Sampha Archives - Le Canal Auditif

Critique : Drake – More Life

Drake est de retour. Il a fait paraître avec 24 h d’avis, la liste de lecture More Life. Bon, entendons-nous, c’est une autre façon de dire mixtape qui, dans le cas de Drake, ressemblent étrangement à des albums en bonne et due forme. Il faut dire que la grande différence sur More Life est la place prépondérante laissée à d’autres artistes. Cependant, c’est dans ces sorties en quelque sorte hors série que Drake brille. Alors que Views était faible, décevant et faible à plusieurs points de vue, son mixtape précédent If You’re Reading This It’s Too Late était une brillante œuvre sur laquelle on trouvait certaines de ses compositions les plus audacieuses en carrière. Si la force mélodieuse de Take Care et Nothing Was the Same était absente, Aubrey Graham compensait avec la force de son débit vocal nuancé et tissé avec finesse.

More Life est certainement un grand pas en avant sur Views. Il faut dire, il aurait été difficile de faire pire. Lorsque Drake parle de liste de lecture, peut-être veut-il expliquer le peu de suite entre les pièces. Cependant, ce n’est ni dérangeant ni déplaisant. Généralement parlant, More Life nous offre de solides chansons qui s’aventurent beaucoup dans le R&B et les mélodies musicales accrocheuses. Son grand défaut est sa longueur, 82 minutes. La durée ne devrait pas avoir d’importance, mais dans l’ensemble les pièces ne sont pas suffisamment marquantes pour nous faire oublier le temps qui file.

Commençons avec les pièces marquantes de More Life. Dès les premières secondes, Free Smoke se révèle comme une solide proposition de Drake. Il nous revient avec une prose bien tissée et un rap efficace, mélodieux comme lui seul est capable. Deux morceaux font explicitement référence à sa relation avec son ex, Rihanna. Sans amertume, Drake chante la difficulté de conserver une relation dans le contexte des tournées mondiales incessantes.

« Listen
Hard at buildin’ trust from a distance
I think we should rule out commitment for now
‘Cause we’re fallin’ apart
Leavin’
You’re just doing that to get even
Don’t pick up the pieces, just leave it for now
They keep fallin’ apart »
— Passion Fruit

Il récidive sur Get It Together qui entre dans la même catégorie alors qu’Aubrey Graham plonge un peu plus profondément dans la problématique :

« Give me a kiss goodnight
Over the phone
When you’re working late
When you’re out of town
Tell me how much you need this
‘Cause we deserve it
We can be together, but »
— Get It Together

Le côté liste de lecture vient aussi de la grande place laissée à d’autres artistes sur More Life. Skepta fait à lui seul une très efficace Interlude. 4422 met en vedette la jeune sensation Sampha qui encore une fois est étincelant. Par contre, sur Glow, Kanye West se pointe le bout du nez, mais n’offre pas le meilleur de lui-même. Sur Portland, c’est Quavo et Travis Scott qui font leur tour sur une trame avec un échantillon de flûte absolument intoxicant. C’est très réussi. Côté production, Drake fait appel à plusieurs créateurs talentueux et bien sûr, à son habitude, Noah « 40 » Shebib signe quelques morceaux.

Dans l’ensemble c’est un bon album, ou liste de lecture, appelez ça comme vous le voulez, de la part de Drake. C’est rassurant après l’oubliable Views. Aubrey Graham prouve qu’il est loin d’être dépassé. Un peu trop long certes. Mais les pièces sont solides et quelques-unes d’entre elles sont carrément mémorables.

Ma note: 7 / 10

Drake
More Life
Cash Money Records
82 minutes

http://drakeofficial.com/

Critique : Sampha – Process

Après nous avoir fait danser en prêtant sa voix aux albums du DJ/producteur britannique SBTRK, le chanteur et producteur Sampha lance son premier album, Process. Attendu avec impatience, le chanteur nous propose de la soul aux accents électronique. L’album par excellence d’électro intimiste de l’année, jusqu’à présent.

La qualité la plus marquante de ce premier effort c’est la voix de Sampha. Non pas sa puissance, mais plutôt sa facilité déconcertante à nous transporter par sa vulnérabilité. C’est à partir de cette vulnérabilité que tout l’album est conçu. C’est l’anxiété du chanteur qui transparait à la première écoute, il est constamment à fleur de peau. Certains y verront peut-être une tendance mélodramatique. Personnellement, il me fait penser aux meilleures chansons pop des années 80, notamment à la pop baroque de Kate Bush. Un des meilleurs exemples de cette influence du kitsch des années 80 est Timmy’s Prayer dans laquelle la cornemuse apparaît à certains moments. Je ne pensais jamais être ému par un son de cornemuse… encore moins dans un morceau pop, mais étonnamment, ça fonctionne parfaitement.

Ce qui ressort après la voix c’est l’omniprésence du piano. Autant dans l’ambiance instrumentale que dans les paroles, les touches blanches et noires sont les outils, ou les confidents, favoris du chanteur. Quand ce n’est pas le piano droit, (No One Knows Me) Like The Piano ou Me Inside, ce sont les synthétiseurs qui sont à l’honneur dans Incomplete Kisses et What Shouldn’t I Be ? . Bien que le piano soit inévitable, des percussions dynamiques font partie intégrante de Process. La dansante et inquiétante Blood on Me rappelle d’ailleurs l’atmosphère des albums de SBTRK. Parfois en une seule pièce on passe de la danse à une musique dépouillée pour laisser place à l’intimité. Des va-et-vient qui évitent à l’album la redondance.

J’anticipe déjà la liste de fin d’année de Pitchfork, Sampha ne sera pas loin du top 10 si l’on se fit au retour en force du R’n’B des années 80 l’année dernière. Malgré que cette galette est attendue avec impatience par une myriade de magazines post-hipster du web, donnez-lui une écoute. Outre les sonorités du moment, il se trouve dans ce premier effort solo de Sampha dix mélodies chantées avec véracité qui dépasseront aisément les modes. Du moins, je suis certain que j’écouterai encore (No One Knows Me) Like The Piano longtemps après la publication de cette chronique.

Ma note: 8,5/10

Sampha
Process
Young Turks
41 minutes

http://sampha.com/