shoegaze Archives - Le Canal Auditif

Critique : Slowdive – Slowdive

Après avoir repris la route pour jouer leurs vieux succès depuis 2014, l’année 2017 marque le retour sur disque de Slowdive. Une longue pause s’était imposée dans les années 90 après les insuccès de Souvlaki et Pygmalion. Bien que ces deux albums (ok, surtout Souvlaki) aient aujourd’hui le statut d’albums cultes, il n’en a pas toujours été ainsi. Avec la presse britannique qui a démoli leurs deux derniers albums et les tournées peu fructueuses, la bande à Neil Halstead a lancé la serviette en 1995 après 6 ans d’activité. Mais comme c’est souvent le cas, le bouche-à-oreille et l’arrivée d’internet ont changé les choses. Un nouveau public s’est ouvert aux chansons pop bien réverbérées des Anglais au cours des années 2000. Nous voilà donc en 2017 avec la suite des choses.

Dès les premières notes, on aperçoit un certain changement de son. Malgré les couches de pédales à effet, on remarque une plus grosse production, quelque chose de plus contemporain. Le son de Slowdive semble avoir quelque peu évolué et c’est pour le mieux. L’excellente Slomo qui ouvre l’album donne le ton. La ligne de voix peut sembler déstabilisante à la première écoute, mais on s’habitue rapidement. On remarque aussi les belles harmonies entre Neil Halstead et l’indispensable Rachel Goswell.

Les choses se poursuivent avec une belle rockeuse : Star Roving. Une formidable énergie et de belles textures sonores viennent confirmer que ce premier simple est un coup de foudre malgré une progression d’accords assez typique du style shoegaze/dream pop.

Les Anglais lèvent quelque peu le pied de la pédale à gaz pour la suite des choses. Don’t Know Why et Sugar for The Pill offrent de belles mélodies et des guitares vaporeuses sans jamais s’éloigner de la ligne conductrice de l’album. Des moments qui rappellent la pop des années 80 sont perçus ici et là, venant rajouter un peu de variété.

Le gros son rock et sans abus de pédales de distorsion revient pour l’excellente Everyone Knows avec la voix de Rachel bien ensevelie sous la réverbération et une très inventive ligne de basse. La même chose pourrait être dite avec la fantastique No Longer Making Time. Cette dernière est peut-être la plus familière, car on a l’impression qu’elle aurait pu se retrouver sur Slouvaki.

On se dirige vers la fin dans un beau festival de pédales de délai avec la très dream pop Go Get It. Près de 6 minutes (en fait, les 8 chansons de l’album sont plutôt longues) de sonorités à écouter très fort dans vos écouteurs afin de pouvoir en apprécier toutes les textures. Encore une fois, sans surprise, les voix sont bien camouflées dans le mix.

En guise de conclusion, Slowdive invite l’auditeur à une jolie et mélancolique finale. Avec une ligne de piano répétitive, un son assez minimaliste et aucune percussion, Falling Ashes est la chanson de l’album qui rappelle le plus Pygmalion. Il s’agit ici d’un 8 minutes de subtilités et de beauté qui sera très pertinent une fois l’automne revenu. Ou tout le temps, c’est selon.

2017 sera donc le grand retour sur disque pour un autre groupe britannique de la mouvance shoegaze. Pour notre grand plaisir, Slowdive est revenu en force avec une suite digne des meilleurs moments des années 90, mais avec une solide production des années 2000. Huit chansons qui feront plaisir aux fans de la première heure, les retardataires (et ils sont nombreux) et une nouvelle génération.

Ma note: 8,5/10

Slowdive
Slowdive
Dead Oceans
46 minutes

http://www.slowdiveofficial.com/

Critique : Wire -Silver/Lead

40 ans de carrière derrière la cravate, un paquet d’excellents disques, dont les célébrés Pink Flag, Chairs Missing et 154 (et Red Barked Tree paru en 2010), la formation Wire ne dérougit pas, proposant création après création, du rock au quotient intellectuel élevé. Depuis 1976, Colin Newman, Graham Lewis et Robert Gray (le groupe est complété depuis 2010 par le guitariste Matthew Simms), ont revêtis différents costumes sonores. Des balbutiements post-punk en passant par quelques incursions dans le krautrock, la récente mouture de Wire a titillé un bon nombre de fanatiques de shoegaze.

La semaine dernière, le quatuor y allait d’un 16e album studio en carrière, intitulé Silver/Lead, qui voit la formation emprunter un virage que je qualifierais maladroitement de « pop-rock pour rockeurs cultivés ». Le mur de son habituel de la formation disparaît quelque peu afin de mettre de l’avant la force mélodique de la formation. Même si les mélodies accrocheuses ont toujours fait partie de l’arsenal de Wire, cette fois-ci, grâce à une approche plus posée, on reste scotché au travail mélodique de Newman et Lewis.

Musicalement, ça demeure toujours aussi binaire et carré. Le jeu de batterie efficace et minimaliste de Robert Gray et les guitares de Newman et Simms (même si elles sont moins explosives) sont du Wire pur jus. Les fans s’y reconnaîtront aisément. C’est l’intention harmonieuse proposée par ces vétérans qui désarçonnent. Mais parce que Wire présente toujours des disques dans lesquels il faut prendre le temps de s’immerger, le temps réussit encore une fois à faire son œuvre. Nos oreilles abîmées par trop d’années de rock tonitruant se sont donc retrouvées avec un autre bon disque de Wire à écouter.

Pas exceptionnel bien sûr, mais pour de vieilles moppes qui ont passé le cap de la soixantaine, je tire ma révérence. Bien des artistes de cette génération sont totalement largués et encroûtés dans un marasme créatif navrant. Pas de ça chez Wire. Si on tient compte que la musique est un art particulièrement bien marketisé qui n’en a plus que pour la jeunesse hyperactive, la bande à Newman n’a pas à rougir de ce Silver/Lead.

Short Elevated Period est parfaitement Wire; un véritable « wall of sound ». Forever a Day est une grande chanson pop-rock au refrain imparable. This Time, même si elle est bâtie sur le même moule que Forever a Day, atteint la cible grâce aux superbes guitares arpégées et au clavier d’ambiance situé à l’arrière-plan dans le mix. Silver/Lead est l’une des rares pièces que j’ai entendues dans ma longue vie de mélomane dont la lourdeur n’est pas édifiée par des guitares abrasives. C’est plutôt la batterie métronomique et le jeu de basse élémentaire qui confère à cette chanson cette pesanteur mélancolique qui séduit.

Est-ce un grand cru de la part de Wire? Pas du tout, mais ce groupe, qui a influencé une litanie d’artistes crédibles, de Blur en passant par Sonic Youth (et plus récemment Savages), est toujours pertinent. Après tant d’années au compteur, très peu d’artistes ont arpenté une trajectoire aussi irréprochable que Wire. C’est pour une énième fois, une autre bonne production.

Ma note: 7/10

Wire
Silver/Lead
Pinkflag
37 minutes

http://www.pinkflag.com/

Critique : The Jesus and Mary Chain – Damage and Joy

En 1985, une petite bombe musicale paraissait chez tous les bons disquaires indépendants de l’époque : Psychocandy, de la formation The Jesus and Mary Chain. À l’époque, les frères William et Jim Reid ne se doutaient probablement pas que leur création serait aujourd’hui considérée comme l’un des albums cultes de la « noise pop ». Aujourd’hui, la totale saturation des guitares (j’insiste sur le mot « totale ») combinée aux mélodies pop-surf-années 50 de Jim Reid sonnent merveilleusement bien. Bien entendu, ce Psychocandy a inspiré moult créateurs rock, de My Bloody Valentine en passant par Sonic Youth jusqu’au Pixies et j’en passe.

Après la sortie du mésestimé Munki, paru chez Sub Pop en 1998, les frangins Reid, ne pouvant plus se blairer mutuellement, ont décidé de mettre fin à l’aventure. En 2007, le temps avait cicatrisé les plaies et les Jesus sont revenus à la vie en participant à quelques concerts, festivals, tournées et collaborations, revisitant leur bon vieux stock. Bien sûr, les fans du groupe étaient ravis, mais ne s’attendaient sûrement pas à entendre de nouvelles chansons de la part des Écossais. 19 ans après Munki, voilà que paraissait vendredi dernier un nouvel album intitulé Damage and Joy.

Enregistré en Espagne, sous la férule de Martin Glover, alias Youth (co-fondateur des mythiques Killing Joke), The Jesus and Mary Chain y vont de chansons pour la plupart écrites et composées, il y a plus de 10 ans… et à mon grand étonnement, ce Damage and Joy, même s’il sonne un peu vieillot (c’est tout à fait normal) tient solidement la route. Même si ça ne surprend guère, même si on y décèle une légère désuétude, on retrouve intacte la recette et le son qui a permis aux cinglants frères Reid de faire leur marque dans l’histoire du rock.

Cette mixture de guitares saturées, parfois dissonantes, ponctuées des habituels larsens et de ces mélodies totalement accrocheuses, fait que ce Damage and Joy est un retour réussi. De toute évidence, on reconnaît les tics du groupe et on associe souvent les nouvelles chansons aux anciennes. Les Jesus n’ont jamais été reconnus pour leur dextérité musicale, mais ils ont quand même le grand mérite de nous suggérer une majorité de bonnes pièces. On ne peut en dire autant du dernier Pixies, par exemple…

Moins cacophonique que Munki, Damage and Joy est une sorte de « best of » de tout ce qu’a accompli le groupe au cours de sa carrière. Les frérots Reid se font plaisir, demeurent dans leur zone de confort et lancent un disque à la hauteur de leur illustre passé. Quelques invités féminins viennent bien entendu bonifier le travail du groupe : la soeurette Linda Reid, Bernadette Denning (copine de William), Sky Ferreira et la sublime Isobel Campbell prêtent leur voix à quelques occasions.

Parmi les réussites? Song for a Secret fait sourire, malgré la ressemblance évidente au succès Sometimes Always, mettant en vedette Hope Sandoval, et paru sur Stoned and Dethroned. Le petit « hook » de guitare, un peu tout croche et qui conclut Two of Us, amuse. Facing Up the Facts grafigne les tympans… comme le faisait jadis Sidewalking. La ballade de poteux/désoeuvrés Los Feliz (Blues and Greens) donne envie de s’en rouler un p’tit et Mood Rider est du Jesus pur jus.

Damage and Joy est un album franchement nostalgique. Rien de bien grave là-dedans, tant que les chansons sont au rendez-vous et sans blague, ce nouvel album est d’une efficacité redoutable. On ne peut rien demander de plus à ces vieux briscards.

Ma note: 7/10

The Jesus and Mary Chain
Damage and Joy
Artificial Plastic Records
53 minutes

http://thejesusandmarychain.uk.com/

Critique : The Raveonettes – Atomized 2016

Depuis 2001, le duo danois ne cesse de faire paraître des albums de qualité. Malgré le fait que Sune Rose Wagner (guitare/chant) et Sharin Foo (basse/chant) ont souvent tendance à demeurer dans leur zone de confort, la carrière du groupe détient beaucoup plus de bons coups que de mauvais. Je vous conseille fortement les Chain Gang of Love, Pretty in Black et Lust Lust Lust, sans contredit les trois joyaux de leur discographie.

Avec les Raveonettes, on sait toujours à quoi s’attendre : un rock un brin vaporeux aux ascendants surf et shoegaze, mélodiquement accrocheur, mettant de l’avant l’utilisation de boîtes à rythmes. En 2014 paraissait l’excellent PE’AHI qui voyait le tandem effectuer un retour à un son plus abrasif… ce qui a bien sûr grandement plu à l’auteur de ces lignes.

Cette fois-ci, les Danois sont de retour avec une compilation rassemblant les douze chansons qu’ils ont composées pour le Rave-Sound-Of-The-Month. Comme le nom l’indique, ils s’agissaient pour eux de créer une pièce par mois, sans aucune contrainte artistique et commerciale. Et le résultat est rassemblé sur ce 2016 Atomized.

Et ça donne quoi? Ça donne un bon disque des Raveonettes sans que ce soit totalement enthousiasmant. Avec une certaine surprise, ces chansons sonnent parfaitement « Raveonettes ». Alors que la paire aurait pu en profiter pour élargir leurs horizons créatifs en triturant la structure familière de leurs chansons et en poussant plus loin l’expérimentation, Wagner et Foo ont préféré s’en tenir que ce qu’ils savent faire de mieux : de bonnes et simples chansons.

Il y a bien la conclusive PENDEJO qui ressort du lot avec ses douze minutes instrumentales qui alternent entre des moments que l’on pourrait qualifier de grandioses et d’autres influencés par l’esthétique gothique « à la Bauhaus », mais ce soubresaut singulier demeure là aussi dans une certaine zone de confort.

Évidemment, le talent mélodique des Raveonettes est toujours convenable et quelques chansons atteignent la cible. Je pense aux surf rock synthétiques EXCUSES et Junko Ozawa, la ballade à tempo moyen titrée Where Are Your Wild Horses?, la valse mélancolique A Good Fight et la totalement éthérée Fast Food (magnifique déflagration de guitare en conclusion). J’ai moins aimé l’influence caribéenne, celle-ci évoquée dans Choke On Love; un essai peu concluant à mon humble avis.

Les fanatiques de noise-pop sauront apprécier ce disque, même si pour ma part, je classe cet album dans la catégorie « c’est du pareil au même », mais ça demeure « du pareil au même » bien foutue. Néanmoins, j’aurais préféré une prise de risque plus accrue compte tenu de la liberté octroyée par le projet Rave-Sound-Of-The-Month.

Ma note: 6,5/10

The Raveonettes
2016 Atomized
Beat Dies Records
46 minutes

http://www.theraveonettes.com/

Critique : Cloud Nothings – Life Without A Sound

Au risque de me répéter, je réitère toute l’admiration que j’ai pour Dylan Baldi, le jeune meneur de la formation Cloud Nothings. À un si jeune âge, être en mesure d’écrire d’aussi bons brûlots rock, ça relève de l’exploit. En 2012, j’avais fait la critique d’Attack On Memory; un disque où les références à Nirvana étaient manifestes, mais où l’indéniable talent de Baldi venait compenser ce minuscule impair de jeunesse. En 2014, Cloud Nothings faisait un petit bon en avant avec Here And Nowhere Else. Réalisé par l’omniprésent John Congleton (Kurt Vile, Angel Olsen, St. Vincent, etc.), Baldi amorçait alors une transition entre une pop-punk juste assez accrocheuse et un post-punk à la Wire. Il se fait bien pire comme ascendant, n’est-ce pas? 

Vendredi dernier, paraissait Life Without A Sound, une création rock réalisée cette fois-ci par John Goodmanson, l’homme derrière Misery Is A Butterfly de Blonde Redhead. Ce nouvel album célèbre aussi l’arrivée d’un nouveau guitariste accompagnateur : Chris Brown. La bande, résidente de la ville de Cleveland, Ohio, poursuit sa lente transition vers un post-punk plus sombre aux refrains moins accrocheurs. Bref, le jeune Baldi fait un pas de plus vers la sacro-sainte maturité, mais évite de se perdre dans les méandres pépérisantes d’un rock convenu. Ça brasse autant qu’avant (et même plus), car les guitares empruntent par moments à une certaine esthétique « shoegazienne ». La conclusive Realize My Fate est éloquente en ce sens et, combinée aux hurlements bien sentis de Baldi, j’ai eu l’impression que c’est cette direction musicale que devrait dorénavant arpenter Cloud Nothings.

Pourquoi? Parce que Life Without A Sound n’est pas tout à fait assumé. Autant, j’ai été séduit par l’explosivité des guitares, remémorant parfois le meilleur de Trail Of Dead, autant l’inclinaison accrocheuse des chansons de Baldi s’amenuise, comme si les deux forces de Cloud Nothings n’étaient pas encore tout à fait bien malaxées.

Cela dit, c’est loin, même très loin d’être mauvais. Baldi est encore en mesure de nous balancer des riffs qui tuent et quelques refrains matraques. Le fragment guitaristique en introduction de Things Are Right With You atteint la cible, la mélodie qui conclut Enter Entirely est un grand cru et le refrain dans Modern Act fait office de ver d’oreille. L’influence de Cobain est encore bien sûr présente, entre autres dans Strange Year, mais j’ai senti que le virage créatif amorcé sur Here And Nowhere Else s’accentue vers quelque chose de moins mélodique, de plus costaud et de plus complexe.

Est-ce que Baldi pourrait encore plus s’éclater en mode solo? Probablement. Néanmoins, je demeure convaincu que Cloud Nothings n’a pas encore tout dit et n’a surtout pas conçu son « grand disque ». La prochaine galette fera foi de tout. D’ici là, ne boudez pas votre plaisir. Simplement pour constater encore une fois l’immense talent qui habite Baldi, Life Without A Sound vaut la peine d’être entendu.

Ma note: 7/10

Cloud Nothings
Life Without A Sound
Carpark Records
37 minutes

http://www.cloudnothings.com/