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Critique : Pierre Lapointe – La Science du coeur

Pierre Lapointe est certainement l’un des rares chouchous de la critique et du public tout à la fois. Malgré des compositions qui évitent la paresse générale de la pop radio, une plume qui évite la platitude et le manque de poésie des certaines, Pierre Lapointe et sa pop orchestrale ont trouvé le chemin qu’il fallait pour toucher les mélomanes avertis ou non. Et ce succès s’est transposé en France dans les dernières années. Bref, c’est un peu Pierre Le Conquérant. Sauf… sauf que Punkt n’était pas tellement réussi. Il faut dire que ce n’est pas facile de retoucher au succès et au brio de La forêt des mal-aimés, un album phare des 20 dernières années au Québec. Bref, ce n’est pas facile être génial à chaque fois. Entre temps, il a fait paraître Paris tristesse qui reprenait des pièces des albums précédents plus sobrement, en y ajoutant quelques reprises de chansons bien connues.

Tout ça pour arriver à La Science du cœur, son meilleur album depuis La Forêt des mal-aimés. Sans faire du surplace, Lapointe revient à ce qui a fait son succès, de la pop orchestrale intelligente, émouvante et peuplée d’une poésie luxuriante. Pierre Lapointe nous parle évidemment de tribulations amoureuses avec tristesse, nostalgie et surtout avec un optimisme en fond. Musicalement, on trouve des essais intéressants qui passent des pièces langoureuses à l’utilisation de cuivres punchés.

Parlons-en de ces fameux cuivres qui viennent nous donner quelques bons chocs sur Mon prince charmant qui nous laisse aussi quelques belles lignes de poésie où les allitérations se font généreuses et même si ça tombe parfois dans la simplicité lexicale, ça reste diablement efficace. Parmi les meilleurs coups de La science du cœur, on doit absolument parler de l’un des simples parus dans les dernières semaines, Sais-tu vraiment qui tu es. Cette dernière possède une mélodie intoxicante, une ligne de basse simple, mais tout simplement délicieuse et des montées de cordes magnifiques. Sur Punkt, on avait un peu l’impression que Lapointe se lançait dans tous les sens en essayant des nouvelles avenues musicales. Cette fois-ci, il ose autant, mais la proposition d’ensemble est plus cohérente. Ainsi la pièce Alphabet avec ses cordes qui imposent le respect et soutiennent Pierre Lapointe qui nous dicte un texte qui prend les allures de poésie automatique et qui passe par toutes les lettres de l’alphabet.

Pierre Lapointe est toujours capable de nous émouvoir avec des pièces où il est seul au piano. Sa voix et ses mains font tout le travail sur la sublime et touchante Le retour d’un amour.

Suis-je con, suis-je mal
Ou suis-je déloyal
Suis-je nouvellement aveugle
Ou ai-je retrouvé la vue
C’est le retour d’un amour
Que je croyais perdu
La nouvelle page d’un livre
Que je croyais avoir lu
Autour les amours se pendent
Le nôtre renaît de ses cendres
Le retour d’un amour

Notons aussi la dynamique et mélodieux Zopicone qui gagne l’oreille rapidement avec sa trame convaincante. Ou encore Une lettre, un aveu d’amour et de tendresse, d’un amour qui est parti au loin. Une chanson pour les amants esseulés, loin de ce qui a déjà été. Une sorte de pansement pour les cœurs qui saignent. Bref, c’est pas mal beau.

La science du cœur est certainement le meilleur album de Pierre Lapointe depuis La forêt des mal-aimés qui restera dans la classe des albums intouchables de la musique québécoise. Rivaliser avec son propre succès, ce n’est pas aisé pas plus que se réinventer et tenter de nouvelles avenues. Pourtant Lapointe refuse de faire du surplace. Cela nous assure des bonnes compositions pour des années à venir. C’est une promesse rassurante dans un monde qui laisse parfois coi d’horreur.

Ma note: 8,5/10

Pierre Lapointe
La science du coeur
Audiogram
36 minutes

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