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Critique : San Cisco – The Water

« Eille, va écouter San Cisco, la drummeuse est vraiment belle ». C’est comme ça que j’ai découvert San Cisco au début de 2013. Le morceau proposé avec suggestion était Awkward, accrocheur premier succès du groupe, paru en 2012 sur son album homonyme.

J’ai écouté à quelques reprises la pop de San Cisco durant les années suivantes, revisitant le matériel du premier album, mais sans jamais ressentir la fraîcheur qu’avait Awkward avec sa structure simple et efficace et son habile jeu de questions-réponses entre Jordi Davieson et Scarlett Stevens (la « drummeuse » en question). Leur accent australien rendait la ritournelle tout à fait irrésistible lorsqu’ils prononçaient : « I left a message last night, you haven’t called back, I’ve been calling you for days. » Bref, c’était cute San Cisco, mais pas assez pour rendre l’album si intéressant.

Et c’est probablement explicable par le manque d’expérience du quatuor qui a lancé son premier album avant que la majorité de ses membres atteignent l’âge de 20 ans.

Il y a eu ensuite Gracetown qui en quelque sorte amorçait la mutation de San Cisco vers un son plus organique, décomplexé.

C’est pour ça justement que ce The Water est nettement plus convaincant. Sa direction est aussi beaucoup plus cohérente, le groupe misant sur de langoureux grooves, le soul de la voix de Davieson qui challenge même par moments son Justin Timberlake intérieur (The Distance, SloMo).

Cette intention pour la mélodie contagieuse et les chaudes rythmiques est d’emblée affirmée avec Kids Are Cool, une habile fresque pop qui pige dans le funk, le soul, et la pop synthétique moderne. Voilà un titre qui annonce que San Cisco a gagné en maturité. C’est réussi pour la première impression. Et ça se poursuit sur Sunrise : les nombreuses couches de guitares, de synthé et de voix témoignent d’une plus grande recherche dans l’exercice de composition et d’une meilleure maîtrise dans l’exécution. C’est donc, pour ma part, un grand pas en avant pour San Cisco.

La pièce-titre, The Water, est un succès estival garanti avec ses claviers accrocheurs et son inoubliable mélodie. Pour vrai, c’est sexé au point d’en être invitant à passer au salon. Seul bémol, on a décidé de la « fader out » à la barre des 3 minutes 30. J’en aurais pris une minute de plus. Pas grave, je réécoute. La pièce qui clôt l’exercice, Make Me Electrify est également un brûlot d’électro ancré dans le groove sensuel, d’ailleurs, si à ce titre vous avez déjà migré vers le salon, vous serez sans doute tenté par des activités pour adultes consentants.

Pour vrai, j’entends ici des moments qui ne feraient pas rougir Trans Am, dans leurs années plus dansantes, ou même la défunte formation canadienne Shout Out Out Out Out. Mais ces deux groupes n’auront jamais atteint le swag brut de Davieson au chant. C’est chaud!

Oui, il y a beaucoup de claviers, mais San Cisco utilise encore aussi les guitares sur plusieurs morceaux, mais toujours dans le but de nous faire bouger le popotin. Elles sont, au même titre que les claviers, un habile support à l’épaisse ligne rythmique. The Water sera un succès, car c’est un album affirmé, cohérent et bien ficelé. Pis oui, la drummeuse est cute.

Ma note: 7,5/10

San Cisco
The Water
Island City Records
36 minutes

https://www.sancisco.com/