la sueur prenait le dessus et ce n’est pas pour cause de manque d’affection à donner. Il privilégiait une grande connexion avec les admirateurs en délire. Tantôt mélodramatique (Sex Murder Party) ou bouffon (Tomorrow Comes Today) Albarn s’amusait follement. Peu de discussion, mais une générosité de son contact avec les spectateurs. L’hystérie prend toute son ampleur lorsqu’il a terminé El Manana sur la clôture du parterre. Je vous assure que son élastique de bobettes est résistant. Un agent de sécurité l’a utilisé comme harnais d’une main… experte.

Dans une soirée si jouissive en succès qui me ramenait à l’époque de mon discman Sony, ce qui fonctionnait le mieux, c’était Albarn. Les invités (réels ou virtuels) débordaient d’énergie*. Cependant, les meilleurs coups de la discographie des Britanniques sont lorsque le chanteur de Blur dialogue avec les invités. L’alter ego de 2D se perdait parfois dans les pièces d’Humanz, ensevelit sous les collaborations.

Mes coups de cœur d’une soirée proche de la perfection (dans un ordre chaotique) : Sleeping PowderLast living soulsKids With GunsSex Murder PartyDemon daysElevationClint Eastwood

* Immense shoutout à Jamie Principle et Peven Everett, on se rappel de leur venue même si ce n’est que pour une chanson.

Puisqu’ils ne l’ont pas joué hier soir :

 
 

https://www.infofestival.com/

FEQ jour 7: Un gêné, un charmeur et Napoleon Dynamite entouré de 3 Pedros

J’ai beaucoup d’attentes pour ce soir spécialement, mais pas uniquement, parce que les p’tits gars de BADBADNOTGOOD sont en ville. La soirée commence au parc de la francophonie avec Leif Vollebekk puis je chercherai la douce voix de Gab Paquet avant d’écouter les pas bons.

Plaintes dynamiques

Cette mise en bouche se résume à deux choses : sourires gênés et spasmes. Leif Vollebekk paraît possédé lorsqu’il entame son folk country aux forts accents soul sur le sublime Twin Solitude. Les yeux clos il chante ses plaintes énergiques, chaque note semblant lui tordre tout son squelette. Chaque son joué sur son Rhodes Fender ou qu’il entonne est empreint d’une richesse et d’une générosité. Il voulait être lui sans compromis sur son dernier opus, comme il l’est sur les planches du Pigeonnier.

Il se hâte, 45 minutes c’est résolument trop court pour rendre justice à cet artiste. Il est accompagné d’un bassiste et d’un batteur. Tous les deux étaient très à l’aise avec l’atmosphère délicate de la musique Vollebekkienne. C’est principalement le plus récent album qui a été représenté : MichiganElegyVancouver TimeAll Night Sedans. À voir en spectacle, au plus vite.

Un homme, son Rhodes et ses convulsions charmantes, en 2017 à Toronto :

 
 

Assis et inattentifs

Hier, à la scène Hydro-Québec c’était l’Amour. Le suave Gab Paquet délivrait son miel mélodique avant l’amoureux de la dame en bleue.

J’arrive et la Place d’Youville est shutdown par les sièges installés pour l’auditoire qui déborde partout. La rue St-Jean complètement bloquée devant le Capitole, comme l’esplanade en face du Palais Montcalm. Sans compter le parvis derrière la tente de la sonorisation. Une vraie mafia de chaises de camping, c’est intimidant. Les personnes assises étaient mécontentes que certains se présentent DEBOUT devant elles à l’extérieur du site. Une première pour moi personnellement.

Peu importe l’immobilisme et la froideur de la foule, Paquet se démène superbement pour les faire tomber… en amour. Il réalise ses meilleures cabrioles, se rapproche de son public, pendant que sa coupe Longueuil virevolte. Tous les moyens sont permis pour réchauffer l’assistance. La plupart sont ahuris par les paroles PG-13 et contrariés d’avoir quelques danseurs ghettoïsés devant eux. L’élixir de Paquet fonctionne finalement pour la fin de la représentation : plusieurs se lèvent pour son ode à la tendresse familiale papa maman bébé amour, version Sexü.

Pour sa finale offrande des festivités, il nous demande de faire l’amour avec lui. Difficile de refuser, tout le monde est donc consentant. Même les réticents se trémoussent. Le vent gonfle sa chemise ouverte. Une vision glorieuse. Les notes finales de cette leçon de charme impliquent Paquet et son guitariste, le manche dressé, dans un moment Prince (RIP) juste pour nous. L’apothéose charnelle.

Un Policier Poète d’une prochaine génération se montre déjà le bout des cheveux : j’ai aperçu un petit garçon avec une perruque de Longueil.

Admirez la puissance de sa tignasse mi-courte mi-longue en février 2016 au cabaret du Festif :

 
 

Le Jazz c’est cool, t’entends?

Voilà, 21 h à l’Impérial. La salle n’est pas pleine à craquer, mais dès que les 4 musiciens on sent l’impatience de les accueillir. Ça hurle sans vergogne.

Dès l’ouverture avec Triangle le public est conquis, surtout avec l’ajout de Leland Whitty au saxophone. Ils enchaînent rapidement avec Speaking Gently et Whitty nous propose une séduisante flûte traversière. Le multi-instrumentiste s’est ajouté à la formation en 2016. Ses solos captivent à chaque fois. Pour les danseurs : avec son air un peu blasé et son t-shirt dans ses jeans il ressemblait au cousin talentueux de Napoleon Dynamite. Surtout qu’Alexander Sowinski et lui nous entraînent dans une chorégraphie de danse contemporaine pour l’une des pièces. Un moment aussi bizarre que parfait.

La bande ontarienne est impressionnante en étant aussi à l’aise dans le Jazz rock qu’avec la douceur d’un slow jam. Des influences Trap ou plus Old School s’entendent dans le jeu du batteur Sowinski. Depuis leur galette III où il n’y avait que du matériel original, leur identité s’affine et se complexifie tout en restant extrêmement amusante.

Au-delà des qualités techniques incontestées de tous les membres (le solo de basse de Chester Hansen donne des frissons) c’est le plaisir qu’ils ont à jouer ensemble qui met la cerise sur ce sundae. Le rappel s’ouvre avec un remix du James Bond’s Theme. Ça se finit avec tout l’Impérial accroupis en attendant le drop de Cs60. Un mosphit immense s’ensuivra.

Je pourrais en écrire encore beaucoup, parce que ce spectacle est maintenant dans mon top 3 personnel à vie. Impeccable, surprenant et divertissant. J’en aurais pris pendant 1 h 30 de plus, et je ne pense pas être le seul à être de cet avis.

BBNG : Comme toujours, le minuscule bureau de NPR (prestation de 2017) :