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Critique : Barry Paquin Roberge – Voyage Massage

Le trio Barry Paquin Roberge ne fait pas dans la comptabilité. Quoiqu’ils aient accumulé en communs un nombre incalculable de minutes sur la route. Si ce n’est pas un cabinet de notaires, qui sont-ils? Étienne Barry (Les Deuxluxes), Sébastien Paquin (ex-Buddy McNeil & The Magic Mirrors) et Alexis Roberge (Les Marinellis, ex-Buddy McNeil & The Magic Mirrors) se sont rencontrés dans les derniers temps de Buddy McNeil & The Magic Mirrors. C’est à ce moment que la complicité musicale s’est installée. Puis, tout le monde est parti de son bord faire ses projets. Nous voilà en 2017, et le trio réapparaît. Et c’est bien comme ça!

Voyage Massage est un premier album intéressant pour la bande. C’est mélodieux, c’est rock et autour du projet flotte une auréole de folie assez délicieuse. On y retrouve des compositions qui s’inspirent du rock des années 70 tout en injectant assez d’éléments contemporains pour ne pas sonner comme une relique. On y sent quelques petites sonorités à la Mac DeMarco, quelques grooves plus près de Rolling Stones, bref le mariage du passé avec des styles contemporains. Le trio a trouvé le juste équilibre et l’ensemble ravit les oreilles dès les premières écoutes.

Pawnshop Bargain ouvre Voyage Massage sur des guitares claires, un refrain tout à fait accrocheur et irrévérencieux… parce qu’on s’entend que quand on qualifie l’amour de quelqu’un d’aubaine dans un pawnshop… mettons qu’on n’est pas dans la grande classe. Le côté fédérateur de Barry Paquin Roberge ne fatigue jamais l’oreille parce que tout est composé avec finesse. La groovy Hug or Kiss est un très bon exemple. Le trio assume un certain côté kitsch comme peut le faire Gab Paquet et ça marche.

Est-ce que c’est un album parfait? Non plus. Tout d’abord, c’est le fun pour les oreilles, mais ça dure un maigre 28 minutes. On aurait pris une pièce ou deux de plus. On sent aussi que Barry Paquin Roberge est encore à l’étape des essais. Ça se ressent sur Voyage Massage. On a parfois l’impression que le groupe se lance dans plusieurs directions à la fois. D’une chanson à l’autre, l’univers de composition change beaucoup.

Par contre, dans l’ensemble, ce n’est pas ce qui frappe le plus. C’est le plaisir incroyable qui se dégage de l’album. Voyage Massage est le genre d’album qui donne envie de se dandiner tout seul dans son salon ou encore d’aller prendre une grande marche au soleil avec un sourire étampé en permanence dans le visage.

Ma Note: 7/10

Barry Paquin Roberge
Voyage Massage
Costumes Records
28 minutes

https://barrypaquinroberge.bandcamp.com/

Critique : Robyn Hitchcock – Robyn Hitchcock

Assez anonyme de ce côté-ci de la grande flaque, l’auteur-compositeur-interprète britannique âgé de 64 ans, Robyn Hitchcock, faisait paraître la semaine dernière un énième album en carrière : l’homonyme Robyn Hitchcock. Le multi-instrumentiste influencé par les mythiques John Lennon et Syd Barrett est connu en Amérique pour son mini succès, Madonna of the Wasps, sur lequel l’excellent Peter Buck (guitariste de R.E.M) y va de ses meilleures accroches arpégées. Autant à la fin des années 70 avec The Soft Boys qu’avec ses acolytes The Egyptians, Hitchcock a toujours proposé des disques aux accents pop psychédéliques de qualité. Le bonhomme est un maître mélodiste, pas de doute là-dessus.

Trois années se sont écoulées depuis la parution de The Man Upstairs et durant ce laps de temps, Hitchcock s’est installé à Nashville afin de s’immerger dans « l’American Songbook ». Bien entendu, cette immersion vient quelque peu influencer le son d’ensemble de ce nouvel album, mais ceux qui connaissent Hitchcock ne seront pas dépaysés. On retrouve intact tout le talent mélodique de l’artiste qui est ici bonifié par un pop-rock assez abrasif. Pour tout dire, c’est un excellent disque de la part du vétéran.

Et l’excellence de cette création n’est pas étrangère à la réalisation de Brendan Benson, la tendre moitié de Jack White au sein des Raconteurs. De plus, le père Hitchcock est appuyé par les voix de Gillian Welch (grande « country girl » devant l’éternel) et de Grant Lee-Phillips (ex-meneur de Grant Lee Buffalo). Le guitariste Pat Sansone (Wilco) vient également prêter main-forte au Britannique sur quelques pièces. Entouré d’autant de talent, Hitchcock ne pouvait rater son coup.

À cet âge, on ne peut exiger d’Hitchcock de se réinventer complètement, mais le côté « droit au but », la qualité des chansons et la voix limpide du chanteur font de cette production une réussite. Parmi les joyaux ? La très Johnny Cash intitulée I Pray When I’m Drunk, les guitares, à la The Byrds, évoquées dans Mad Shelley’s Letterbox, le petit penchant « Gram Parsons » et les superbes harmonies célestes dans 1970 in Aspics ainsi que la néo-psychédélique aux accents beatlesques titrée Autumn Sunglasses… et c’est bon du début à la fin.

Le doyen a atteint les 64 ans bien sonnés. Je vous mets donc au défi de dénicher des vétérans compositeurs capables d’autant de pertinence qui ne s’égarent pas dans des sentiers faussement créatifs. Hitchcock est totalement intègre et a eu la grande intelligence de bien s’entourer, de faire pleinement confiance à ses fréquentations professionnelles. Allez, les jeunots ! Ne serait-ce que pour parfaire vos connaissances musicales, je vous invite à visiter l’univers musical de Robyn Hitchcock. Un artiste qui n’est manifestement pas apprécié à sa juste valeur… du moins ici même en Amérique.

Ma note: 7/10

Robyn Hitchcock
Robyn Hitchcock
Yep Roc Records
35 minutes

http://www.robynhitchcock.com/

Critique : The Black Angels – Death Song

En 2013, la formation rock psyché/space rock, The Black Angels, faisait paraître Indigo Meadows; un disque réalisé à l’époque par John Congleton, celui-là même qui fut derrière une multitude d’albums provenant de l’univers foisonnant de l’indie rock états-unien. Cette création, un peu décevante, proposait un virage consensuel prétendument plus accessible. Alors, bien sûr, j’attendais avec une brique et un fanal l’arrivée de ce Death Song, titre qui fait par ailleurs référence à un classique du Velvet Underground : The Black Angel’s Death Song.

Cette fois-ci, le groupe a remis les manettes de la console de son à Phil Ek (Father John Misty, The Walkmen, etc.). L’extrait Currency laissait poindre les plus beaux espoirs quant à ce nouveau-né des Black Angels. Eh bien, mes chers amis poteux, je vous invite à prêter l’oreille subito presto à ce Death Song, car il se hissera parmi les meilleurs albums du genre à avoir paru cette année.

Menaçant, ténébreux, salopé, à d’autres moments, carrément céleste, ce Death Song retrouve le même mordant qui prévalait sur l’album Passover (un classique de la bande à Alex Maas), mais avec l’aplomb d’un groupe mûr, en parfaite maîtrise. La formation mise sur des arrangements plus recherchés qu’à l’accoutumée et qui demanderont à l’auditeur quelques écoutes avant d’en saisir toute la portée.

Et comme toute bonne production qui se respecte, les chansons sont au rendez-vous. Composé pendant la légendaire campagne électorale américaine mettant aux prises le Donald et la Hillary, le groupe, sans verser dans une revendication politique acerbe, y va de quelques incursions en territoire « social ». Je pense ici à l’excellente Comanche Moon qui, dans son enrobage évoquant à la fois Spiritualized et 13th Floor Elevators (merci Roky Erickson), constitue une allusion franche aux manifestations amérindiennes qui ont eu lieu à Standing Rock dans le Dakota du Nord.

Parmi les réussites qui ont fait vibrer la fibre « narcotique » en moi, je pense à la grandiose et mélancolique Half Believing. Une grande chanson. Point. J’ai aussi adoré la ligne de basse hypnotique qui anime Grab As Much (As You Can), le folk rock martial titré Estimate (qui se termine en toute solennité avec un orgue clérical) ainsi que la conclusive Life Song, une sorte de space-rock beatlesque. Je souligne également le « pacing » totalement réussi de ce Death Song. Trop souvent, on a affaire à des débuts d’albums prometteurs… qui se transmutent en coït interrompu. Pas de ça ici. Finalement, je salue bien bas la réalisation tonitruante qui n’amenuise en rien le penchant décapant de certaines pièces. De la très bonne job !

Death Song est un très très bon album. Une véritable leçon de musique pour tous ces apprentis « psychédéleux » qui nous confectionnent, bon an mal an, une orgie d’albums bourrés d’effets hallucinogènes, mais qui manquent sérieusement de bonnes chansons. Le quintette arrive à combiner les deux avec une maturité qui n’enlève rien à la pertinence.

Ma note: 8/10

The Black Angels
Death Song
Partisan Records
48 minutes

http://theblackangels.com/

Critique : Boss Hog – Brood X

Pour moi, Boss Hog, ça évoque deux choses bien distinctes. En premier lieu, je pense au grassouillet qui sévissait dans l’inutile série The Dukes of Hazzard; une sorte de Donald Trump avec une centaine de livres en trop. Un personnage vil, avare et qui enchaînait cigare par-dessus cigare. Mon genre d’être humain… mais Boss Hog me rappelle aussi à quel point j’ai un profond respect pour cet excellent musicien qu’est Jon Spencer (The Jon Spencer Blues Explosion, Pussy Galore, etc.).

Boss Hog est une formation punk-blues menée par nul autre que Spencer, qui tient un rôle plus effacé, et par son épouse, Christina Martinez, une chanteuse-performeuse comme il s’en fait très peu et qui a influencé des femmes fortes comme Alison Mosshart (The Kills, The Dead Weather) et Teresa Suarez (Le Butcherettes). S’ajoutent à ce duo de feu, le bassiste Jens Jurgensen, la batteuse Hollis Queens et le claviériste Mickey Finn. Boss Hog existe depuis 27 ans, mais n’a que 4 albums à son compteur : Cool Hands (1990), Boss Hog (1995) et le dernier titré Whiteout et paru en 2000.

Au début du mois d’avril, après 17 ans d’absence, le quintette était de retour avec un nouvel album intitulé Brood X. Bien sûr, ç’a complètement passé dans le beurre… et c’est pour cette raison que je vous en parle, car l’amateur de blues rock américain modernisé qui grafigne va adorer ce disque. Boss Hog a déjà brassé la baraque plus que ce que la bande démontre sur cet album. Par contre, ce qui est perdu en furie gagne en subtilité, particulièrement le jeu de guitare toujours aussi inventif de Spencer.

Mais ne vous méprenez pas, ce qui caractérise Boss Hog, c’est d’abord et avant tout l’interprétation sensuelle – je dirais même sulfureuse – de Christina Martinez. En spectacle, la dame avait la réputation d’accoter les prouesses physiques de son fou furieux de mari, jusqu’à enlever quelques fringues.

Même si ça déménage un peu moins, les chansons sont au rendez-vous et c’est tout ce qui compte. Parmi les meilleures, on retrouve l’excellente entrée en matière titrée Billy qui met de l’avant le jeu de basse hypnotique de Jurgensen. Dans Ground Control, le bon vieux Spencer partage le micro avec sa conjointe; c’est l’un des moments jouissifs de cette production. Black Eyes rappelle The Jon Spencer Blues Explosion, mais avec un je-ne-sais-quoi de plus charnel. Sunday Routine a des liens sonores avec le Velvet Underground et ça se termine de belle façon avec une surprise : la ballade 17 qui conclut ce Brood X étonne par son côté aussi émouvant que mature. Oui, c’est du Boss Hog un peu adulte, mais ça demeure fort pertinent.

Chaque fois que Jon Spencer s’implique dans un projet, il faut toujours prêter l’oreille. Le bonhomme se trompe rarement. Imaginez lorsqu’il s’associe avec sa talentueuse et ardente épouse dans un projet musical. Ça donne un album de rock authentique qui fera plaisir à entendre dans une fin de soirée embrumée par l’alcool.

Cette belle bande de salopards sera en concert à Montréal, le samedi 20 mai prochain au Ritz PDB.

Ma note: 7,5/10

Boss Hog
Brood X
In The Red
33 minutes

https://fr-ca.facebook.com/BossHogOfficial/

Critique : Hollerado – Born Yesterday

Au printemps 2013, j’avais fait la critique de l’album titré White Paint de la formation originaire d’Ottawa nommée Hollerado. Pas un disque mémorable, tant s’en faut. Beaucoup trop de compromis afin de plaire aux radios rock FM A Mare Usque Ad Mare. Par la suite, le quatuor a proposé 111 Songs; un projet où un fan pouvait envoyer ses coordonnées au groupe avec une ou deux histoires personnelles à raconter. Hollerado a ainsi créé 111 chansons qui s’inspiraient directement des confessions de leurs fervents admirateurs.

4 ans après White Paint, les Canadiens sont de retour avec un nouvel album que je qualifierais de proverbial retour aux sources. Sans être la révolution, on y entend un groupe totalement dynamisé. Ce Born Yesterday, malgré les références aveuglantes à Weezer (voire Brick Wall) et quelques incursions dans l’électro-rock à la Duran Duran (voire Grief Money) fait le travail.

Un bon album de cols bleus qui satisfera l’amateur de rock canadien. En char, les fenêtres baissées, avec une bonne boîte de Timbits sur la banquette arrière et un café un lait un sucre, ça se prend bien. Et pour apprécier votre « ride » de prolétaire, je vous invite à monter le son, lorsque s’entamera I Got You. Impossible de résister.

Cela dit, mon propos pourra sembler méprisant aux âmes qui n’en ont que pour la feuille d’érable, mais je suis sincère. Très peu de groupes détiennent cette capacité de créer du bon pop-rock radiophonique et, avec ce Born Yesterday, Hollerado s’élève au-dessus de la mêlée. La réalisation est léchée, comme il se doit, mais n’amenuise en rien l’explosivité des chansons. Chacun des refrains, sans aucune exception, est accrocheur et le groupe brasse juste assez la cage pour demeurer captivant, et ce, sans s’aliéner le mélomane à temps partiel qui a envie de fuir la réalité… les fenêtres baissées avec une boîte de Timbits !

En plus des chansons mentionnées précédemment dans le texte, Hollerado tire bien son épingle du jeu avec Éloise qui évoque le rock de Tom Petty & The Heartbreakers. If It Is Love est juste assez « fromagé » pour rassembler la multitude, sans perdre ce je-ne-sais-quoi de crédible. J’insiste sur le « je-ne-sais-quoi de crédible »…

De manière objective, Hollerado a conçu un album qui plaira à ses admirateurs et qui respecte parfaitement les codes du pop-rock mercantile. Bon. Est-ce que je prêterai l’oreille régulièrement à ce Born Yesterday ? Pas vraiment. J’ai des choses plus productives à faire que de me mettre à triper ma vie sur Hollerado. Donc, aucun danger que vous me rencontriez dans un Tim Horton près de chez vous.

Ma note: 6/10

Hollerado
Born Yesterday
Royal Mountain Records
37 minutes

http://www.hollerado.com/