Radwan Ghazi Moumneh Archives - Le Canal Auditif

Critique : Technical Kidman – Bend Everything

Presque deux ans jour pour jour après la sortie de Something Stranger on the Horizon, Technical Kidman revient avec un nouvel album: Bend Everything. Le trio qui affectionne la musique électronique bruyante, souvent brutale et agressive, ne semblait avoir rien perdu de leur énergie avec la parution du premier simple intitulé Mercedes. Le groupe a été passablement occupé dans les derniers temps, signant même la musique de Youngnesse de Projets Hybris présenté au OFF.T.A.

Pour ce deuxième album, le groupe a fait confiance, et avec raison, au talentueux Radwan-Ghazi Moumneh (Jerusalem In My Heart). L’alliance fonctionne et Bend Everything sonne comme une tonne de briques. Ça permet aussi de rendre justice à la hargne dont est capable Technical Kidman. Alors que sur le premier album, le groupe s’attaquait à la publicité et la société de consommation, cette fois, c’est vers eux-mêmes que le groupe a tourné le regard.

Ça donne des résultats passablement convaincants et des trames avec une bonne dose de sons agressifs. Constructions est particulièrement éloquente lorsqu’il s’agît de mettre de l’avant de la brutalité. Mathieu Arsenault ne passe pas par quatre chemins lorsqu’il déverse son fiel dans le micro. Mais voilà, l’agressivité se dissipe pour laisser rapidement la place à la souffrance sur Bend Everything. À ce moment, on sent le groupe se refermer sur lui-même et adoucir les rythmes ou bien les rendre plus abstraits et plus expérimentaux. Cela comporte une partie d’essais agréables.

À la longue par contre, ce mouvement qui commence avec Offices, qui retient encore une partie de rythme plus poignant, se poursuit dans la marginale Radiate puis dans une certaine lenteur sur la chanson-titre. On remarque des petits parallèles à tracer avec Fever Ray, sans jamais toucher aux mélodies pop qui nous retiennent dans les chansons. Puis, Current in the Vein continue dans le même sens avec une pièce progressive qui en soi n’est pas déplaisante, mais qui continue de nous faire sombrer dans un monde sombre et plutôt hermétique. Ce qui est dommage, c’est que les chances de décrocher sont très grandes et ça demande un effort de rester en compagnie du trio.

Technical Kidman n’est pas connu pour faire du surplace et sur Bend Everything, le groupe continue d’explorer et de faire des essais. Dans l’ensemble, c’est bien réussi. Si seulement cette descente dans le noir n’était pas aussi hermétique! Peut-être que ça donnerait une chance à l’auditeur de rester dans le trip. Je dis tout ça, mais en même temps, on est très loin d’un album raté. Technical Kidman fait bien les choses et ose… et on les respecte énormément pour ces mêmes raisons.

Ma note: 6,5/10

Technical Kidman
Bend Everything
Indépendant
38 minutes

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Critique : Dear Criminals – Fatale

Cela fait depuis 2013 que Dear Criminals lance des EP. Le premier, Crave, avait tout de suite attiré l’attention sur la formation. Il faut dire que Frannie Holder fait aussi partie de Random Recipe, cela à aider au début. Tout de même, pour ce premier EP, Charles Lavoie, Frannie Holder et Vincent Legault avaient fait appel à Philippe Brault à la réalisation. Déjà, on entendait que le groupe possédait une signature sonore. Une signature qui a évolué et qui s’est développée avec les années, et les sorties, jusqu’à la musique du film Nelly paru en janvier.

En parallèle, le groupe a développé aussi sa personnalité scénique, ils sont reconnus comme des bêtes de scène malgré la douceur apparente de leur musique. Leurs spectacles sont souvent ponctués des reprises qui peuplent Woman, paru en 2014, qui reprend certains succès peu flatteurs pour la gent féminine. Parmi celles-ci, leur reprise de Sweat (a la la la la long) d’Inner Circle est particulièrement éloquente. On se rend compte que Ian et Roger Lewis nous parlent tout simplement de viol, le tout maquillé avec un beau petit rythme reggae. Bref, Dear Criminals est devenu plus qu’un side-project avec sa personnalité créatrice propre.

Arrive Fatale, le premier album du groupe. Un album réalisé par Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem In My Heart). Fatale se vit comme une suite conséquente de chanson qui nous porte à travers une histoire. On est loin d’une collection de chansons arbitrairement mise ensemble. Fatale n’offre pas de coupure dans le son, tout s’enchaîne des premières notes de Starless aux dernières notes de Handful of Dust. On n’a pas pour autant l’impression d’écouter une seule et même chanson sans arrêt.

Certaines chansons ressortent davantage du lot. Le premier simple, Waste Land, paru peu avant la sortie utilise des sonorités de claviers des années 80 trafiquées auquel un peu plus de résonnance futuriste a été ajoutée. L’ensemble est soutenu par une basse répétitive qui appelle à la transe. Holder chante avec la fragilité qu’on lui connaît. Tout cela est réussi puis soudain le groupe nous envoie un jab de la droite. La batterie, une « vraie », débarque avec toute sa force. Ça fonctionne à merveille.

Yet Not the End est l’une des pièces les plus mélodieuses et pop que le groupe ait pondu. On y entend des influences du trio new-yorkais Blonde Readhead. L’échange de voix entre Holder et Lavoie est coupé au couteau sans que l’un des deux semble pressé. La chanson est langoureuse à souhait et le refrain direct :

Kiss me now
Long before you go
Before I die
If you ask I will follow
Love me now
Take me hard and slowly
Then let me go
Will your ghost follow
Hold me how
Stars are fading slowly
You hold the dark
Yet Not the End

Dear Criminals livre aussi sur Fatale plusieurs moments instrumentaux, dont certains d’une beauté non négligeable. 7 compte sur des arrangements de cordes superbes alors que The Cliff joue sur la syncope et des sonorités plus dérangeantes.

Un premier album réussi pour Dear Criminals. Certains fans diront sûrement : ENFIN! Si le groupe s’est fait désirer, il ne nous déçoit pas avec Fatale. On y trouve de très beaux et authentiques moments de fragilités qui évoquent l’amour, mais aussi les blessures laissées dernières par elle.

Ma note: 8/10

Dear Criminals
Fatale
Indépendant
32 minutes

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