New York Archives - Le Canal Auditif

Critique : Dion Lunadon – Dion Lunadon

Dion Lunadon est un membre de la formation New Yorkaise A Place To Bury Strangers avec laquelle il a joué de la basse sur les deux derniers albums, soit Worship et Transfixiation. Pour son premier album solo, il a décidé de renouer avec ses premiers amours : la guitare. Lunadon avait précédemment joué dans le groupe The D4 en Nouvelle-Zélande et il a formé le groupe True Lovers après son arrivée à New York.

Qu’est-ce qu’on retrouve sur ce premier album solo? Une bonne dose de noise rock dynamique qui mélange par moments des éléments de punk, de folk et un quasi-rockabilly. Si vous avez été déçu par le manque de panache de Transfixiation, vous risquez d’être réconforté par la manière avec laquelle Dion Lunadon s’y prend en solo.

On retrouve un spectre assez varié de sons et d’influences sur ce premier record. Fire, l’un des premiers simples à paraître, nous percute avec son orgue psychédélique qui est couplé avec une grosse basse sale, des guitares bruyantes et Lunadon qui ne s’empêche pas pour nous lancer ses paroles à travers des filtres qui multiplient les parasites. C’est une véritable bombe puissante qui rappelle même par moment Blood Brothers pour l’intelligence à mélanger le bruit et les mélodies. La distorsionnée Eliminator suit le même chemin avec beaucoup de puissance.

On trouve aussi sur ce premier album des chansons comme Howl qui font plus de place à une guitare moins bruyante sans toutefois être plus claire. Reduction Agent, deuxième plage, fait aussi appel à un genre de folk-rockabilly que Lunadon réussi à tenir avec son attitude désinvolte convaincante. Une foule de petits détails bonifient l’écoute et feront plaisir au mélomane qui aime les Ty Segall et compagnie.

Malgré tout ça, ce premier album manque un peu de direction et c’est difficile de savoir exactement où s’en va Lunadon avec ses skis. Sans être complètement déroutants, les enchaînements ne se font pas naturellement et ce n’est pas toujours clair le liant entre les différentes pièces. Lunadon ne manque pourtant pas de talents de compositions ni d’idées. C’est juste qu’on s’y perd un peu.

Le sentiment après plusieurs écoutes est que Dion Lunadon fait bien quand il est en solo. En tout cas, certainement mieux que Transfixiation. Certaines chansons font leur bout de chemin et quelques expérimentations tombent un peu à plat. Au moins, il tente des avenues différentes, ce qui est toujours rafraîchissant.

Ma note: 7/10

Dion Lunadon
Dion Lunadon
Agitated Records
30 minutes

https://dionlunadon.bandcamp.com/album/dion-lunadon

Critique : Portable Sunsets – Order

Portable Sunsets est le projet solo de l’artiste new-yorkais Peter Segerstrom, qui s’inspire d’éléments house et techno pour nous proposer une musique électronique de chambre, composée autant pour relaxer que pour danser. Ses deux premiers albums, Mercy (2012) et Bless (2015), faisaient exactement cela en enfilant les formes lentes et posées avec celles plus rapides et dynamiques. Les pièces sur lesquelles Segerstrom prête sa voix se démarquent avec leur teinte post-punk et le ton désinvolte, entre le parlé/chanté. Il est revenu en mai dernier avec un troisième album, Order, sur lequel on remarque d’abord le même niveau de clarté dans le mixage et de qualité dans la production; on constate ensuite qu’il y a plus d’espace consacré aux rythmes et aux boucles et moins aux thèmes musicaux et développements mélodiques.

Trust Fall commence sur un rythme techno qui se développe en support à une boucle synthétique, variant en sons et en notes. Elle est très entraînante jusqu’à ce que le sentiment de répétition s’accentue. Heureusement, Hyperstability suit sous une forme post-punk, avec voix, un texte amusant et une interprétation plus convaincante; très bien jusqu’au refrain/pont qui ne s’élève malheureusement pas. Vega change de registre pour du house atmosphérique, un peu trop figé dans une boucle pour remarquer un passage particulier. Mais c’est une excellente trame de fond anonyme. Cruise Control continue dans la même direction avec un montage plus efficace qui permet de générer un peu plus d’anticipation.

Le kick de Tract nous amène directement sur le plancher de danse, la basse étouffée et le mini arpège accompagnent le rythme pendant qu’une voix trafiquée donne l’impression de chantonner la mélodie. Spree revient au house plus doux avec un échantillon rythmé en boucle et une basse lourde bien réverbérée, mais ça ne va pas plus loin que l’interlude. Time Freaks accélère le tempo à son tour pour faire taper du pied, avec un passage à la voix de Segerstrom, quelques accords au piano, un arpège au synthétiseur et un montage en boucle. What Wave continue avec le même entrain, des contretemps plus excitants et une ligne de basse qui vibre à point.

Un clavier dissonant 80s ouvre Native de façon à faire remonter les manches de tous les vestons de couleur pastel, et danser sur une trame disco colorée de sons rétro/fluo. La techno progressive Semiformal améliore la situation en tournant en boucle autour d’une mélodie rebondissante au piano. Millionth part également sur un kick autour duquel s’ajoutent quelques sons de synthèse, la progression mélodique nous amène du côté house baléare; joli. Believe ouvre sur un clavier filtré et Segerstrom à la voix, le piano accentue l’harmonie et tout se passe bien jusqu’à ce que le refrain chanté « gotta believe » se répète en boucle beaucoup trop de fois.

Il y a deux approches à l’écoute de Order : la première à une certaine distance, de façon plus abstraite; et l’autre à proximité, avec une attention marquée pour les détails. Les deux ne s’équilibrent malheureusement pas, à savoir que la deuxième approche révèle un niveau de répétition des boucles tel qu’il fait perdre le sens des thèmes musicaux. En aplatissant les tensions et détentes, on ne s’attend plus à ce que ça s’envole ou que ça s’écrase. L’album est excellent dans sa globalité, mais ne cache pas vraiment de surprises pour celle ou celui qui souhaite s’y attarder davantage.

MA NOTE: 6,5/10

Portable Sunsets
Order
Atomnation
65 minutes

https://atomnation.bandcamp.com/album/order

Critique : Evan Caminiti – Toxic City Music

Evan Caminiti est un compositeur new-yorkais actif depuis une dizaine d’années sur la scène drone noise internationale. Ses quatre premiers albums étaient constitués principalement de performances à la guitare, trafiquées par une série d’effets et de traitements. C’est à partir de Meridian (2015) que la matière synthétique allait prendre le dessus et proposer une palette sonore plus claire, nettoyée d’une partie du bruit blanc qui venait naturellement avec le genre. Caminiti est revenu en mars dernier pour présenter son sixième album, Toxic City Music, et a ramené la guitare dans le procédé compositionnel en la mélangeant avec des échantillons d’enregistrements de rue captés dans les entrailles de New York. Ça donne un mélange de noise atmosphérique et d’électro concret qui grésille et gronde. Selon la profondeur où vous en êtes rendu dans votre exploration urbaine.

Acid Shadow I est la première de trois parties dans laquelle les échantillons réverbèrent lourdement, comme emprisonnés dans un conduit d’aération. Irradiation Halo développe subtilement une mélodie à travers des strates de sons saturés, orchestrés par un panneau électrique rouillé. Joaquin nous fait ramper comme un reptile au sol, les griffes réverbérées sur les poutres en béton.

Possession commence abruptement pour revenir à une atmosphère plus calme d’exploration de tunnel souterrain, effritée parfois par des interférences radiophoniques. NYC Ego conserve une part de bruit et nous fait « chiller » dans son lounge souterrain, verre de martini à la main. Toxic Tape (Love Canal) nous amène plutôt sous l’eau, avec ses mouvements ondulés plus près des harmoniques étouffées que de la distorsion. Acid Shadow II semble s’être enfoncée davantage dans le système de ventilation et s’évanouit parmi les bruits de pattes d’insectes.

La pulsation légèrement rythmique de Toxicity rappelle le train qui passe sur une jonction de rail, répétée en écho dans le réseau de tunnels. On retrouve la sonorité pré-Meridian sur French Cocoon (Mutagen), dont l’accord de guitare électrique sert de noyau à la forme drone post-toute. Acid Shadow III ouvre sur un très long glissando qui fait place à plusieurs échantillons modulés selon la présence et la densité de chacun, et conclue dans le ventre de la fournaise.

Caminiti combine merveilleusement bien les deux genres rassemblés sur Toxic City Music; du noise drone qui oscille comme une composante saturée et de l’électro concret tout près de la matière et de ses bruits parfois aléatoires. C’est un album qui est résolument plus sale que Meridian, et bien qu’il soit aussi précis dans son montage, les différentes formes de bruit blanc laissent moins d’espace aux silences; la respiration est plus lourde, comme asphyxiée par un centre-ville pollué.

Ma note: 7/10

Evan Caminiti
Toxic City Music
Dust Editions
36 minutes

https://dust-editions.bandcamp.com/album/toxic-city-music

Critique : The DRX – Throughout Within

The DRX est un projet musical mené par Dan Romans. Celui-ci fait partie depuis un bon bout de temps de la scène underground new-yorkaise et son projet à travers les années a compté sur des collaborateurs actifs dans différentes formations en vues : Kayo Dot, Buke & Gase et Psalm Zero. The DRX propose du rock/métal d’avant-garde où la musique classique se frotte sans arrêt au Black et au Death Metal. C’est un alliage qui se fait assez facilement, le métal ayant toujours été le cousin le plus près de la musique orchestrale.

Dans Throughout Within, Romans nous envoie plusieurs pièces épiques sur lesquelles il chante avec une fragilité émotionnelle claire et limpide. On y retrouve une panoplie d’instruments traditionnellement réservés aux orchestres : la clarinette, le bugle, le violoncelle et autres. Ces instruments ne sont pas là pour accompagner la trame principale, mais prennent part active dans la construction des chansons.

Un bon exemple est la chanson The End of Avoiding Consequence. La guitare électrique et les saxophones sont également présents dans le tapis sonore du refrain. Cela crée une base solide et puissante pour les chœurs qui font exploser le tout avec des envolées contrôlées entrecoupées de la voix de Romans. Ce dernier semble soudain seul et d’autant plus vulnérable. C’est très réussi. Monsters Wearing Nice Ties qui ouvre Throughout Within s’entame sur une simple guitare, des synthétiseurs et la voix du chanteur. Le tout est très beau et se termine dans une orgie de son lorsque les instruments se multiplient et que le chœur vient faire son tour.

Par moment, les trames de The DRX ont cette même portée que les psaumes catholiques lors de la messe. Ils sont puissants, entraînants et invoquent le mystique. En contrepartie, on trouve aussi des pièces à la brutalité sans équivoque comme la sombre Ancient Life et ses chants gutturaux. Il réitère sur la magnifique Eyes of Myself qui possède une mélodie de saxophone très réussie. Les chansons excèdent presque toutes la marque des cinq minutes, ce qui n’est pas très habituel non plus.

The DRX fait belle figure avec son particulier, mais ô combien appréciable Throughout Within. Le fan de métal aventureux y trouvera un album intéressant qui flirte avec les codes de la musique baroque comme ceux du Death et du Black Métal. Ça demande une certaine ouverture d’esprit et un investissement de soi, mais ça vaut le coup.

Ma note: 7,5/10

The DRX
Throughout Within
Nefarious Industries
58 minutes

http://danromans.com/

Les 3 étoiles : semaine 121

LCA_Les3etoiles

CLAY AND FRIENDS – TITO

Le groupe Clay and Friends fait paraître un nouveau simple intitulé Tito inspiré par un événement malheureux. Le chanteur Mike en revenant d’une tournée à l’étranger s’est rendu compte que la personne responsable d’arroser ses plantes avait levé les pattes avec sa guitare. Au moins, de la situation frustrante est née une chanson qui a un petit groove à la Manu Chao.

PERDRIX – STAR LAUNDROMAT

La formation Perdrix lance une offensive pour financer un album qui devrait être enregistré en 2017. Il en profite pour faire paraître un vidéoclip pour la chanson Star Laundromat issue de son plus récent EP. Tu y trouveras une bataille de bananes, une machine à laver qui marche et Navet Confit qui fait des faces de vieux pervers.

YOUNG PARIS – NO WEAKNESS

Le jeune homme qui fait dans le world électro rap lançait cette semaine No Weakness. La nouvelle recrue de Roc Nation, maison de Jay Z, offre une pièce qui critique la culture du gangsta rap dans le hip-hop contemporain. C’est un peu moins dansant que ses derniers morceaux, mais ça compense avec des atmosphères riches et une prose bien tournée.