Reprises Archives - Le Canal Auditif

Critique : Jim James – Tribute to 2

Jim James, ancien chanteur de My Morning Jacket, surfe sur le succès de son dernier album Eternally Even et nous propose l’album de reprises Tribute to 2. Il est de mise d’être méfiant face à ce genre d’album, voire cynique. Si le but d’un album de reprises est de partager ses inspirations, pourquoi de pas simplement publier une liste d’écoute? Dès les premières notes, nul ne doutera de l’authenticité de ses intentions.

Le choix des chansons saura séduire rapidement les mélomanes parmi vous. Certains noms attirent plus le regard que d’autres : Beach Boys, Elvis Presley et Bob Dylan. Détrompez-vous par contre, pas de Surfin’ USA, de Heartbreak Hotel ou de Knocking on Heaven’s Door, à notre grand bonheur. Alors qu’il nous propose généralement un rock indé appuyé et énergique, le ton casse avec le reste de sa carrière solo. C’est un Jim James doux et posé qui se présente. Guitare, piano et voix, cette dernière rehaussée d’une réverbération vieillotte, interpellera les fans de Fleet Foxes et plus particulièrement de Father John Misty.

Après quelques chansons très réussies en ouverture, telles I Just Wasn’t Made for These Times des Beach Boys et Baby Don’t Go de Sonny & Cher, le rythme lent et la production simpliste deviennent répétitifs. À la cinquième chanson, Crying in the Chapel d’Elvis Presley, vous aurez une envie de café pour vous réveiller. Et ça continue avec la chanson suivante Midnight, the Stars and You. Les prouesses vocales parfois maladroites gâchent une partition de guitare presque parfaite. Love is the Sweetest Thing dérange par son étrangeté. Difficile de justifier le choix artistique de chanter comme s’il venait de s’être fait retirer les dents de sagesse. Cette belle balade de l’âge d’or de la musique, qui cadrait parfaitement dans le registre de l’album, est tout simplement massacrée.

Tout n’est pas perdu et Tribute to 2 mérite quand même une bonne écoute. Il ne fera certes pas l’unanimité, par le choix éclectique de son répertoire, mais saura en charmer plusieurs le temps de quelques chansons. Ce disque ramènera dans le passé les plus âgés d’entre vous avec Lucky Man d’Emerson, Lake & Palmer et fera découvrir aux plus jeunes une période qui leur est peut-être inconnue. Et n’est-ce pas le but de tout album de reprises? Les beaux moments balancent les moins beaux. Et les ratés ne font pas ombrage à la qualité des cinq ou six chansons qui assurément vous toucheront.

MA NOTE: 5,5/10

Jim James
Tribute to 2
ATO Records
40 minutes

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Critique : Tegan and Sara – The Con X : Covers

Revisiter un album, c’est toujours une tâche délicate. Si l’album qui est l’objet de cette réédition est en plus un disque qui a marqué au fer rouge les émotions de tant d’ados et de jeunes adultes en plus d’influencer considérablement l’indie-rock féminin, l’exercice devient encore plus périlleux. Dix ans après The Con donc, Tegan and Sara ont approché une quinzaine d’artistes pour réinterpréter les déchirantes pièces de leur album classique, pièce maîtresse de leur discographie.

Après avoir entendu le premier extrait, Call it Off par CHVRCHES, j’avais peur que l’exercice se limite à une mise à jour des chansons des jumelles dans un enrobage pop synthétique, esthétique musicale qui a supplanté ces dernières années le rock à caractère guitaristique.

Et malheureusement, cette crainte se confirme sur The Con X-Covers.

Ce n’est pas cela dit parce que le disque est majoritairement froid et synthétique que nous n’avons pas droit à de bonnes relectures du corpus de Tegan and Sara. Relief Next to Me de Muna, Are You Ten Years Ago de PVRIS et surtout Nineteen de Hayley Williams (Paramore) sont réussies.

Mais ces chansons ne parviennent pas à faire oublier le malaise que l’on ressent en écoutant les horribles versions de The Con et de Knife Going In respectivement de Shura et Mykki Blanco. Si ça n’avait pas été de cette critique, j’aurais arrêté mon écoute après le quatrième titre tant le massacre de ces chansons — parmi les plus déchirantes et désarmantes du disque original — est impardonnable.

Soil, Soil de Kelly Lee Owens est quant à elle un bon exemple de ce symptôme de ce X-Covers de reléguer à l’arrière-plan le texte et les mélodies de Tegan and Sara au profit d’une ambiance électro sèche, sans âme.

J’aurais certes aimé que les interprétations des chansons de The Con célèbre ce qui a fait la force de Tegan and Sara sur cet album, mais également sur l’ensemble de leur carrière : le côté organique de leurs chansons et la puissance de leurs harmonies, lorsque leurs voix hautes perchées s’unissent en des plaintes cathartiques.

La direction électronique de l’album-hommage a beau surprendre dans cette optique, mais il fait que Ryan Adams et Dallas Green qui débarquent avec des versions plus rock de Back In Your Head et Hop A Plane, ça ne fonctionne pas du tout dans l’ensemble. Surtout la Back In Your Head de Adams (pourtant doué normalement avec les reprises) qui rompt vraiment l’ambiance feutrée du disque. Dommage parce que la grande Cyndi Lauper a également fait une version de cette chanson, mais on a préféré l’offrir en bonus à l’achat de l’album.

En bref, voilà un hommage bien maladroit à un des disques des plus importants de la musique pop canadienne des 15 dernières années et l’album qui a propulsé la carrière des sœurs au pinacle des Coachella de ce monde. À moins que l’objectif des sœurs fût d’inciter de nouveaux mélomanes à se procurer The Con en version originale. On le souhaite, car cet album est parfait en sincérité et en authenticité.

MA NOTE: 2/10

Artistes variés
Tegan and Sara present The Con X-Covers
Warner Bros.
60 minutes

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Critique : Desjardins (album)

Richard Desjardins est l’un des artistes les plus pertinents, poétiques et forts que le Québec ait connu dans les derniers 50 ans. Un auteur-compositeur-interprète qu’on place dans une catégorie sélecte qui compte de très rares membres dont on pourrait nommer André « Dédé » Fortin. S’attaquer aux chansons de Desjardins, c’est s’attaquer à un monument. Et pour se frotter à des monuments, il faut avoir la couenne solide et surtout, il faut avoir de quoi à dire artistiquement avec les chansons.

Desjardins propose onze nouvelles versions de chansons interprétées par une belle brochette d’artiste. Certains nous offrent des relectures qui méritent de faire le détour. À l’opposé, on se rend compte aussi que du Desjardins, ça ne se chante pas n’importe comment. La charge émotive que l’homme engagé sait injecter à un texte n’est pas anodine ni facile à réinterpréter.

Commençons par les bons coups, parce qu’il y en a des très réussis. L’album s’ouvre sur Avec pas d’casque qui reprend Au pays des calottes avec une bonne dose de joual, de mélancolie et de beauté. L’esthétique country-folk de la formation se colle à merveille au texte qui traduit le mal d’être d’un homme qui ne sent pas qu’il appartient à un milieu. On peut en dire autant de Bernard Adamus qui harnachent Les mammifères. La voix rêche et crue du grand Montréalais qui en a vu d’autres est un véhicule parfait pour la poésie pas polie de Desjardins. Mais de toutes les nouvelles interprétations qu’on nous propose, c’est celle de Klô Pelgag et Philippe Brach qui ressort du lot. Le duo rend Les Yankees avec tout ce qu’il faut de sensibilité et d’intelligence pour traduire la réalité des envahis. Qu’ils soient Mexicains, Troyens, Nigériens ou Québécois. Une version alternative avec une instrumentation intelligente qui prend de plus en plus d’ampleur. Le duo Brach et Pelgag est magnifique, tout simplement.

«Et tout ce monde sous la toile
qui dort dans la profondeur:
« Réveillez-vous!
V’là les Yankees, v’là les Yankees
Easy come, Wisigoths,
V’là les Gringos!»
– Les Yankees

Keith Kouna se débrouille aussi avec Jenny tout comme Koriass qui offre une version rappé de M’as mettre un homme là-dessus. Le problème, c’est que certaines pièces passent carrément à côté de la track. En tête de file, Va-t’en pas interprétée par Safia Nolin. Ce n’est pas un manque de travail de la jeune femme, mais son style languissant et mélancolique fait perdre toute puissance à ce texte. C’est une déchirure interne, un appel à l’aide, un ultime essai pour garder un être cher près de soi alors qu’il cherche à se sauver. La charge émotionnelle n’est pas calme ou nostalgique. Elle est dynamique, nerveuse et perdue dans l’urgence. Après tout, le protagoniste trouve tout ce qu’il peut pour garder son interlocuteur à la maison :

«Va-t’en pas
Dehors y a des orgies d’ennui
Jusqu’au fond des batteries
Va-t’en pas
Dehors j’ai vu un ciel si dur
Que tombaient les oiseaux»
– Va-t’en pas

Malgré leurs bonnes intentions, c’est idem pour Philippe B, Les Sœurs Boulay et Émile Bilodeau qui manquent tous d’un peu de charges émotives. C’est trop gentil, poli et mélodieux pour bien faire entendre ce qui se cache dans les textes de Desjardins. Au moins, Saratoga se débrouille vraiment très bien avec la douce Quand j’aime une fois j’aime pour toujours. Heureusement, personne n’a osé se frotter à …et j’ai couché dans mon char.

Ce n’est vraiment pas facile de s’attaquer à la poésie de Desjardins. Cet album hommage fait parfois mouche, mais passe aussi à côté de la charge émotionnelle qui habite l’œuvre de ce monument. Pis Desjardins, serait sûrement en sacrament qu’on parle de lui en tant que monument, parce que les statues, c’est bon pour les morts pis lui est encore bien vivant.

Ma note: 6/10

Artistes variés
Desjardins
117 Records
51 minutes

http://www.117records.ca/

Critique : Popdejam – Volume 1

Musiqueplus n’a que de musique le nom depuis quelques années. C’est dommage, très dommage. La plate-forme qui jadis était une vitrine sur la musique alternative mondiale s’est engouffrée dans le merveilleux monde des téléréalités et comme celles-ci, a perdu tout contenu pertinent. Dans les derniers soubresauts intéressants, l’émission Popdejam était une belle petite pépite d’or. Le concept était simple, on invitait deux artistes de la relève à reprendre une chanson d’un artiste établi qui est lui aussi présent.

Il y a quelques mois, Safia Nolin a fait paraître un album de reprises et j’avais noté que certains choix étaient douteux. On peut nommer ici la très mal écrite Calvaire de La Chicane. Popdejam avait évité les pièges des chansons mal écrites. Au point où, des chansons qu’on considérait quétaines ou encore vides s’avèraient beaucoup plus pertinentes que l’on pensait. Il faut dire qu’on a fait appel à des artistes de qualité, qui évoluent à l’extérieur des grands cercles de la pop délavée. Cela redonne une vie intéressante à ces mélodies et ces textes qui méritent une pérennité assurée.

Vous voulez un exemple? Parlons de Ce soir l’amour est dans tes yeux de Martine St-Clair. J’ai toujours considéré la chanson comme une pièce dégoulinante d’amour à la guimauve. Et pourtant, soudain, les accords mineurs et l’approche plus mélancolique de Geoffroy m’ont obligé à réviser le texte. Tout d’un coup, on voit les choses sous un nouvel angle. Le refrain à lui seul est empreint de fragilité et d’anxiété : « Ce soir l’amour est dans tes yeux/Mais demain matin m’aimerais-tu un peu? » On se retrouve dans une relation beaucoup moins saine et qui n’a rien à voir avec l’amour chevaleresque.

Vous voulez une bonne dose d’émotion à faire lever le poil sur les bras? Vous vous souvenez de Corridor de Laurence Jalbert? Antoine Corriveau sait plonger dans ce qu’il y a de plus noir de l’âme humaine et il le fait encore avec brio, accompagné par Marianne Houle au violoncelle. C’est d’une puissance et d’un désarroi magnifique. Lorsque l’harmonica entre en jeu, c’est instantané, les poils se dressent et restent bien tendus pour les quelques secondes qui suivent.

Il n’y a tout simplement pas de pièces ennuyantes sur ce premier volume. On y retrouve Philippe B qui reprend Sur la route de Pierre Flynn avec un flegme magnifique, Claude Bégin qui a tout compris de Mitsou et sa chanson Les Chinois, Peter Henry Philips offre une version magnifique de Repartir à zéro de Joe Bocan, Philippe Brach et sa version inquiétante et quasi psychédélique de Le chat du café des artistes de Jean-Pierre Ferland. On y trouve aussi la version touchante d’Animal de France d’Amour par Stéphanie Lapointe ou Si fragile de Luc de la Rochelière reprise habilement par Karim Ouellet.

Toutes les chansons sur Popdejam offrent une relecture intelligente, intéressante et touchante de ces classiques québécois. Leur approche pour la plupart assez simple et décharnée rend justice à ces textes qui méritent d’être chantés pendant plusieurs années encore.

Ma note: 7/10

Popdejam
Volume 1
Simone Records
33 minutes

She & Him – Christmas Party

C’est le dernier jour de programmation régulière du Canal Auditif et comme le veut la tradition, nous vous présentons un album de Noël qui fait les choses différemment des sempiternelles reprises ennuyantes qui peuplent les ondes radiophoniques. Dans les dernières années, nous vous avons parlé de Sufjan Stevens, Erasure, Bol de Gruau et Sharon Jones and the Dap-Kings. Cette année, on vous le dit franchement, nous avons voulu faire plaisir à l’ami Jean-Simon Fabien en parlant du Christmas Party de She & Him. On vous rappelle que c’est la séduisante Zooey Deschanel qui officie à la voix en duo avec le non moins séduisant M. Ward.

Tout ça pour vous dire que ce n’est même pas la première fois que le duo s’aventure sur le sentier de neige. La paire avait fait paraître A Very She & Him Christmas en 2011 sur lequel ils s’attaquaient à Little Saint Nick, I’ll Be Home For Christmas et plusieurs autres classiques. Loin de révolutionner le genre, She & Him avait offert une honnête performance qui restait à l’intérieur des trails de ski-doo.

Christmas Party aborde la chanson festive avec la même approche. C’est simple, efficace, mélodieux, sympathique, mais très conventionnel. Ce sera toujours mieux qu’un album de Corneliu, mais jamais de la trempe des versions déjantées de Sufjan Stevens sur Silver & Gold. Il y a tout de même quelques chansons surprenantes sur l’album comme l’Hawaïenne Mele Kalikimaka. Cette dernière s’entame sur des chants qui rappellent les harmonies de « barbershop quartets ». The Coldest Night of the Year possède un petit quelque chose de séduisant avec son attitude de crooner qui invite aux rapprochements.

Par contre, leur All I Want For Christmas est assez ordinaire. Efficace, mais ça s’arrête un peu là. Dommage. Let It Snow est un cas plus épineux puisqu’accoter la légende Frank Sinatra est à peu près impossible. Run Run Rudolph sans être une réussite éclatante remplie bien sa mission avec ses rythmes rock’n’roll mélodieux.

She & Him nous plonge dans l’ambiance des Fêtes quand même avec Christmas Party. On ne crie pas au génie, mais les fans du groupe auront du plaisir et les autres aussi y trouveront leur compte. Ce sera toujours mieux qu’un ex-académicien ou encore Sylvain Cossette qui nous chante Petit papa Noël!

Ma note: 6/10

She & Him
Christmas Party
Columbia Records
33 minutes

http://www.sheandhim.com/