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Critique : Mononc’ Serge – Révolution conservatrice

À pareille date l’an dernier, Mononc’ Serge se préparait à remonter sur scène avec ses vieux potes d’Anonymus pour une tournée spéciale des Fêtes. Le voici qui rapplique avec son douzième album en carrière, cette fois-ci en formule trio. Sur Révolution conservatrice, il livre un regard caustique sur le Québec d’aujourd’hui, sur un fond de rock assez sale. Bref, c’est encore trash, mais un peu moins métal…

Mais nous aurions tort de parler d’un disque engagé. Oui, sur la pièce-titre, Mononc’ Serge se paie la gueule de ceux et celles qui rêvent d’un retour aux valeurs d’antan, comme l’illustre la montée en force d’une certaine droite décomplexée au Québec. Sauf qu’à peine cinq titres plus tard, sur La dictature de la vertu, il ridiculise l’idée d’une gauche bien-pensante qui imposerait ses valeurs à la société, confinant à l’exil les animateurs de radio-poubelles et ceux qui rient du petit Jérémie.

Quel sens faire de tout ça? Aucun, justement. Comme le proclame Serge Robert lui-même sur Mon droit à l’incohérence, rien ne serait plus vain que de tenter d’analyser ses chansons pour en dégager une quelconque philosophie :

Si un m’ment d’né j’dis un affaire
Ça veut pas dire que juste après m’as pas dire le contraire
Pis vous savez quoi? J’m’en contrebalance
C’est mon droit le plus strict à l’incohérence.
Mon droit à l’incohérence

Bref, Mononc’ s’amuse, et ça veut dire tirer autant à gauche qu’à droite…

Même l’idée d’un album résolument rock (avec ses complices Peter Paul à la guitare et Ugo Di Vito à la batterie) ne cadre pas avec la direction que Serge Robert semblait vouloir prendre dans sa carrière solo, surtout après son album éponyme de 2015 où les guitares acoustiques avaient pris le dessus. En entrevue avec Camuz l’an dernier, il me confiait d’ailleurs : « Je ne sais pas où je m’en vais avec mes skis pour le prochain album, mais disons que pour l’orientation générale de ma carrière, j’aimerais mieux faire de la musique acoustique. Dans mes chansons, même si ça peut être complètement débile ce que je raconte, même si c’est un gros défoulement, c’est quand même centré sur les paroles pis je trouve que c’est le fun d’avoir une musique où les paroles peuvent être très facilement mises à l’avant-plan ».

Cela dit, les musiques de Révolution conservatrice ont beau être assez pesantes, d’inspiration des années 70 (« du rock de vieux fumeux de bat, quoi! », comme le proclame le principal intéressé…), elles ne prennent jamais le dessus sur les textes. Quelques riffs efficaces, d’autres plus convenus, une ballade à la Neil Young (Chums), du hard rock ascendant Iron Maiden (Chanteur professionnel), tout est là pour servir de trame sonore au propos. C’est simple, un peu stoner rock sur les bords.

Ça fait un peu drôle à dire, et sans doute Serge Robert n’aurait-il rien à cirer d’une telle analyse, mais ce Révolution conservatrice donne l’impression d’une plus grande maturité, ou du moins d’une plus grande lucidité de la part de celui qui a toujours su frapper exactement là où ça fait mal. Bien sûr, le sarcasme domine encore, mais le portrait qu’il donne de ceux et celles qui n’inondent pas les réseaux sociaux de leurs moindres opinions ( « les nouveaux rebelles », comme il le dit) sonne étonnamment juste dans Les partisans du silence. Même chose pour Le moron aux 1000 visages, dans laquelle il se paie la gueule de son public tout en le saluant.

Au final, ça ne laisse que deux titres où Mononc’ Serge déconne sans qu’on puisse le prendre au second degré : la débile La transgression et la décapante Énergie Cardio, seul vestige d’un projet d’album concept dans le style Mon voyage au Canada où chaque pièce aurait été associée à un magasin, mais dont le rythme ska jure avec le reste de l’album. Mais bon, au diable la cohérence, n’est-ce pas?

MA NOTE: 7,5/10

Mononc’ Serge
Révolution conservatrice
Les Productions Serge
40 minutes

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