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Critique : Gorillaz – Humanz

Le groupe Gorillaz était attendu de pied ferme! Le projet multidisciplinaire de Damon Albarn qui dépeint quatre personnages de bande dessinée n’avait rien lancé depuis les deux albums de 2010 : The Fall et Plastic Beach. Entre temps, Albarn a été passablement occupé avec un album solo, un retour de Blur avec The Magic Whip et plusieurs aventures musicales dont un album de son projet centré sur la musique africaine. Bref, l’Anglais ne chômait pas.

Gorillaz revient avec un autre album qui porte l’empreinte indélébile du hip-hop, du soul et du R&B. Fidèle à son habitude, Albarn a pigé des collaborations avec une multitude d’artistes actuels aux voix pertinentes. Humanz est un album correct qui n’accouche jamais d’une chanson marquante comme celles qui ont fait l’engouement pour le projet. Ne vous attendez pas à trouver un Clint Eastwood, un Tomorrow Comes Today ou un Feel Good Inc. Les nouvelles pièces sont parfois intéressantes, mais n’arrivent jamais au niveau fédérateur des créations passées du groupe.

Tout de même, certaines pièces valent le détour. Commençons par le début. C’est le jeune Vince Staples qui ouvre Humanz avec l’excellente et contagieuse Ascension. La pièce entraînante offre le refrain le plus efficace du nouvel album alors que Staples nous répète :

« The sky’s falling, baby
Drop that ass ‘fore it crash»
– Ascension

La relax Andromeda offre aussi quelques moments de douce mélodie auxquels participe D.R.A.M.. Pusha-T et Mavis Staples proposent pour leur part une réussie Let Me Out. Entre le chant soul de Staples, les rimes habiles de Pusha-T et les chants éthérés d’Albarn sur une trame influencée des courants contemporains de hip-hop, Gorillaz frappe dans le mile. Damon Albarn n’a pas peur d’explorer des recoins plus obscurs de la musique et le fait sur Hallelujah Money avec Benjamin Clementine. La pièce est un hymne gospel qui flotte dans les cieux dédiés aux nouveaux dieux pécuniaires. Évidemment, le tout est livré avec une bonne touche de sarcasme. C’est très réussi. Étonnamment, la pièce la plus entraînante de l’album est chantée par Jehnny Beth (Savages) qui se fait aller les cordes vocales sur une pièce d’électro-dance dans We Got The Power.

À l’écoute, on a tout de même l’impression que plusieurs chansons sont plus fades que ce qui aurait pu sur papier se passer. Malgré une mélodie vocale efficace, la collaboration avec Popcaan intitulée Saturn Barz est un peu tiède. La collaboration avec De La Soul, Momentz, ne lève jamais vraiment non plus. Carnival dans laquelle chante Anthony Hamilton ne décolle guère plus. On peut en dire tout autant de Submission une collaboration avec les capables Kelela et Danny Brown. Le passage de ce dernier se fait en vitesse, on en aurait pris d’avantage. La mélancolique et éthérée Busted and Blue qui fait toute la place à Albarn est une pâle copie des excellentes pièces qu’il nous a livrées sur Everyday Robots.

Humanz n’est pas un mauvais album. Mais c’est aussi en deçà des attentes. Prenant en considération les projets de Damon Albarn dans les dernières années, on s’attendait à un peu plus de panache. Il est talentueux et nous l’a prouvé à maintes reprises. On aurait préféré être emporté une fois de plus par son génie. Certaines pièces resteront, mais l’ensemble laisse un peu sur sa faim.

Ma note: 6,5/10

Gorillaz
Humanz
Warner Bros.
49 minutes

http://www.gorillaz.com/