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Critique : Lee Ranaldo – Electric Trim

Si Thurston Moore, en mode solo, s’applique efficacement à perpétuer la tradition dissonante établie avec son ancien véhicule créatif, son comparse de la bonne vieille époque, Lee Ranaldo, s’éloigne, depuis quelques années, du légendaire son de Sonic Youth. Nettement plus mélodique que Moore, Ranaldo incorpore à sa palette sonore du folk rock, un peu de psychédélisme, de la power pop et au fil des nouvelles parutions, le rock pur et dur s’est fait un peu plus discret.

En 2013, le guitariste avait lancé Last Night on Earth. Il était alors accompagné des Dust. Une formation formée de Steve Shelley (batterie), Alan Licht (guitare) et Tim Luntzel (basse). En 2012, c’est John Agnello (Kurt Vile, Dinosaur Jr, etc.) qui officiait derrière la console pour Between The Times and The Tides. Un album qui se positionne entre le son pop rock de R.E.M. et, bien sûr, celui de Sonic Youth.

Âgé de 61 ans, Ranaldo refuse de se la couler douce. Le voilà de retour avec un nouvel album intitulé Electric Trim. Toujours accompagné des Dust, l’artiste repousse ses propres limites avec une nouvelle direction musicale, évoquant un peu celle d’un de ses potes, Jim O’Rourke. Enregistré à New York et Barcelone sous la férule d’un collaborateur de longue date, Raül « Refree » Fernandez, ce nouvel album salue l’arrivée de rythmes électroniques et d’échantillonnages subtils.

De nombreux invités de marque ont accompagné Ranaldo dans cette aventure : Sharon Van Etten (voix principale dans Last Looks), le génial guitariste Nels Cline (Wilco) ainsi que l’auteur Jonathan Lethemn qui a participé à l’écriture de six chansons de l’album. Et tout ce magma créatif permet à cet Electric Trim de se hisser parmi les meilleures parutions de la carrière solo de Ranaldo. D’une originalité sans équivoque, cette production est en parfait équilibre entre une certaine insouciance rock et la minutie du pop-rock classique.

Passéisme, modernisme, expérimentations et discordances se côtoient, remémorant parfois le summum de Wilco… ce qui n’est pas peut dire. Electric Trim est l’œuvre d’un musicien totalement accompli, en parfaite maîtrise et qui a accepté d’être mis au défi par des créateurs de haut niveau.

Ce disque mériterait un rayonnement accentué, mais je n’y compte pas trop. Pourquoi ? Parce qu’aussi arrogant que cela puisse paraître, ce disque est trop bien composé, écrit et réalisé pour que ça plaise à un vaste public. Aussi simple que ça. Vous pouvez bien sûr me traiter de snobinard musical, ça m’est complètement égal. Je vais même percevoir votre croyance/jugement comme un compliment !

Et ça s’écoute du début à la fin sans aucune interruption. Il y a bien quelques moments addictifs, mais je vous conseille tout simplement de lever le volume et de vous laisser immerger par cette superbe musique, gracieuseté de Lee Ranaldo. Le folk arabisant de Morrican Mountains, le côté beatlesque entendu dans Circular Right as Rain et l’indécrottable influence de Sonic Youth, en mode folk, dans Thrown Over The Wall font partie des magnifiques moments de cet album. Mais le mieux à faire, c’est d’écouter ce disque avec une petite frette bien en main, un samedi après-midi ensoleillé. Ça vous comblera d’un réel bonheur.

Alors, voilà ma surprise de cette rentrée automnale.

Allez les rockeurs au cœur tendre, plongez sans gêne dans ce superbe album de la part d’un vétéran qui s’est surpassé.

Ma note: 8/10

Lee Ranaldo
Electric Trim
Mute Records
55 minutes

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Critique : Ariel Pink – Dedicated To Bobby Jameson

Bobby Jameson est un chanteur pop qui a fait paraître trois disques à la fin des années 60 pour ensuite se retirer de la scène musicale, vivant en reclus pendant plus de trente-cinq ans. L’homme aurait eu de graves problèmes psychologiques et financiers, sombrant dans une consommation d’alcool immodérée. Pendant de nombreuses années, ceux qui l’avaient côtoyé ont cru qu’il était mort alors que le bonhomme soignait son alcoolisme du mieux qu’il pouvait en demeurant chez sa mère. Il est finalement décédé en 2015.

C’est en lisant la biographie de cet artiste tourmenté qu’Ariel Marcus Rosenberg, alias Ariel Pink, a eu l’idée de lui dédier son prochain disque, et ce, sans avoir écrit et composé un seul mot et une seule note. Aucun des textes de ce nouvel album ne fait référence directement à Bobby Jameson, à part la pièce titre. Les thèmes exploités par Pink demeurent donc les mêmes que d’habitude. Les cauchemars surréalistes, les crimes sordides, les romances hollywoodiennes et le narcissisme, si caractéristique de notre époque, se côtoient dans un métissage musical de dream pop, de psychédélisme et de « pop gomme balloune ».

Jusque-là, rien de bien nouveau dans l’univers déjanté du musicien à la différence qu’il propose à ses fans des chansons plus accessibles, plus concises et plus « ramassées ». L’obsession de la pop des années 60 et du rock alternatif des années 80, fusionnées comme lui seul peut le faire, constitue toujours la marque de commerce de Pink. Cependant, il préfère laisser en plan son humour usuel afin de faire place à quelques confessions mélancoliques. Comparativement à l’excellent pom pom, Dedicated To Bobby Jameson est un disque moins cabotin et moins clownesque, ce qui n’est pas sans me déplaire ! C’est aussi un disque plus rock. Ça aussi, ça me plaît !

L’hymne glam-rock Time To Live est la meilleure pièce de l’album même si la mélodie qui enjolive les couplets ressemble à s’y méprendre à Video Killed The Radio Star des Buggles. Feels Like Heaven est une référence à peine voilée à Just Like Heaven des Cure. Les « hooks » de guitares dans la chanson titre font sérieusement penser au jeu de Robbie Krieger dans Light My Fire des Doors. Bubblegum Dream s’approche passablement de ce que peut créer un Ty Segall en format pop et Brian Wilson n’aurait pas renié l’excellente Another Weekend. Petit bémol pour Acting (feat. Dam Funk), mais bon, Pink termine toujours ses albums sur une note un peu bizarre…

Ceux qui aiment Ariel Pink en mode un peu plus « dérangé » pourraient être déçus, mais ce serait faire preuve de mauvaise foi que de ne pas reconnaître le talent de compositeur qui habite ce créateur hors norme. Oui, c’est probablement l’album le plus « majeur et vacciné » de Pink. Et puis ? Ça demeure largement supérieur à ce qu’une vaste majorité d’imposteurs, faussement psychédéliques, nous propose depuis quelques années déjà.

Alors oui, pour une énième fois, c’est encore un excellent disque de la part du quasi quarantenaire. Vous pouvez compter sur ma présence le mardi 31 octobre prochain, alors que ce magnifique fou sera en concert au National. À ne pas manquer.

Ma note: 8/10

Ariel Pink
Dedicated To Bobby Jameson
Mexican Summer
49 minutes

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Critique : The National – Sleep Well Beast

Le dernier album de la formation The National remonte au printemps 2013. Déjà. Trouble Will Find Me était un album correct, mais on pouvait quand même y déceler un embryon d’essoufflement créatif. Sans être un mauvais disque, l’atmosphère un peu trop « confortable » qui gouvernait cette création m’avait laissé sur mon appétit.

La semaine dernière, le quintette était de retour avec une nouvelle parution intitulée Sleep Well Beast. Enregistré principalement dans leur nouveau studio situé à Long Pond dans l’état de New York, incluant quelques sessions à Paris, Los Angeles et Berlin, la rumeur était persistante quant au virage inventif que s’apprêtait à faire le groupe. Ces ouï-dire ont ravivé quelque peu mon intérêt pour The National. Alors, est-ce que la formation préférée de tous ces trentenaires et quarantenaires cultivés/éduqués, mais cruellement désabusés face à l’état de ce monde, reprend vie ?

Oui. Sans aucun doute. The National sort de sa zone de confort en arpentant de nouvelles voies. Les rythmes électroniques minimalistes côtoient de nouvelles ambiances feutrées où les guitares des frangins Dessner servent à bonifier la puissance mélancolique habituelle du groupe. Il y a bien quelques « hooks » normaux, mais les guitares ne jouent plus leurs rôles coutumiers. C’est clairement l’album le plus ambitieux de la carrière de The National.

Pour arriver à ce résultat, le quintette a modifié sa méthode de travail. Les Dessner sont donc devenus les principaux architectes sonores (composition et arrangements) et le chanteur Matt Berninger n’a eu qu’à ajouter sa voix de baryton et ses mots sur cette musique déjà construite. D’ailleurs, au cours des quatre dernières années, les membres du groupe ont pris leur distance les uns des autres afin d’actualiser différents projets musicaux qui traînaient dans leurs tiroirs respectifs… et cette pause leur a fait le plus grand bien.

Bien sûr, la recette demeure sensiblement la même : le jeu de batterie tribal de Bryan Devendorf, les arrangements raffinés, les mélodies et les mots spleenétiques de Berninger, les guitares subtiles et inventives des frères Dessner, tout y est. Mais il y a du nouveau, assez pour garder captifs les adeptes de la première heure et fédérer les novices qui ont embarqué avec High Violet et Trouble Will Find Me.

Avec The National, il faut accepter que le voyage soit mélancolique et sage à la fois. Et parmi les quelques moments qui mettent en lumière le renouveau sonore de la formation, j’ai apprécié l’énergique Day I Die, les chansons magnifiquement désespérées que sont Nobody Else Will Be There et Guilty Party de même que les guitares acérées dans The System Only Dreams In Total Darkness. L’expérience électro « à la Radiohead » intitulée I’ll Still Destroy You, l’incendiaire Turtleneck (référence à peine voilée à l’atmosphère de « guerre civile en gestation » qui semble sévir actuellement chez nos voisins du Sud) ainsi que le penchant gospel entendu dans l’émouvante Carin At The Liquor Store complètent le portrait.

Et où se classera ce Sleep Well Beast dans la discographie de The National ? En deçà de Boxer et Alligator, mais cette production posera fièrement aux côtés de High Violet. Après une vingtaine d’années d’existence au compteur, la parution de ce nouvel album constituait un test d’importance quant à la survie et à la pertinence de la formation. Eh bien, l’examen est réussi. Haut la main.

Ma note: 7,5/10

The National
Sleep Well Beast
4AD
58 minutes

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Mile-Ex End (jour 2) : sous la pluie, en bonne compagnie

Comme un seul homme, malgré la flotte qui s’abattait sur Montréal, j’étais présent afin d’assister à la deuxième journée du festival Mile Ex End qui se déroulait sous le viaduc Van Horne, situé à proximité de la station de métro Rosemont. Malgré les quelques déceptions musicales qui ont ponctué mon parcours lors de la première journée, je m’attendais à d’excellentes prestations de la part de Kid Koala et de Patrick Watson. Mais surtout, j’anticipais avec une ferveur certaine la prestation de Godspeed You ! Black Emperor.

13 h 40. J’arrive sur le site et me dirige tout de go à la scène Mile-End afin de revoir l’excellent Kid Koala… et je recommande fortement son tout dernier album : Music To Draw To : Satellite. L’un des bons disques parus cette année. Cela dit, avec notre koala préféré, on peut s’attendre à tout puisqu’il ne se gêne jamais pour transformer ses prestations en un happening collectif aussi beau que délirant.

Cette fois-ci, Eric San avait positionné ses tables tournantes directement sur le plancher des vaches, en face de la passerelle bétonnée qui sert d’appui au viaduc. On a eu droit à une prestation d’anthologie. Au programme ? Une pinata tapochée allègrement par quelques « vieilles jeunesses ». Une danse collective spiralée magnifiquement commandée par notre koala en chef. Des extraits sonores incluants du White Stripes, du vieux blues sale et du soul millésimé. Puisque nous étions en début d’après-midi, et qu’il y avait quelques enfants sur place, San en a profité pour nous présenter une chanson coécrite avec Lederhosen Lucil; une pièce crée spécifiquement pour l’émission américaine pour enfants Yo Gabba Gabba. Bref, avec pas grand-chose, Kid Koala réinvente ses performances scéniques tout en demeurant totalement pertinent. Un début de journée de feu !

(Crédit photo : Julien Gagnon)

Après une petite heure de pause passablement humide, j’étais de retour à la scène Mile-End pour voir de visu le concert de Suzanne Vega. Pour nos jeunes lecteurs, Suzanne Vega est une artiste américaine qui a été l’une des précurseurs d’un genre musical qui me fait bailler d’ennui : la catégorie « adult alternative ». Grâce à Suzanne Vega, certains d’entre nous ont dû se taper quelques soirées à la chandelle en écoutant du Sarah McLachlan… Même si j’ai vieilli, je suis toujours aussi loin de cette musique qui me donne plutôt envie de consommer de nombreuses tisanes à la camomille.

Malgré tout, je respecte la démarche artistique de l’artiste qui nous proposait une relecture intégrale de son classique Solitude Standing. Eh bien, malgré le côté soporifique de la musique de Suzanne Vega, je dois avouer que cette prestation m’a passablement surpris. Accompagnée par un trio de musiciens expérimentés – un bassiste de génie – elle a comblé les attentes. Coup de chapeau aux excellentes versions d’In The Eye et de Solitude Standing. Bien sûr, elle nous a interprété son grand succès Luka, mais malheureusement, mon cerveau s’est tout de suite réfugié dans la parodie de RBO intitulée Linda. Je fais immédiatement mes excuses aux fans.

(Crédit photo : Julien Gagnon)

À 16 h 30, je transfère à la grande scène Mile Ex pour évaluer la débrouillardise de l’auteur-compositeur-interprète Andy Shauf. Je dis « débrouillardise », car c’est sous une pluie diluvienne que le Canadien a dû présenter son folk de chambre raffiné. Malheureusement, la puck ne roulait pas pour lui. Contraint par cette averse qui transformait dangereusement la scène en une flaque d’eau géante et souffrant lui-même d’un déficit charismatique, Shauf peinait terriblement. La prestation fut même écourtée quelques instants, le temps de « mopper » la scène. Le pauvre jeune homme est revenu pour conclure avec une dernière chanson, mais le mal était fait. Si je tiens à me faire une meilleure idée de la réelle valeur d’Andy Shauf, je devrai aller le voir dans un endroit plus intime.

Quelques instants plus tard, je me retrouvais de nouveau à la scène Mile-End avec la dynamique et sympathique Basia Bulat. L’an dernier, j’avais quand même apprécié l’album Good Advice. Le virage soul-pop « belle et bum » accompli par l’artiste était somme toute réussi; gracieuseté du réalisateur Jim James, maître de cérémonie de la formation My Morning Jacket.

ENFIN, j’ai pu assister à un concert folk-pop dans lequel l’envie de communiquer de manière sincère avec le public est d’une importance capitale. Basia Bulat a du charisme à revendre, se déplace de long en large sur scène et invite l’assistance à participer activement. Techniquement parlant, elle est irréprochable. Assurément, elle est l’une des plus belles voix entendues ce week-end. Même si ce qu’elle propose est consensuel et me laisse un peu de marbre, Bulat a du talent. Une naturelle.

(Crédit photo : Julien Gagnon)

Petite pause-souper et j’étais de retour à la scène Mile-End pour revoir une énième fois Patrick Watson. J’adore Watson en album. Un peu moins en spectacle. Chaque fois que j’ai vu l’artiste en concert, il y a toujours eu un moment ou un autre où je me suis ennuyé terriblement. Cette fois-ci, je souhaitais fortement qu’il confonde le sceptique en moi.

Pour cette prestation spéciale – le musicien réside dans le quartier – Watson a fait appel à une chorale céleste, située sur la passerelle bétonnée, afin de bonifier ses chansons d’une aura spirituelle. Une idée de génie, en ce qui me concerne. La superbe scénographie, singularisée par quelques ampoules géantes, était enrichie par des éclairages simples, mais franchement inventifs.

Musicalement, c’est toujours aussi impeccable. Je serais assez culotté de faire ma fine bouche quand un groupe est formé de trois instrumentistes de feu et une cantatrice de haut niveau. Robbie Kuster, Joe Grass, Simon et Erika Angell sont tout simplement trop forts pour la ligue ! Du début à la fin, Watson et sa bande ont fait fermer le clapet à une très large part du public présent. Et dans le cadre d’un festival qui se veut rassembleur, ce n’est pas une mince tâche. Cela relève même de l’exploit ! Un pouce levé pour les superbes relectures d’Adventures In Your Own Backyard et Drifters. Le meilleur concert de Patrick Watson auquel j’ai assisté.

(Crédit photo : Julien Gagnon)

Finalement, le plat de résistance de la fin de semaine : Godspeed You ! Black Emperor. Oui, les fanatiques finis peuvent me lancer une multitude de tomates, car j’assistais pour la première fois « en carrière » à une prestation de la mythique formation montréalaise. Honni sois-tu, cher Stéphane !

Cela dit, ceux qui les connaissent très bien n’apprendront rien de nouveau à la lecture de ce compte-rendu et les néophytes auront beaucoup de difficulté à bien saisir le phénomène GY!BE en lisant ce texte. Assister à un concert de la formation, ça se vit et ça se ressent. Ça ne s’intellectualise surtout pas.

Trois œuvres (car c’est bien de ça dont il s’agit) ont été catapultées à cette assistance qui n’en croyaient pas leurs oreilles : Undoing A Luciferian Towers, Moya et BBF3, si je ne m’abuse. Tout au long du concert, j’avais l’impression que tout le quadrilatère qui abritait le Mile Ex End était submergé par l’intensité sonore du post-rock orchestral de Godspeed ! Évidemment, une large partie de l’assistance quittait les lieux, se demandant bien ce qui se passait sur scène… surtout après avoir entendu de la chanson assez conventionnelle pendant deux jours.

Comment ce groupe peut-il être en mesure de bâtir des crescendos aussi évocateurs, aussi puissants ? Comment ce groupe peut-il atteindre un niveau aussi précis de « silences chirurgicaux » lors des moments introductifs ? Je ne trouve tout simplement pas les mots pour décrire convenablement « l’expérience » vécue. Un immense groupe. Un spectacle mémorable. L’un des 5 meilleurs concerts auxquels j’ai assisté dans ma longue vie de mélomane.

Bref, un week-end assez convenable pour cette première édition du Mile Ex End. Maintenant, il s’agit pour le collectif Mishmash de préciser ses objectifs. Si le Mile Ex End est destiné à être un sympathique festival de quartier, rameutant les Montréalais qui, la fin de semaine de la fête du Travail, n’ont pas quitté pour le chalet ou encore pour le FME, ils devront tout simplement apporter de minuscules modifications à la programmation afin d’y incorporer des artistes un peu plus dynamiques.

Si l’objectif est de jouer dans les ligues majeures, il y aura alors beaucoup de travail à faire. En ce qui concerne la programmation, un deux ou deux gros joueurs musicaux de calibre international, seront plus que nécessaires. Et il faudra offrir aux festivaliers une expérience fertilisée par un apport visuel plus intéressant que les quelconques dinosaures soufflés, plantés près de la scène principale.

Donnons la chance au coureur. Le Mile Ex End est un événement prometteur qui mise sur le décor urbain/industriel du viaduc Van Horne et de ses alentours. Aux organisateurs d’améliorer l’ensemble de l’œuvre. Somme toute, une bonne première édition.

http://mileexend.com/fr

Mile Ex End (jour 1) : il y avait le soleil…

Parmi l’abondante offre festivalière, un nouveau joueur pointait officiellement le bout de son nez ce week-end : le Mile Ex End. Présentée sous le viaduc Van Horne par le collectif Mishmash, la programmation de cette première édition met en vedette les City And Colour, Cat Power, Suzanne Vega, Patrick Watson, Godspeed You ! Black Emperor, pour ne nommer que ceux-là. En ce long week-end de la fête du Travail, j’effectuais donc un retour au jeu quant à la couverture de festivals. Comme d’habitude, il a fallu faire des choix, et peut-être aurais-je dû remettre en question certaines de mes sélections ?

J’ai donc commencé mon périple musical, Labatt 50 bien en main (seule marque de bière offerte au festival, pas grave, ça désaltère !), avec la suave Maude Audet qui cassait quelques nouvelles chansons à la scène Van Horne. Son nouvel album sera lancé le 29 septembre prochain et ça s’intitule Comme une odeur de déclin. Et c’est Ariane Moffatt qui a réalisé cette création… et les quelques pièces interprétées hier m’ont amplement rassasiée pour que j’aie envie de prêter l’oreille à ce disque à venir.

Déjà balisée par l’ascendant de feu Ève Cournoyer, la musique de Maude Audet prend de l’expansion et brasse un peu plus la cage, à la manière de PJ Harvey. Accompagnée par un excellent guitariste, arborant fièrement un chandail de Black Sabbath – et dont j’ai malheureusement oublié le nom – et d’Émilie Proulx à la basse, la formule « batterie, guitares, basse, voix » sied à merveille à l’artiste. S’agit maintenant que Maude prenne un peu plus d’assurance sur scène. Ainsi, le public pourrait bien embarquer dans l’univers aussi rock que feutré de la dame. Bon show !

Par la suite, j’ai déménagé mes pénates à la scène Mile-End, située sous le viaduc Van Horne, pour assister au concert de la formation Adam Strangler. Si le premier album du groupe, Ideas Of Order, m’avait séduit, grâce à ce mélange de new-wave, de post-punk et de rock psychédélique, sur scène, on retrouve sensiblement intact le son du groupe. Musicalement, c’est impeccable. Vraiment.

Là où le bât blesse, c’est le déficit charismatique qui habite le meneur du quatuor, Philippe Lavoie. Dans ce genre musical, il faut offrir des prestations « canon » pour captiver le public. Malheureusement, ça manquait parfois un peu de détermination… Cela dit, à la décharge du groupe, la sonorisation était quelque peu déficiente tout au long du concert. Si Adam Strangler peut réussir à resserrer ses prestations scéniques, ce petit groupe pourrait nous épater dans un avenir rapproché.

(Crédit photo : Julien Gagnon)

Petite pause rafraîchissement avant la prestation de Tire Le Coyote. Malgré ma réputation de vieux punk rockeur qui me suit depuis toujours, je suis un bon consommateur de folk et de country rock. J’allais être bien servi par Tire Le Coyote.

Eh bien, la bande menée par Benoît Pinette, n’a rien à envier sur scène aux meilleures pointures internationales de ce genre musical. Les deux guitaristes, Simon Pedneault et Shampooing, encrassent le son d’ensemble de belle façon. La recette gagnante, pour que la réussite d’un concert de folk rock soit retentissante, est respectée à la lettre : de l’authenticité mur à mur, une charge émotive sans équivoque et une interprétation juste assez « croche ». Bref, Tire Le Coyote, c’est tout bon.

À 16 h 30, je rejoins de nouveau la scène Van Horne. Et c’est le duo « grunge rock alterno à la Veruca Salt » nommé Partner qui avait l’honneur d’arpenter les planches. Malheureusement, une médiocre sonorisation m’a empêché d’apprécier à sa juste valeur le pop-rock abrasif et bon enfant de la formation. Le tandem a besoin d’une sonorisation explosive pour séduire le public, car même si l’interprétation frisait souvent l’amateurisme, les chansons, elles, tenaient solidement la route. On y entend le meilleur du rock alternatif des années 90. Un peu de Pavement par ci, du Breeders par là, du Weezer vieille époque, des mélodies pop accrocheuses, etc. La paire formée de Josée Caron et Lucy Niles, a du talent, pas de doute là-dessus. S’agit maintenant d’aligner les concerts afin de « professionnaliser » l’ensemble… mais pas trop quand même. La spontanéité est toujours le bienvenu. Un pouce bien levé à l’une des deux meneuses qui a remercié le festival pour la bière et le whisky. Rock on !

Après avoir englouti l’excellent poulet frit de Landry & Filles (oui, c’est une plogue !), je suis retourné à la scène Van Horne pour observer de plus près la formation indie-pop-rock Foreign Diplomats. Cette musique n’est pas ma tasse de thé, tant s’en faut, mais je dois admettre que le chanteur du groupe, Élie Raymond, est un excellent « amuseur public », doublé d’une voix puissante et précise. Même si je crois que le son proposé par le quintette aurait eu un plus grand impact s’il avait été conçu au milieu des années 2000, en concert, Foreign Diplomats livre définitivement la marchandise. Et c’est tout ce qui compte !

(Crédit photo : Julien Gagnon)

L’une des artistes phares du festival, Chan Marshall, alias Cat Power, se produisait à 20 h à la scène Mile-End. Est-ce que la mélancolie emblématique de Cat Power allait envoûter l’assistance ? Est-ce que Chan Marshall allait se montrer sur un jour plus lumineux qu’à l’habitude ? Malheureusement non. On a eu droit à du Cat Power minimaliste, dans son plus simple appareil. Un piano, une guitare électrique, un amplificateur, et l’artiste, somme toute, bien en voix.

J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les musiciens qui s’aventurent seuls sur scène. Chan Marshall est courageuse et intègre, mais elle souffre (c’est le cas de le dire !) elle aussi, d’un déficit charismatique. Sans cet indicible talent, impossible de s’en sortir indemne, surtout dans le cadre d’une prestation en plein air destinée à un public pas mal plus enclin à festoyer qu’à écouter attentivement les complaintes d’une chanteuse troublée.

Tout semble déranger la dame. Du subtil feedback de sa guitare, au son de sa voix manifestement pas à son goût ou mal équilibrée dans ses moniteurs, Chan Marshall semblait crispée. Après quelques chansons en format guitare électrique/voix, la dame s’est installée au piano, suivant machinalement la même rythmique et la même vitesse que son jeu de guitare. Et de minute en minute, la clameur s’est élevée, irrespectueuse bien sûr, laissant Cat Power dans son monde, seule sur scène. Aussi triste que déstabilisant.

Après cette prestation assommante, j’ai quitté les lieux… puisque la musique de City And Colour et moi ne faisons vraiment pas bon ménage. J’ai préféré m’abstenir. Pour mon bien-être personnel ainsi que celui de nos lecteurs…

De retour, aujourd’hui sous la flotte, avec Kid Koala, Suzanne Vega, Andy Shauf, Basia Bulat, Patrick Watson et… Godspeed You ! Black Emperor.

Mon compte-rendu demain !

http://mileexend.com/fr