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Critique : Iglooghost – Neō Wax Bloom

Pour plusieurs personnes, l’âge de 20 ans n’est peut-être pas le plus productif. C’est surtout le moment où on essaye un peu de vivre nos jeunesses avant de devoir assumer qu’on est en fait rendu des adultes, censés être responsables. C’est l’âge où l’on commence aussi à délaisser un peu notre imaginaire devant le monde concret dans lequel on est plongés. Personnellement, à 22 ans, je suis loin d’être la banane la plus mûre du paquet, mais j’ai au moins la fausse maturité de m’en rendre compte.

Seamus Galliagh, lui, a 20 ans. Il officie depuis déjà deux ans comme DJ sous le nom d’Iglooghost et est aujourd’hui signé chez Brainfeeder, la mythique maison de disque de Flying Lotus. Inspiré par la grime, le UK garage et le dubstep, le jeune producteur irlandais révèle avec son premier album en carrière des compositions complexes et une liberté totale.

C’est que les trois étiquettes musicales que je viens de vous lancer un peu au hasard ne suffisent même pas à donner un simple aperçu de la production d’Iglooghost. Le beatmaker se fout des frontières de styles et de genres : des trames de saxophone free-jazz côtoient une IDM survoltée, alors que du chant rappé vient s’intégrer au math-garage futuriste de l’ensemble. Le résultat est percutant tant il est inventif et recherché. La musique, rapide à souhait, tournoie sans cesse du haut de ses 150-160 bpms récurrents.

Et ce n’est pas tout : oui, l’album est particulièrement intéressant de par sa complexité rythmique et le nombre d’erreurs étonnamment peu élevé vu la quantité de couches sonores empilées par Galliagh, mais il se démarque également par le côté très conceptuel de sa présentation. C’est que depuis le début de sa jeune carrière, le DJ a su construire un univers complexe autour de chacune de ses sorties, alliant ses propres créations à certaines légendes orientales. Dès lors, sont nés des personnages comme le Xiāngjiāo ou le moine Yomi, que l’on peut voir sur la pochette de l’album. Les pièces d’Iglooghost racontent leur histoire au fil des parutions, alors qu’ils se rencontrent sporadiquement pour le meilleur et pour le pire. Et plus spécifiquement, quelle est l’histoire derrière Neō Wax Bloom? L’arrivée d’une paire de globes oculaires géante dans le monde de Mamu, où vivent les personnages, vient chambouler l’ordre naturel des choses, et c’est à Yomi et son ami Lummo que revient la tâche de défendre leur univers, même face à Uso, l’insecte-voleur déguisé. L’histoire est décalée, mais intéressante même si on ne la comprend qu’à demi-mot vu le chant trouble de Galliagh.

Terminons avec un exemple de l’interrelation entre ces histoires et la musique en soi. Sur White Gum, premier simple de l’album, Yomi et Uso s’affronte en combat. La musique devient encore plus intense qu’à l’habitude, et une joute rappée vient illustrer la joute physique qui se déroule entre les personnages. Un procédé subtil, mais efficace, comme tout ce que fait Iglooghost depuis le début de sa carrière. Neō Wax Bloom ne fait donc pas exception, se déclinant comme un album intelligent, mais surtout comme une belle expression de créativité et de talent pure.

Ma note: 8,5/10

Neō Wax Bloom
Iglooghost
Brainfeeder
42 minutes

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