Republic Records Archives - Le Canal Auditif

Critique: Lorde – Melodrama

En 2013, Lorde (de son vrai nom Ella Yelich-O’Connor), âgée de 17 ans, lançait Pure Heroine, un album qui a été acclamé par la critique. Depuis, quatre années se sont écoulées et la Néo-Zélandaise revient à la charge avec un second projet qui s’intitule Melodrama… Qu’en est-il de ce nouvel opus?

En s’alliant avec Jack Antonoff (Bleachers, Fun) comme producteur, Lorde propose une galette intime qui soulève les dessous écorchés du passage à l’âge adulte après une rupture douloureuse. Avec des thématiques comme la solitude, la quête de soi et la déception amoureuse, la voix chaude de l’auteure-compositrice-interprète demeure toujours un outil important à l’écoute. Elle chante en accentuant les diverses sonorités de son timbre vocal. Sur Homemade Dynamite, elle entrecoupe ses souffles, elle les divise, elle les rend saccadés. Le tout est efficace. Tandis que sur Green Light, on découvre une Lorde rageuse qui fait défiler des mots tranchants sous des lignes de pianos dynamiques et des rythmes house . Ça bouge, ça brasse. Une pièce synthpop puissante et libératrice. Puis, la très nocturne Sober exulte les émotions, les apparences et les défauts de la jeune génération qui fête sans cesse dans les bars . Même que Lorde s’interroge sur les identités réelles de ces fêtards si ceux-ci n’auraient plus recours à la boisson: « But what will do when we’re sober? », chante t-elle.

On arrive avec la ballade Liability qui est une sorte de mise à nue. Le titre permet d’accéder de plus près au ressenti sentimental de l’artiste. Avec seulement un piano et quelques cordes, Lorde étonne avec une belle maturité dans les textes. Le refrain est dévastateur:

« They say
You’re a little much for me
You’re a liability
You’re a little much for me
So they pull back, make other plans
I understand, I’m a liability. »
-Liability

D’une grande intensité. Plus loin, elle ose même se comparer à un jouet que les gens prennent plaisir à utiliser jusqu’à épuisement de ses capacités:

« The truth is I am a toy
That people enjoy
‘Til all of the tricks don’t work anymore
And then they are bored of me »
– Liability

L’image est percutante.

Concernant Writer In The Dark, cette pièce décrit les questionnements de la chanteuse face à la célébrité qui l’entoure.

« Stood on my chest and kept me down
Hated hearing my name on the lips of a crowd
Did my best to exist just for you. »
– Writer In The Dark

Il ne va sans dire, Lorde assume la vie de star. Par contre, elle trouve difficile le fait d’être constamment scrutée à la loupe sur la scène et sous les projecteurs. Rappelons qu’en entrevue, la Néo-Zélandaise a même avoué qu’elle était retournée dans ses terres natales, après sa rupture amoureuse, histoire de retrouver les siens et de se retrouver elle-même. Une belle façon de se recentrer.

Quoi qu’il en soit, après plusieurs écoutes, Melodrama est une véritable réussite. Lorde se dévoile en écrivant de manière juste et réaliste sur des sujets qui ne sont pas toujours roses. Elle décrit ses tribulations et ses principales leçons tirées de sa propre vie de jeune femme avec profondeur, sincérité et authenticité.

Les attentes étaient hautes pour ce disque. Les voici maintenant comblées. Melodrama est extrêmement pertinent et fait du bien… pour toute personne qui a besoin de lumière.

Ma note: 8,5/10

Lorde
Melodrama
Republic Records
41 minutes

https://lorde.co.nz/

The Weeknd – Starboy

the-weeknd-starboyC’était une surprise de taille lorsque The Weeknd a annoncé la sortie de Starboy en septembre dernier. Beauty Behind The Madness avait à peine un an et profitait toujours d’une grande visibilité. Bien qu’il ait toujours maintenu une cadence de création régulière, cela semblait tout de même rapide. On se demande aussi où Abel Makkonen Tesfaye trouve le temps pour composer à cette vitesse en tenant compte de son horaire complètement fou qui le transporte en tournée un peu partout autour du globe.

Eh bien, à l’écoute de Starboy, on se demande s’il ne s’est pas empressé un peu trop. On se retrouve devant un album qui comporte beaucoup moins de chansons marquantes. Malgré quelques hymnes pop phares disséminés à travers son troisième album, l’ensemble ne réussit pas à faire le poids avec sa galette précédente et encore moins faire le poids face aux trois excellents EP qui avaient lancé sa carrière : House of Balloons, Thursday et Echoes of Silence.

La pièce-titre, une collaboration avec le duo français Daft Punk, est de loin l’une des meilleures pièces de l’album. C’est dommage de savoir qu’après la première chanson tout aura une saveur plus fade. Il récidive avec les deux casqués : I Feel It Coming ferme la marche. Cette dernière est plus près des trames à la Random Acces Memories en style sonore. Ce n’est pas tout à fait réussi. Il se farcit quelques collaborations sur Starboy. On a Lana Del Rey qui vient faire des sons de jouissances maladroits sur Stargirl Interlude. Une pièce qui est décevante par son manque de construction alors qu’il y a autant de talents réunis. La suivante, Sidewalks, compte sur l’apport de Kendrick Lamar. Faire appel à ce dernier est un peu l’équivalent de « passer go et réclamer 200$ ». Lamar est encore une fois solide et bien que The Weeknd se débrouille, ce n’est pas lui qu’on retient.

Parmi les quelques chansons qui valent le détour, Party Monster et sa montée bien orchestrée est plaisante bien que le texte laisse un peu à désirer. Secrets et Rockin sont entraînantes, mais on a rapidement fait le tour de leurs mélodies usuelles et déjà entendues. Six Feet Under se débrouille malgré le message qui manque de subtilité. On se souvient que The Weeknd met de l’avant une vision de la femme qui est assez réductrice. Encore une fois, il parle d’une effeuilleuse sans aucune subtilité. Bien loin de la Pyramids de Frank Ocean.

The Weeknd a toujours été un pourvoyeur régulier de succès radio commerciale. Cependant, pour la première fois, il ne s’élève pas au-dessus de la mêlée. Starboy est un album qui laisse sur sa faim et qui, malgré les quelques chansons intéressantes, est dans on ensemble trop long et convenu.

Ma note: 5,5/10

The Weeknd
Starboy
Republic Records
69 minutes

https://www.theweeknd.com/