Oneohtrix Point Never Archives - Le Canal Auditif

Critique : Oneohtrix Point Never – Good Time OST

Oneohtrix Point Never est le projet solo du compositeur/producteur états-unien Daniel Lopatin, présent sur la scène électronique expérimentale depuis 2007. Il compte sept albums, une douzaine d’EPs et plusieurs collaborations en studio à son actif. C’est à partir de Garden of Delete (2015) et le simple Animals (dont la vidéo révélait un Val Kilmer somnolant dans un ensemble Nike rouge) qu’OPN est apparu sur ma liste d’écoute. À peu près en même temps que R Plus Seven (2013). Les deux albums étaient clairement plus raffinés dans la façon d’éditer et de monter les échantillons, ce qui donnait plus d’espace aux sons de claviers et aux lignes mélodiques. La trame sonore Good Time, du film du même nom, a gagné le prix de la meilleure musique originale en mai dernier au Cannes Soundtrack Award, un événement en parallèle au Festival de Cannes. À mon grand étonnement, Lopatin s’est éloigné davantage de ses débuts expérimentaux et de ses deux derniers albums pour aller vers le rock progressif et l’italodisco. Le résultat est beaucoup plus fluorescent que ses prédécesseurs, mais ça reste bien fait et très bien produit néanmoins.

La pièce-titre s’ouvre sur un bourdonnement sourd suivi par une trame ambiante new age bien réverbérée. Les arpèges aux synthétiseurs servent de base rythmique et mélodique à un solo au clavier, mélangeant avec facilité des teintes de thriller 80s et de prog rock 70s. Les échantillons de voix de Bail Bonds nous enferment dans une pièce à proximité d’une discussion tendue, qui se métamorphose en espèce de session de jam rock de garage. Les impacts réverbérés joués comme des percussions japonaises apportent de la profondeur à 6th Floor. Les itérations électroniques viennent dialoguer celle-ci jusqu’à ce qu’un échantillon conclue sur « you scared the shit out of me man ». Hospital Escape/Access-A-Ride reprend les percussions réverbérées de façon tribale, et roule sur un arpège en boucle décuplé sur plusieurs lignes de clavier.

Ray Wakes Up commence sur un extrait du film modifié par des effets et des filtres, l’impression est cauchemardesque, comme un mauvais trip de drogue. Les accords étouffés au clavier et la guitare électrique réverbérée viennent alourdir le thème. La sirène de voiture de police sert d’introduction à Entry To White Castle, qui se développe sur un nouvel arpège accompagné par un solo au clavier pimpé par des légatos gracieux. Le son de synthèse soustractive de Flashback met en valeur une palette particulièrement analogique avec une machine à rythme électro-pop; c’est très cute. Le deuxième interlude Adventurers semble passer comme un vent transportant les retailles d’échantillons et d’effets de réverbération.

La flûte synthétique de Romance Apocalypse apporte une teinte de film d’action 80s, genre Beverly Hills Cop, le contraste avec le thème global n’est pas concluant, bien que l’idée soit cool. The Acid Hits se déploie comme une vague qui envahit la plage sonore. La masse électronique s’épaissit pour former une boucle acid house saturée par les effets et filtrée pour laisser un peu de place à des échantillons du film. Leaving The Park repose sur un arpège en boucle, dont les notes rebondissent en écho, avec un nouveau solo au synthétiseur à l’inspiration hard rock. Connie prend également forme autour d’une boucle qui s’épaissit en plusieurs strates et s’intensifie jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace et que la masse finisse par se dissiper pour laisser la place à un segment harmonieux. The Pure and the Damned termine au piano et à la voix avec l’inimitable Iggy Pop et met en place une atmosphère de vie égratignée par les mauvais hasards, une finale touchante.

Je m’attendais à dire aux amateurs d’Amon Tobin et Boards of Canada d’écouter le nouvel album d’OPN, mais non, c’est plutôt à ceux de John Carpenter et Jean-Michel Jarre que cette trame sonore s’adresse. La sonorité rétro est adorable et très réussie en soi, mais devient un peu redondante sans toutes les manipulations d’échantillons auxquelles Lopatin nous a habitués dans le passé. Heureusement, le contexte de la trame sonore sous-entend qu’elle prend tout son sens lorsqu’écoutée en même temps que le film, qui sort en salle ce vendredi 11 août.

MA NOTE: 7/10

Oneohtrix Point Never
Good Time OST
Warp
46 minutes

http://pointnever.com

Les 10 albums à surveiller en août 2017

Dead Cross – Dead Cross (4 août)

Dead Cross est un nouveau groupe de punk hardcore à apparaître sur la scène californienne. La formation est composée de membres qui ont tous fait leurs preuves auparavant : Mike Patton (Faith No More et Fantômas), Mike Crain (Retox), Justin Pearson (Retox et Head Wound City) et Dave Lombardo (ex-Slayer et Fantômas). Patton est toujours aussi excentrique et ses maniérismes vocaux collent à merveille à la musique brutale du groupe.


 
 

Oneohtrix Point Never – Good Times OST (11 août)

Le musicien Danien Lopatin lancera à la mi-août la trame sonore du film Good Times, un drame judiciaire réalisé par Ben et Josh Safdie et qui a été sélectionné pour la compétition officielle de la Palme d’Or à Cannes. D’ailleurs, Oneohtrix Point Never a remporté le prix de la meilleure trame sonore de film pour celui-ci lors du festival. En attendant le reste de l’album, vous pouvez vous remplir les oreilles de la touchante et émouvante The Pure and the Damned sur laquelle chante Iggy Pop.


 
 

Photay – Onism (11 août)

Photay est le nom de scène d’Evan Shornstein. Ce jeune compositeur de musique avait fait tout un tabac avec son premier EP en 2014. Voici qu’il lancera un premier album en bonne et due forme, le 11 août prochain. Si l’on se fie aux simples parus à ce jour, le jeune homme réussi toujours à naviguer dans les eaux de l’électronique d’avant-garde tout en y insérant un minimum de mélodie. C’est très convaincant.


 
 

Cloakroom – Time Well (18 août)

Cloakroom est un groupe à la mélancolie pesante qui avait fait paraître le très appréciable Further Out en 2015. Voici qu’ils reviennent avec Time Well qui semble se poursuivre dans la même veine de tristesse distorsionnée. Seedless Star exulte ce son qui se se rapproche des chansons plus douces de Deftones et celles des groupes emo des années 90 comme Sunny Day Real Estate et Pedro The Lion.


 
 

Grizzly Bear – Painted Ruins (18 août)

Le groupe américain Grizzly Bear s’apprête à lancer son 5e album, Painted Ruins, en août. Ceux qui avaient très bien fait sur Shields sauront-ils offrir un autre album d’aussi grande qualité? Quatre simples sont apparus sur le net dans les deux derniers mois et à date, on peut dire que c’est très satisfaisant pour les tympans. Leurs mélodies vocales sont toujours aussi riches, leurs trames originales et leur son nuancés.


 
 

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Les EP à LP de mars 2017

Dead Obies – Air Max

Dead Obies ont lancé Gesamtkunstwerk il y a exactement un an. Voici que la formation nous fait paraître un EP de chansons hyper mélodieuses. On est un peu plus dans le R&B et le groupe essaie de nouvelles avenues autant au niveau de leur débit vocal que des trames qui soutiennent tout ça. Comme n’importe quelle expérience, il y a des chansons plus réussies que d’autres. On craque pour Cruel Summer, Jenny Freestyle et la vaporeuse Higher.

Anohni – Paradise

La collaboration entre Antony Hegarty, Oneohtrix Point Never et Hudson Mohawke a déjà donné un excellent album l’an dernier. Voici que le trio lance un EP de 6 chansons très plaisantes pour les oreilles. Anohni garde son côté engagé avec des chansons comme Jesus Will Kill You. Il nous offre aussi la douce et mélodieuse You Are My Enemy. C’est très réussi.


 

CRi – Someone Else

Ça fait plusieurs fois qu’on vous parle de Christophe Dubé qui fait de l’excellent électro. Le producteur montréalais a lancé le très réussi Tell Her en novembre dernier et il nous revient déjà avec un nouvel EP tout aussi plaisant pour les oreilles. Fidèle à son habitude, il fait appel à Odile Myrtil et Ouri dans My Place et Rush respectivement. Il fait aussi appel à Jesse Mac Cormack sur l’excellente Keep It Real.

 

Blonde Redhead – 3 O’Clock

La formation new-yorkaise Blonde Redhead lançait un peu plus tôt ce mois-ci un EP de quatre chansons. Et qu’est-ce qu’on en dit? C’est totalement réussi. La chanson-titre est assez rythmée tout comme la plaisante Where You Mind Wants To Go. Give Give ramène un peu de mélancolie alors que Golden Light se rapproche de ce que le trio faisait sur Misery Is a Butterfly. On aime.

 

CFCF & Jean-Michel Blais – Cascades

L’annonce d’une collaboration entre le pianiste montréalais Jean-Michel Blais et l’architecte sonore CFCF avait tout pour plaire. Le résultat est tout aussi plaisant pour les oreilles. Vous êtes en manque de beauté avec l’hiver qui ne se termine pas… la paire va vous fournir en masse de beauté pour tenir le coup jusqu’au mois de juin. Spirit va vous toucher avec sa mélodie émouvante, Hypocrite pourrait vous donner l’envie de danser. Et dans l’ensemble, c’est magnifique tout simplement.

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