New York Archives - Le Canal Auditif

Critique : Evan Caminiti – Toxic City Music

Evan Caminiti est un compositeur new-yorkais actif depuis une dizaine d’années sur la scène drone noise internationale. Ses quatre premiers albums étaient constitués principalement de performances à la guitare, trafiquées par une série d’effets et de traitements. C’est à partir de Meridian (2015) que la matière synthétique allait prendre le dessus et proposer une palette sonore plus claire, nettoyée d’une partie du bruit blanc qui venait naturellement avec le genre. Caminiti est revenu en mars dernier pour présenter son sixième album, Toxic City Music, et a ramené la guitare dans le procédé compositionnel en la mélangeant avec des échantillons d’enregistrements de rue captés dans les entrailles de New York. Ça donne un mélange de noise atmosphérique et d’électro concret qui grésille et gronde. Selon la profondeur où vous en êtes rendu dans votre exploration urbaine.

Acid Shadow I est la première de trois parties dans laquelle les échantillons réverbèrent lourdement, comme emprisonnés dans un conduit d’aération. Irradiation Halo développe subtilement une mélodie à travers des strates de sons saturés, orchestrés par un panneau électrique rouillé. Joaquin nous fait ramper comme un reptile au sol, les griffes réverbérées sur les poutres en béton.

Possession commence abruptement pour revenir à une atmosphère plus calme d’exploration de tunnel souterrain, effritée parfois par des interférences radiophoniques. NYC Ego conserve une part de bruit et nous fait « chiller » dans son lounge souterrain, verre de martini à la main. Toxic Tape (Love Canal) nous amène plutôt sous l’eau, avec ses mouvements ondulés plus près des harmoniques étouffées que de la distorsion. Acid Shadow II semble s’être enfoncée davantage dans le système de ventilation et s’évanouit parmi les bruits de pattes d’insectes.

La pulsation légèrement rythmique de Toxicity rappelle le train qui passe sur une jonction de rail, répétée en écho dans le réseau de tunnels. On retrouve la sonorité pré-Meridian sur French Cocoon (Mutagen), dont l’accord de guitare électrique sert de noyau à la forme drone post-toute. Acid Shadow III ouvre sur un très long glissando qui fait place à plusieurs échantillons modulés selon la présence et la densité de chacun, et conclue dans le ventre de la fournaise.

Caminiti combine merveilleusement bien les deux genres rassemblés sur Toxic City Music; du noise drone qui oscille comme une composante saturée et de l’électro concret tout près de la matière et de ses bruits parfois aléatoires. C’est un album qui est résolument plus sale que Meridian, et bien qu’il soit aussi précis dans son montage, les différentes formes de bruit blanc laissent moins d’espace aux silences; la respiration est plus lourde, comme asphyxiée par un centre-ville pollué.

Ma note: 7/10

Evan Caminiti
Toxic City Music
Dust Editions
36 minutes

https://dust-editions.bandcamp.com/album/toxic-city-music

Critique : The DRX – Throughout Within

The DRX est un projet musical mené par Dan Romans. Celui-ci fait partie depuis un bon bout de temps de la scène underground new-yorkaise et son projet à travers les années a compté sur des collaborateurs actifs dans différentes formations en vues : Kayo Dot, Buke & Gase et Psalm Zero. The DRX propose du rock/métal d’avant-garde où la musique classique se frotte sans arrêt au Black et au Death Metal. C’est un alliage qui se fait assez facilement, le métal ayant toujours été le cousin le plus près de la musique orchestrale.

Dans Throughout Within, Romans nous envoie plusieurs pièces épiques sur lesquelles il chante avec une fragilité émotionnelle claire et limpide. On y retrouve une panoplie d’instruments traditionnellement réservés aux orchestres : la clarinette, le bugle, le violoncelle et autres. Ces instruments ne sont pas là pour accompagner la trame principale, mais prennent part active dans la construction des chansons.

Un bon exemple est la chanson The End of Avoiding Consequence. La guitare électrique et les saxophones sont également présents dans le tapis sonore du refrain. Cela crée une base solide et puissante pour les chœurs qui font exploser le tout avec des envolées contrôlées entrecoupées de la voix de Romans. Ce dernier semble soudain seul et d’autant plus vulnérable. C’est très réussi. Monsters Wearing Nice Ties qui ouvre Throughout Within s’entame sur une simple guitare, des synthétiseurs et la voix du chanteur. Le tout est très beau et se termine dans une orgie de son lorsque les instruments se multiplient et que le chœur vient faire son tour.

Par moment, les trames de The DRX ont cette même portée que les psaumes catholiques lors de la messe. Ils sont puissants, entraînants et invoquent le mystique. En contrepartie, on trouve aussi des pièces à la brutalité sans équivoque comme la sombre Ancient Life et ses chants gutturaux. Il réitère sur la magnifique Eyes of Myself qui possède une mélodie de saxophone très réussie. Les chansons excèdent presque toutes la marque des cinq minutes, ce qui n’est pas très habituel non plus.

The DRX fait belle figure avec son particulier, mais ô combien appréciable Throughout Within. Le fan de métal aventureux y trouvera un album intéressant qui flirte avec les codes de la musique baroque comme ceux du Death et du Black Métal. Ça demande une certaine ouverture d’esprit et un investissement de soi, mais ça vaut le coup.

Ma note: 7,5/10

The DRX
Throughout Within
Nefarious Industries
58 minutes

http://danromans.com/

Les 3 étoiles : semaine 121

LCA_Les3etoiles

CLAY AND FRIENDS – TITO

Le groupe Clay and Friends fait paraître un nouveau simple intitulé Tito inspiré par un événement malheureux. Le chanteur Mike en revenant d’une tournée à l’étranger s’est rendu compte que la personne responsable d’arroser ses plantes avait levé les pattes avec sa guitare. Au moins, de la situation frustrante est née une chanson qui a un petit groove à la Manu Chao.

PERDRIX – STAR LAUNDROMAT

La formation Perdrix lance une offensive pour financer un album qui devrait être enregistré en 2017. Il en profite pour faire paraître un vidéoclip pour la chanson Star Laundromat issue de son plus récent EP. Tu y trouveras une bataille de bananes, une machine à laver qui marche et Navet Confit qui fait des faces de vieux pervers.

YOUNG PARIS – NO WEAKNESS

Le jeune homme qui fait dans le world électro rap lançait cette semaine No Weakness. La nouvelle recrue de Roc Nation, maison de Jay Z, offre une pièce qui critique la culture du gangsta rap dans le hip-hop contemporain. C’est un peu moins dansant que ses derniers morceaux, mais ça compense avec des atmosphères riches et une prose bien tournée.

A$AP MOB – COZY TAPES VOL. 1 : FRIENDS

asap-mobLe dernier effort collectif d’A$AP date de 2012. Ils avaient alors fait paraître le mixtape, Lord Never Worries qui n’avait pas réussi à accoter le succès qu’A$AP Rocky reçoit en solo. En 2014, les rumeurs pointaient vers un nouvel album du collectif avant que le défunt A$AP Yams déclare que L.O.R.D. avait été envoyé dans les limbes en raison d’une nouvelle sortie de Rocky. Il faut dire qu’au sein de la formation, il est le centre et le noyau. Le seul autre à avoir une certaine reconnaissance est A$AP Ferg, l’une des figures de proue du Trap.

D’ailleurs, l’importance d’A$AP Rocky se fait sentir sur Cozy Tapes Vol.1 : Friends. On assiste à une démonstration de sa domination sur la bande. Cependant, on y retrouve aussi tous les côtés moins pertinents qui se sont effacés de sa musique en solo, les raccourcis faciles, les jurons trop présents et les images faibles. D’ailleurs Ferg, l’autre grosse pointure ne figure que sur une seule pièce. Par contre, on y retrouve beaucoup d’invités de marque.

Parmi les « friends » qui participent à la galette, il y a Wiz Khalifa et BJ The Chicago Kid sur Way Hii qui fait l’apologie de l’utilisation des substances qui ouvrent l’esprit par la force. Ça manque un peu d’originalité, mais A$AP Rocky démontre encore sa force narrative avec une ligne vocale nuancée et intelligemment tournée. Cependant, il se laisse souvent aller à la facilité, tout le contraire de la prose sur son dernier album, At. Long. Last. A$AP. L’autre invité de marque est Tyler, The Creator l’équivalent plus déjanté de la côte ouest à Rocky. De plus, on y retrouve Juicy J sur Yamborghini High qui rend hommage à leur ami Yams mort d’une overdose en 2015. L’importance de ce dernier est centrale puisqu’il est l’un des fondateurs du collectif qui aujourd’hui occupe une place de choix dans le paysage musical.

Outre ces collaborations, on retrouve dans le rayon des bons coups Young N***a Living qui compte sur une trame aussi efficace qu’accrocheuse. Par contre, Runner est une mauvaise copie de ce que Future fait, sans compter sur son génie mélodique. C’est assez ordinaire. London Town est une autre pièce qui manque un peu d’épices pour réellement laisser une trace.

Au final, Cozy Tapes Vol.1 : Friends ressemble plus à une autre publicité pour A$AP Rocky sans toutefois avoir la pertinence et la profondeur qu’il peut avoir en solo. Les productions sont tout de même intéressantes et même lorsqu’il est ordinaire Rocky est meilleur que la plupart des rappeurs. Cependant, ça manque de variété et de surprise pour le talent que possède la formation.

Ma note : 6/10

A$AP Mob
Cozy Tapes Vol.1 : Friends
RCA Records
44 minutes

http://www.asapmob.com/