Sampha Archives - Le Canal Auditif

Osheaga 2017 : Première journée

La messe des mélomanes, qui favorisent l’indépendant et la pop, était de retour une fois de plus au Parc Jean-Drapeau. Petit changement cette année, les activités étaient déplacées sur l’île Notre-Dame en raison des travaux sur l’île Ste-Hélène. Gare aux festivaliers : mieux vaut arriver tôt parce que tous les chemins mènent à Rome… mais certains sont plus longs que d’autres.

On n’est pas fait en chocolat, mais…

Dès le début des festivités, Mère Nature a fait savoir sa présence. Le pauvre Andy Shauf n’a eu que le temps de jouer trois petites ritournelles avant que les orages prennent le dessus et renvoie tout le monde se réfugier sous des tentes ou encore… dans la section VIP. Cela a pris un peu plus d’une heure pour que les spectacles reprennent. Bon… Cela a permis d’oublier que De La Soul ne s’était tout simplement pas présenté. Badbadnotgood a repris, mais quelques instants à peine après le début, les festivaliers ont pris une douche de plus. Après quelques mesures de précautions qui se résument à quelques sacs de plastique pour entourer le clavier et les moniteurs, la bande torontoise a repris du service. Cependant, gêné par l’équipement moins accessible, nous avons surtout eu droit à des reprises du thème de Mission Impossible et Seven Nation Army des White Stripes. Pas exactement ce qu’on veut entendre du groupe jazz aux rythmes hip-hop.

Cette mauvaise température a sévi toute la soirée et n’aidera en rien les billets invendus pour la journée de vendredi et les suivantes. En fait, voilà bien une édition particulière, où le guichet n’affiche pas complet.

À la lumière du jour, le vrai stock

Les deux performances les plus intéressantes ont été livrées par Sampha et Car Seat Headrest qui jouaient l’un à la suite de l’autre sur des scènes qui se font face. Deux artistes très différents qui ont chacun relevé le défi.

L’artiste anglais Sampha, dont l’album Process est en nomination pour le prix Mercury, a offert une solide performance où il a prouvé ses qualités de chanteur et de musicien. Parfois jouant du piano, en chantant d’une voix aussi émouvante que puissante, il a prouvé qu’il est dans une classe à part. La touchante (No One Knows Me) Like the Piano Instro et la puissante Plastic 100 °C étaient des moments forts de sa performance. Étonnamment, son tube à succès Blood On Me n’avait pas le même dynamisme qu’en album. Sampha devait chanter très haut pour toucher la note et cela réduisait sa puissance. Bon, on jase là… c’était vraiment très bon.

Puis, Car Seat Headrest, alias Will Toledo et sa bande, a pris la scène. Sans ordre de chansons prédéfini, ils nous ont balancé plusieurs pièces de Teens of Denials. Fill In the Blank, Destroyed By Hippie Powers et Vincent ont toutes frappées dans le mile. C’est avec l’excellente Drunk Drivers/Killer Whales qu’il nous a achevés. Une performance puissante et sans prétention qui montrait un grand sens de la musique. Toledo a choisi ses chansons les unes après les autres en faisant fi d’une préparation coulée dans le béton. En fait, cela a demandé à tout le groupe beaucoup plus de contrôle et d’audace. Chapeau.

Et si je pleure dans la pluie

MGMT a offert un concert très satisfaisant où ils faisaient surtout référence à l’album qui les a fait connaître : Oracular Spectacular. Time to Pretend et Electric Feel ont mené cette charge directe vers les spectateurs qui ont apprécié malgré les conditions météorologiques précieuses. En bonne forme, le groupe a satisfait les mélomanes.

Avant la fin de leur prestation, je me suis dirigé vers la scène des arbres pour voir Hamilton Leithauser. Le chanteur du groupe The Walkmen a offert plusieurs chansons, dont A 1 000 Times tirée de son album avec Rostam. Une performance correcte, mais qui manquait un peu de punch. Au point où certaines jeunes demoiselles devant moi préféraient se filmer au concert plutôt que d’écouter Leithauser livrer ses chansons. Et elles n’étaient pas seules. Est-ce que j’ai tweeté pendant ce temps?

Justice a dû aussi vivre avec le mauvais temps, mais cela ne les a pas empêchés de faire danser la foule nombreuse qui s’était amassée devant eux. Derrière leurs machines et claviers, le duo a fait shaker du popotin à Montréal. Leur mise en scène sobre, mais efficace était parfaite pour accompagner les chansons entraînantes de la formation française.

Finalement, c’est Lorde qui est venu clore la soirée. Celle qui récolte les fleurs depuis la sortie de Melodrama a assuré telle une championne devant la foule gigantesque massée à ses pieds. Enchaînant les tubes de son plus récent, dont Homemade Dynamite avec Tove Lo (en personne et qui jouait aussi vendred, un peu plus tôt), elle a prouvé sa force. Se trouvent peu de chanteuses pop avec autant de flair artistique et de caractère. Visiblement contente de pouvoir jouer en entier, contrairement à sa performance à Chicago, où le temps a eu raison d’elle. Elle a finalement interprété cette nouvelle chanson en faisant avancer son guitariste plus près de la foule. Une performance tout à fait réussie pour la Néo-Zélandaise.

Bref, malgré le temps mauvais cette première journée d’Osheaga n’était pas si mal. Je vais maintenant aller porter mon linge à la sécheuse si vous le voulez bien.

https://www.osheaga.com/

Les nominations au prix Mercury 2017

Le prestigieux prix Mercury vient de dévoiler sa liste de nominations pour l’édition 2017. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, le prix Mercury est un peu l’équivalent du prix Polaris pour l’Angleterre. Roulement de tambours, les nommées sont :
 
 
 
 

Alt – J – Relaxer
Blossoms – Blossoms
Dinosaur – Together, As One
Ed Sheeran – ÷
Glass Animals – How To Be A Human Being
J Hus – Common Sense
Kate Tempest – Let The Eat Chaos
Loyle Carner – Yesterday’s Gone
Sampha – Process
Stormzy – Gang Signs & Prayer
The Big Moon – Love In The 4th Dimension
The xx – I See You

Le gagnant sera annoncé le 14 septembre prochain lors de la cérémonie de remise du prix.

https://www.mercuryprize.com/

Les 50 meilleurs albums de 2017… à date…

Voici donc ce moment si plaisant de l’année où on vous fait un inventaire des sorties remarquées. Parmi celles-ci, on retrouve que des albums ayant obtenu la note de 8 ou plus. Rien de moins! On vous offre la crème de la crème sur un plateau. Pour vous faciliter la tâche, nous avons regroupé les albums par genre tout en faisant une catégorie spéciale pour nos bons produits locaux, qu’ils soient anglophones ou francophones. Bonne écoute.
 
 

From Québec with love

Peter Peter – Noir éden
Colin Stetson – All This I Do For Glory
Philippe B – La grande nuit vidéo
Kid Koala – Music To Draw To : Satellite
Tim Darcy – Saturday Night
Leif Vollebekk – Twin Solitudes
Mat Vezio – Avant la mort des fleurs cueillies
Samuele – Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent
TOPS – Sugar at the Gate

Hip-Hop / R&B

Run The Jewels – Run The Jewels 3
Loyle Carner – Yesterday’s Gone
Sampha – Process
Thundercat – Drunk
Kendrick Lamar – Damn.
Vince Staples – The Big Fish Theory
Lomepal – Flip
Ho99o9 – United States of Horror
Jay-Z – 4:44

Folk

Mount Eerie – A Crow Looked At Me
Fleet Foxes – Crack-Up

Rock

Nine Inch Nails – The Fragile : Deviations I
Polaroid3 – Rivers
Slowdive – Slowdive
Oxbow – Thin Black Duke
Flotation Toy Warning – The Machine That Made Us
The XX – I See You
Ty Segall – Ty Segall
Foxygen – Hang
The Sadies – Northern Passages
Dirty Projectors – Dirty Projectors
Vagabon – Infinite Worlds
Future Islands – The Far Field
Feist – Pleasure
King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana

POP

Lorde – Melodrama

Punk/Hardcore

Meat Wave – The Incessant
Pissed Jeans – Why Love Now
USA Nails – Shame Spiral
Priests – Nothing Feels Natural

Métal / Post-Rock

Grails – Chalice Hymnal
Pallbearer – Heartless
King Woman – Created in the Image of Suffering

Électronique / expérimental

Clark – Death Peak
Arca – Arca
Xiu Xiu – Forget
Pharmakon – Contact
Tigran Hamasyan – An Ancien Observer
Jlin – Black Origami
Bonobo – Migrations
Com Truise – Iterations

Bonne deuxième moitiée (déjà entamée) de 2017 les mélomanes!

Critique : Drake – More Life

Drake est de retour. Il a fait paraître avec 24 h d’avis, la liste de lecture More Life. Bon, entendons-nous, c’est une autre façon de dire mixtape qui, dans le cas de Drake, ressemblent étrangement à des albums en bonne et due forme. Il faut dire que la grande différence sur More Life est la place prépondérante laissée à d’autres artistes. Cependant, c’est dans ces sorties en quelque sorte hors série que Drake brille. Alors que Views était faible, décevant et faible à plusieurs points de vue, son mixtape précédent If You’re Reading This It’s Too Late était une brillante œuvre sur laquelle on trouvait certaines de ses compositions les plus audacieuses en carrière. Si la force mélodieuse de Take Care et Nothing Was the Same était absente, Aubrey Graham compensait avec la force de son débit vocal nuancé et tissé avec finesse.

More Life est certainement un grand pas en avant sur Views. Il faut dire, il aurait été difficile de faire pire. Lorsque Drake parle de liste de lecture, peut-être veut-il expliquer le peu de suite entre les pièces. Cependant, ce n’est ni dérangeant ni déplaisant. Généralement parlant, More Life nous offre de solides chansons qui s’aventurent beaucoup dans le R&B et les mélodies musicales accrocheuses. Son grand défaut est sa longueur, 82 minutes. La durée ne devrait pas avoir d’importance, mais dans l’ensemble les pièces ne sont pas suffisamment marquantes pour nous faire oublier le temps qui file.

Commençons avec les pièces marquantes de More Life. Dès les premières secondes, Free Smoke se révèle comme une solide proposition de Drake. Il nous revient avec une prose bien tissée et un rap efficace, mélodieux comme lui seul est capable. Deux morceaux font explicitement référence à sa relation avec son ex, Rihanna. Sans amertume, Drake chante la difficulté de conserver une relation dans le contexte des tournées mondiales incessantes.

« Listen
Hard at buildin’ trust from a distance
I think we should rule out commitment for now
‘Cause we’re fallin’ apart
Leavin’
You’re just doing that to get even
Don’t pick up the pieces, just leave it for now
They keep fallin’ apart »
— Passion Fruit

Il récidive sur Get It Together qui entre dans la même catégorie alors qu’Aubrey Graham plonge un peu plus profondément dans la problématique :

« Give me a kiss goodnight
Over the phone
When you’re working late
When you’re out of town
Tell me how much you need this
‘Cause we deserve it
We can be together, but »
— Get It Together

Le côté liste de lecture vient aussi de la grande place laissée à d’autres artistes sur More Life. Skepta fait à lui seul une très efficace Interlude. 4422 met en vedette la jeune sensation Sampha qui encore une fois est étincelant. Par contre, sur Glow, Kanye West se pointe le bout du nez, mais n’offre pas le meilleur de lui-même. Sur Portland, c’est Quavo et Travis Scott qui font leur tour sur une trame avec un échantillon de flûte absolument intoxicant. C’est très réussi. Côté production, Drake fait appel à plusieurs créateurs talentueux et bien sûr, à son habitude, Noah « 40 » Shebib signe quelques morceaux.

Dans l’ensemble c’est un bon album, ou liste de lecture, appelez ça comme vous le voulez, de la part de Drake. C’est rassurant après l’oubliable Views. Aubrey Graham prouve qu’il est loin d’être dépassé. Un peu trop long certes. Mais les pièces sont solides et quelques-unes d’entre elles sont carrément mémorables.

Ma note: 7 / 10

Drake
More Life
Cash Money Records
82 minutes

http://drakeofficial.com/

Critique : Sampha – Process

Après nous avoir fait danser en prêtant sa voix aux albums du DJ/producteur britannique SBTRK, le chanteur et producteur Sampha lance son premier album, Process. Attendu avec impatience, le chanteur nous propose de la soul aux accents électronique. L’album par excellence d’électro intimiste de l’année, jusqu’à présent.

La qualité la plus marquante de ce premier effort c’est la voix de Sampha. Non pas sa puissance, mais plutôt sa facilité déconcertante à nous transporter par sa vulnérabilité. C’est à partir de cette vulnérabilité que tout l’album est conçu. C’est l’anxiété du chanteur qui transparait à la première écoute, il est constamment à fleur de peau. Certains y verront peut-être une tendance mélodramatique. Personnellement, il me fait penser aux meilleures chansons pop des années 80, notamment à la pop baroque de Kate Bush. Un des meilleurs exemples de cette influence du kitsch des années 80 est Timmy’s Prayer dans laquelle la cornemuse apparaît à certains moments. Je ne pensais jamais être ému par un son de cornemuse… encore moins dans un morceau pop, mais étonnamment, ça fonctionne parfaitement.

Ce qui ressort après la voix c’est l’omniprésence du piano. Autant dans l’ambiance instrumentale que dans les paroles, les touches blanches et noires sont les outils, ou les confidents, favoris du chanteur. Quand ce n’est pas le piano droit, (No One Knows Me) Like The Piano ou Me Inside, ce sont les synthétiseurs qui sont à l’honneur dans Incomplete Kisses et What Shouldn’t I Be ? . Bien que le piano soit inévitable, des percussions dynamiques font partie intégrante de Process. La dansante et inquiétante Blood on Me rappelle d’ailleurs l’atmosphère des albums de SBTRK. Parfois en une seule pièce on passe de la danse à une musique dépouillée pour laisser place à l’intimité. Des va-et-vient qui évitent à l’album la redondance.

J’anticipe déjà la liste de fin d’année de Pitchfork, Sampha ne sera pas loin du top 10 si l’on se fit au retour en force du R’n’B des années 80 l’année dernière. Malgré que cette galette est attendue avec impatience par une myriade de magazines post-hipster du web, donnez-lui une écoute. Outre les sonorités du moment, il se trouve dans ce premier effort solo de Sampha dix mélodies chantées avec véracité qui dépasseront aisément les modes. Du moins, je suis certain que j’écouterai encore (No One Knows Me) Like The Piano longtemps après la publication de cette chronique.

Ma note: 8,5/10

Sampha
Process
Young Turks
41 minutes

http://sampha.com/