Spectacle Archives - Le Canal Auditif

POP Montréal 2017: soirée du 17 septembre

Ça y est, ma dernière soirée à Pop. Après celle d’hier, disons que je n’y vais pas de reculons. Ça laisse toujours un vide quand ça finit, mais on se rappelle vite à quel point ça a valu la peine. Allons-y avec cette ultime soirée.

Munya

Tristement, elle a commencé avec une performance assez plate, merci. Je dirais bien qu’elle était décevante, mais MUNYA n’a pratiquement rien à nous offrir encore au niveau de la musique. Elle est seule avec un échantillonneur, un clavier et quelques autres objets, mais elle ne les maîtrise visiblement pas. À trois reprises s’est-elle enfargée dans leurs potentiomètres. Elle a même coupé court et recommencé une pièce – c’en était presque malaisant par moments. C’est néanmoins une bonne chanteuse, mais ses mélodies puisent souvent dans le déjà-vu. Son set n’était pas totalement inintéressant – il y avait par-ci par-là de belles textures et une belle recherche plastique –, mais le tout était très loin d’être prêt à être présenté devant public.

soclose

soclose la suivait de près, faisant heureusement grimper un peu le niveau de professionnalisme dans la garde-robe-esque Casa del Popolo. Pour moi le point fort du trio basse – sampling – voix était définitivement le bassiste; complètement en contrôle de son instrument, il nous a sorti au courant du concert quelques lignes de basses très juteuses. Les deux autres membres sont tout de même bons, mais on leur trouve avant longtemps quelques lacunes : la chanteuse n’est pas toujours totalement juste, et ce que le DJ fait autre que contrôler les très grandes lignes des pièces est plus ou moins intéressant (ou utile). Outre tout ça, les pièces sont un peu monotones, l’interaction avec le public était un peu chancelante et le tout était peu original. C’était une performance adéquate de musique correcte – déjà une amélioration par rapport au premier acte.

Raveen

C’est Raveen qui a réellement commencé la soirée pour moi avec leur pop tantôt minimaliste, tantôt complexe et planante. Leur musique est aussi bien composée qu’elle était jouée, par trois excellents musiciens – un batteur, un bassiste/claviériste et un chanteur/claviériste – comme transportés par une seule et même énergie. On a eu droit à de belles nuances et une très belle recherche sonore et technique, et ce surtout de la part du bassiste. Son instrument perdait ses origines dans les effets, jouant sporadiquement le rôle d’un synthétiseur ou d’une guitare, et il ne suffisait de l’entendre jouer que quelques secondes pour comprendre qu’il savait ce qu’il faisait. L’excellence de la performance allait de pair avec une composition originale et évolutive, tirant parfois sur le progressif, et ladite paire donnait un tout original et continuellement intéressant. On nageait entre des moments plus free, des harmonisations digitales à la Bon Iver et des mélodies à la Half Moon Run tout en restant très loin de l’incohérence. L’aisance scénique des musiciens dès le début du concert ne laissait planer aucun doute sur leur professionnalisme, et de fait, aucune déception de ce côté non plus. À chaque pièce, j’en aurais pris facilement deux fois plus.

Ouri

La soirée s’est malheureusement terminée en queue de poisson, non pas pour cause de mauvaise performance, mais bien parce que l’ordinateur d’OURI était, selon ses dires, « mort ». On suppose que ce n’est pas une façon de parler du pourcentage de la batterie, parce qu’elle a amené son matériel pour faire un DJ set pour remplacer sa performance personnelle. C’est assez plate, parce que ça aurait bien bouclé la boucle Popale en mautadit comme show… Au moins, son DJ set était loin d’être ennuyant; bien construit, recherché et assez original, sans compter la qualité des transitions et des manœuvres. Pas mal tout y était, mais ça reste un DJ set, l’affaire qu’on fait faire aux artistes quand leur public est trop soûl ou quand ils ne veulent pas traîner tout leur gear.

Malgré que la soirée ait été décevante à plusieurs égards, elle signe la terminaison d’une autre très belle année de Pop Montréal. Ce serait un euphémisme de série B que de dire que ça donne hâte à l’an prochain. La seule chose qui pourrait faire passer le temps plus vite, c’est le nouvel album de Tool (ceci est un message dirigé directement à Maynard James Keenan dans un intérêt public).

POP Montréal 2017 : suite et fin pour Raphaëlle Thibault-Vanasse

Je continue mon périple à POP avec une soirée et un BBQ de spectacle!

Résonner à la Un Blonde

De retour à l’église St.John the Evangelist pour assister à la soirée d’Un Blonde. Peu après la parution du fascinant Good Will Come to You, Jean-Sébastien Audet (dit Un Blonde) s’est présenté dans un lieu quasi rempli par des curieux et des admirateurs. Sur scène, il était accompagné de Rafferty McMahan à la basse, d’Alex Lavoie à la batterie, de Brad Loughead à la guitare, de trois choristes et du quatuor à cordes Warhol Dervish. Beaucoup de monde dans un petit lieu religieux, je vous dirais! Mais honnêtement, le décor a renforcé énormément la musique d’Un Blonde. Les airs gospels, les improvisations jazz ou même le blues a fait résonner les murs de l’église. C’est surtout la voix de Jean-Sébastien Audet qui nous a impressionnés, et ce, dès les premières notes. Un timbre vocal mielleux et planant qui a su charmer tout au long de la prestation. Enchainant les différentes pièces du disque Good Will Come To You, le meneur de jeu s’est démontré peut-être un peu discret quant à ses interventions avec le public. Oui, le spectacle était rodé. Tout était visiblement planifié et réfléchi. Ceci dit, il aurait été intéressant de piquer des petites jasettes par-ci, par-là. Histoire de comprendre encore plus l’essence des chansons de l’album. Le manque de discussion au micro donnait cette impression de concert un tantinet linéaire. Ce qui était un peu décevant, à mon avis. Par contre, l’exécution musicale nous fait rapidement oublier ce bémol. La section de cordes donnait beaucoup de clarté aux pièces. Les choristes accompagnaient Audet avec précision. Chaque musicien avait un rôle spécifique à jouer sur scène. On le sentait bien. Audet guidait chacun d’entre eux. Les différentes tonalités se mariaient assez rapidement à la voix du chanteur. Le lieu de l’Église St-John jouait beaucoup sur les mélodies d’Un Blonde… Le fait de pouvoir entendre le tout dans un tel lieu a permis de confirmer que Jean-Sébastien Audet est un artiste à suivre de très près.

Best Fern en ouverture

Le duo Best Fern a eu pour mission d’ouvrir pour Un Blonde. Avec leurs arrangements musicaux assez minimalistes, les deux membres, composés d’Alexia Avina et de Nick Schofield, nous ont proposé des ballades en électro ambiant (assez downtempo) qui ont su tamiser l’ambiance de l’Église St.John. Avec deux petites galettes à leur actif (un EP et un démo de reprises), les Montréalais de Best Fern ont proposé un univers aérien au public assis en face d’eux. La voix gracieuse d’Avina colorait les instrumentations électroniques de Nick. Les artistes se complétaient sur scène. Leur musique ne faisait qu’un. Très jolie.

Pelada

Pop, c’est aussi ses barbecues gratuits où on peut siroter quelques verres sous le soleil chaud. Mercredi dernier, au lancement, je suis allée à la rencontre du groupe Pelada qui assurait l’ambiance de la soirée d’ouverture du festival dans les quartiers généraux Pop. Qui est Pelada? Un duo composé de Chris Vargas et de Tobias Rochman œuvrant dans la techno acide très convulsive, frôlant un peu le punk à quelques reprises. En plus de chanter uniquement en espagnol, Pelada s’est démarqué pendant cette prestation. Déjà là, on peut dire que c’est une « belle bibitte ». Les membres sont de véritables bêtes de scène qui ont fait hocher la tête de plusieurs personnes dans le public. L’énergie qui les possédait était palpable. Les synthétiseurs se déferlaient et effectuaient des rythmes dynamiques. Il va sans dire, c’était une belle découverte musicale. Allez voir leur EP de deux chansons titrées No Hay et Ten Cuidado… vous allez voir. C’est très particulier, mais c’est un beau particulier.

Bonjay

Samedi soir, la météo annonçait que du bon pour la formation Torontoise Bonjay qui grimpait sur la scène du BBQ Pop. Avec des mélodies RnB/Soul/Reggae, le groupe a fait danser la foule. Ce n’était pas compliqué. Avec deux projets à leur actif (Broughtupsy et Gimmee Gimmee EP), j’ai trouvé que le groupe s’en donnait à cœur joie. Enchainant les différents titres de leurs propositions, la musique s’est rendue assez rapidement à un auditoire curieux et attendri. Notons aussi la présence scénique de la chanteuse Alanna Stuart qui s’est démontrée polyvalente, charismatique et sympathique sur scène. Bougeant de chaque côté de l’espace, la meneuse de jeu habitait très bien les planches du BBQ Pop. En plus d’être accessible, Bonjay a rejoint plusieurs oreilles pendant cette performance.

Lunice

Autour de Lunice de prendre part à la fête. Originaire de Montréal, Lunice était très présent à la console sur scène. Avec des sons qui rappellent Flying Lotus, Gaslamp Killer et Hudson Mohawke avec qui il fait partie du duo TNGHT, la musique de Lunice s’est avérée efficace et pétillante. Par contre, à certains moments, j’avais peut-être l’impression que le DJ en mettait un peu trop pour plaire au public. Ça devenait un tantinet lourd. Mis à part ce petit point, Lunice reste un DJ assez intéressant à voir en spectacle. Ses mélodies vivifiantes inspirées principalement par le trap et le hip-hop ont donné un gros coup de poing. Elles incitent même à faire quelques grouillades…

Le Vaudeville de Kid Koala

Vers les 18 h, Kid Koala s’est présenté dans un décor assez spécial… une sorte de théâtre vivant composé à partir de tissus éclatants. D’entrée de jeu, Kid Koala nous avise que ça sera un spectacle qui progressera de plus en plus vers le bizarre. On a eu droit à beaucoup de choses étranges, mais qui faisaient bien le travail. Au début, Kid Koala présente des pièces avec ses sons d’oiseaux en arrière-plan. Accompagné d’une troupe de comédiens, l’artiste était bien entouré. Ceux-ci se promenaient avec une série de marionnettes pour faire concept aux pièces jouées. La performance était très esthétique. Elle est venue en étonner plus d’un. Plus le concert avançait, plus c’était original. Kid Koala est un excellent musicien doté d’un très grand sens du rythme. Tout était bien précis… et son vaudeville… eh bien on y croyait. Du début jusqu’à la fin.

Merci à toute l’équipe du Pop! À l’an prochain!

POP Montréal 2017 : Soirée du 16 septembre

Je continuais mon périple à POP à l’église St. John. Quelle soirée!

Michele Nox

Michele Nox a inauguré la soirée d’hier de façon grandiose dans toute la splendeur de l’église St. John. Elle nous a interprété quelques pièces assez hétéroclites, passant de l’électronique glitché et texturé à la chanson en quelques secondes, avec une aisance impressionnante. Probablement l’élément le plus marquant est-il sa voix. Les envolées lyriques se succèdent sans gants blancs en se prononçant et s’intensifiant jusqu’à frôler sporadiquement le scream. Les mélodies et les modes qu’elle emploie se rapprochent souvent des mélismes de la musique arabe, procurant une très belle couleur à ses compositions déjà regorgeantes d’influences diverses. La plasticité des œuvres plus électroniques était bien travaillée, les chansons étaient assez originales, surtout au niveau des progressions et des mélodies, mais aussi dans le rythme général, dans l’agogique des passages plus rubato. C’était vraiment une belle performance, assez unique en son genre et presque amplifiée par le magnifique endroit qui la contenait.

Serpentwithfeet

Comment bien décrire la performance ou le style de serpentwithfeet… Un mélange de gospel, de R&B, d’improvisation vocale, de proximité chaleureuse et de textes mégadépressifs? Je ne saurais dire. Ce qui est facile à voir cependant, c’est sa virtuosité vocale presque surhumaine et son aisance scénique. On se sentait dans la chapelle comme dans son salon, engageant une conversation musicale qui n’a même pas été proche de durer assez longtemps pour ce qu’il y avait à partager. J’ai souvent de la misère avec les trames sonores en direct; la chose est souvent utilisée par paresse artistique plus que par besoin. Dans son cas, c’est autre chose : de n’avoir que sa personne sur la scène, sans autres objets que deux micros et un clavier, est essentiel à ce sentiment de proximité que l’on ressentait en sa présence. La musique n’est pas pour autant négligée, elle sort seulement de notre esprit, qui ne veut que se concentrer sur sa magnifique voix et sur ses paroles. Sa performance émotionnelle est une des meilleures dont j’ai eu connaissance; le contrepoint entre l’improvisation et le déterminé lui inspirait une courbe émotionnelle très intéressante qui donnait une méchante couche d’humanisme à l’expérience. Vraiment, les deux seules petites lacunes de cette dernière étaient le son de piano synthétique qui sonnait affreusement mal et la brièveté de l’acte; tout le monde en aurait pris deux fois plus.

Yves Tumor

Si les mots me manquaient pour parler de serpentwithfeet, je suis un analphabète quant à la « performance » de Yves Tumor. Les techniciens enlèvent tout sur la scène excepté deux moniteurs, tournés vers le public, et deux très hautes chandelles. Elles deviennent d’ailleurs nos seuls phares quand toutes les lumières se ferment, et on apporte un homme noir en fauteuil roulant, vêtu uniquement d’un masque et de longues bottes, le tout en cuir. On le place entre les deux moniteurs, et il reste immobile pour quelques instants. Puis, tout d’un coup, les haut-parleurs se mettent à cracher du bruit blanc distortionné à fond… et ce pendant exactement trente minutes. L’homme ne bouge pas du spectacle. Pas de filtres, pas d’effets, juste le bruit blanc à en faire saigner les oreilles. On ne s’entendrait pas crier.

La salle comble passe par toutes les émotions. La lumière de la porte de sortie, seule autre source lumineuse, en fait saliver plus d’un. La foule est d’abord stupéfaite, puis incrédule, puis amusée, puis désemparée, puis résignée. Des gens partent, d’autres parlent, certains tentent d’achever Tumor avec des applaudissements, ceux en avant prennent des photos avec flash. La majorité se bouche les oreilles, acceptant leur sort, espérant la fin de l’œuvre.

Quoi en penser? Sûrement l’artiste, originaire d’Italie, n’est qu’un dégénéré. C’est du moins ce qui semble être l’opinion générale. Mais pour moi, cette œuvre semble être toute autre. Tumor n’est pas venu de si loin pour nous présenter une pièce, mais une piste de réflexion. Sur notre écoute, sur l’art, sur la musique, sur tout ce qu’on veut : c’est le point même de la chose, nous laisser à nous même. L’artiste s’est muselé et retourné vers nous, comme pour que la pièce émerge de nous. Et aussi sauté que ça puisse paraître, ce n’est pas chose nouvelle. John Cage l’a fait il y a longtemps avec 4’33. Est-ce de l’art? Certainement. Quiconque soutenant la thèse contraire devrait selon moi reconsidérer sa définition d’art. Est-ce une bonne œuvre musicale? Pas du tout. C’est une œuvre philosophique en parallèle avec une catharsis, et tout le monde devrait tenter une telle expérience, ne serait-ce qu’une fois.

Moor Mother

La soirée s’est terminée en compagnie de Moor Mother, qui nous a offert une performance qui paraissait presque conventionnelle, lorsque mise en relation avec les deux dernières. Elle était à l’arrière de son ordi, munie de quelques pédales (dont les plus utilisées étaient le délai et le bitcrusher) pour altérer sa voix et les échantillons qu’elle utilisait. La performance scénique est à l’image de ses albums, mais l’aspect improvisé de la chose la rendait beaucoup plus poignante. Après une quinzaine de minutes d’intro plus atmosphérique, elle a presque obligé la foule à se lever et à venir se coller contre son bureau, incitant même un auditeur à jouer avec ses pédales d’effets. Son style de rap faisait penser par moment à du Rage Against the Machine; c’est un assez bon gage de la puissance que dégageaient la DJ et sa musique. Son set consistant en une évolution contrapuntique constante entre les gros rythmes sales et les masses sonores plus ambiantes, et la ligne directrice qui les reliait était composé à merveille. Sous ses airs de révolutionnaire pompée se cache manifestement une compositrice habile. On le voit en studio, mais le live le confirme. Il est très dur de faire cohabiter avec tant de cohérence rythme et arythmie sans que l’un ait l’air d’introduire l’autre. Un autre concert magnifiquement réussi.

Ce fut somme toute une soirée éprouvante pour l’oreille, non seulement au niveau du son, mais aussi quant aux styles qui n’était pas toujours très accessibles… et ça paraissait dans la salle. Pour moi du moins, cette soirée a été la plus révélatrice du festival à date. De loin. Encore une fois, la programmation de Pop me flabbergaste de par sa diversité et sa vision de la musique actuelle.

POP Montréal 2017 : Soirée du 15 septembre #2

Pour cette troisième soirée de POP, j’avais décidé de la passer en compagnie de Joni Void et William Basinsky!

Joni Void

Joni Void faisait entendre hier soir de beaux montages sonores évolutifs à la Fédération Ukrainienne. Lors de la première moitié du concert, la musique et les vidéos se complétaient dans un contrepoint intéressant et bien balancé. Le projecteur était surmonté d’un verre amovible qui diffusait l’image quand il était mis devant l’objectif, donnant une dimension explicite audit contrepoint. Au début, la musique suivait la vidéo, auquel cas les deux arts fonctionnaient en parallèle, et plus tard nous était montrée l’arrestation d’un homme noir par deux policiers – pendant quoi la musique était beaucoup moins présente. Entre-temps et par la suite, Void utilisait le verre pour mettre un accent évident sur la musique.

Il y avait une belle synchronicité — parfois manuelle, parfois préprogrammée — entre la musique et la vidéo quand c’était de mise, et une belle recherche plastique et compositionnelle. Une des parties de la première moitié du concert était composée avec une sirène d’ambulance en quarte qui baissait d’une tierce à cause de l’effet Doppler, et il utilisait la chose de façon très intéressante. La section musicale qui suivait le vidéo de l’arrestation mentionnée plus haut comprenait une longue citation directe de bout.that de Clipping., choix éclairé par le sens des paroles citées…

La deuxième partie du spectacle qui était tirée de son dernier album, était assez différente, laissant la musique prendre toute la place avec une pièce très lente avec comme seuls matériaux deux boucles – une de piano et l’autre de voix. La pièce a eu un peu de mal à partir pour moi. Je la trouvais un peu stagnante au départ, mais son évolution et surtout la transition graduelle d’un son à l’autre lui a redonné de la pertinence jusqu’à la fin.

William Basinski

La barre était donc assez haute pour le très ambiant et pourtant étincelant William Basinski, qui a donné un concert à la hauteur de son ambiance — dont une pièce « funérailles » dédiée à David Bowie. Sur ce point on le croit sur parole, on se doutait que les échantillons utilisés étaient tirés de l’œuvre du défunt, mais on était loin de les reconnaître. Seul un fin connaisseur de son travail aurait pu discerner la provenance des quelques citations utilisées tellement elles étaient dénaturalisées par le compositeur. Indépendamment de tout cela, la pièce était bien exécutée, très peu et très lentement développée au fil d’une grosse demi-heure. Il manquait peut-être un peu de métamorphose au niveau du spectre harmonique ou du volume, mais dans un tel style il est assez délicat de traiter de ce genre de détails.

Basinski était épaulé par ses deux reel-to-reel, ajoutant à son esthétique rétro (veston à paillettes, lunettes de soleil, souliers gloss et longue queue de cheval). Son veston reflétait un éclairage intéressant, mais d’une nécessité discutable, considérant que la majorité de la salle n’ouvrait ses yeux que quand il y avait du rythme dans la musique – jamais. Un des points forts du spectacle — et c’est caractéristique du style — est la fin des pièces. Le silence qui suit une telle densité sonore est souvent aussi cathartique que la pièce elle-même. Somme toute, c’était un assez bon concert, mais le clou de ma soirée reste l’acte précédent.

Je tiens à prendre ces quelques lignes pour féliciter l’impeccable travail de sonorisation de la soirée. Il est tristement important de reconnaître le savoir-faire d’un technicien qui sait trouver une aussi bonne balance spectrale (qui est, évidemment, due aux artistes également) et qui ne ressent pas le besoin de systématiquement pousser le volume au seuil de la douleur. Ces savants Hommes sont déplorablement en voie de disparition.

POP Montréal 2017 : Soirée du 15 septembre

C’était un vendredi soir de POP et il y avait quelques spectacles aguichants à l’affiche. Pendant que plusieurs se dirigeaient vers The Dears qui jouait l’intégralité de No Cities Left, j’optais plutôt pour le groupe LAPS à la Sala Rossa.

LAPS

LAPS est un groupe installé à Montréal, dont certains membres sont originaires de Frédéricton. Mené par la charismatique Heather, la formation fait dans le rock dissonant et l’art rock qui vire parfois même math rock. C’est terriblement plaisant pour les oreilles. Le guitariste est particulièrement intéressant à aller voir aller. Il ne sent pas le besoin de toujours jouer, au contraire, il ponctue avec nuance, intelligence et inventivité. Le groupe vient tout juste de faire paraître un split avec La Fête et nous ont balancés les deux chansons l’une après l’autre. Malgré le peu de spectateurs, la formation ne s’est pas formalisée de tout ça. Ils ont été généreux sans bon sens pour ceux qui s’étaient déplacés. C’est l’un des bons spectacles que j’ai vus à date à POP.

Crabe

C’est d’abord Crabe qui m’avait attiré à la Sala Rossa. Après avoir écouté Ensemble de Barrdo pendant l’entracte (pour vrai, cette chanson ne se termine jamais), le groupe de Mertin Hoëk et Gabriel Lapierre ont pris la scène. Ils sont toujours un phénomène à entendre ou voir. Le duo n’a pas lésiné en lançant les hostilités avec Encourir mes passions tirées du Temps F33l paru l’an dernier. C’était brutal, chirurgical et impressionnant. Hoëk joue avec une rapidité et une précision d’exécution sans pareil. Parce qu’une chose est sûre, si tu peux jouer du Crabe les yeux fermés… t’es un demi-dieu de la guitare. Je suis parti à regret avant la fin de la performance pour me diriger au Rialto.

Little Scream

Lorsque je suis arrivé au Rialto Hall, Laurel Sprengelmeyer était déjà en train de jouer Wreckage devant une salle à demi remplie. L’Américaine installée à Montréal depuis plusieurs années, était en grande forme. Elle a livré plusieurs chansons de Cult Following paru en mai 2016 avant d’achever de conquérir la foule avec l’intoxicante Love as a Weapon et la non moins plaisante Dark Dance. Little Scream a même joué une nouvelle chanson fort réussie. Elle était notamment accompagnée de la très capable Lisa Moore (Blood & Glass, Creature). Le seul petit hic est qu’elle a décidé de terminer sur un blues dont le nom m’échappe, mais qui n’était pas tellement hop la vie. Après nous avoir crinqués avec ces chansons plus dansantes, c’était un drôle de choix.

John Maus

John Maus est à la fois un chanteur qui déglingue la pop et un philosophe qui fait aller ses cordes vocales. Il était de passage au Rialto dans le cadre de POP Montréal et c’est surprenant de voir à quel point l’Américain est populaire dans la métropole. La salle était remplie au maximum de sa capacité pour la performance d’une quarantaine de minutes où John Maus a dû suer deux litres d’eau. Sa présence scénique très punk, dynamique et parfois même violente jure avec son électro-pop qui incorpore des éléments de new wave. Sur scène un dirait un mélange d’Andrew W.K., Mac DeMarco et Greg Saulnier de Deerhoof. Parfois, on se demande s’il chante vraiment en direct, puisqu’il crie tellement en dehors de ses moments chantés et hors du micro qu’il faut qu’il possède des poumons de fer. Non seulement ça, mais parfois certaines voix semblaient entrer avant qu’il ne soit sur le micro. Enfin, ce n’est pas essentiel, sa performance restait impressionnante en soi.

On se revoit demain!