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Critique : Stars – There Is No Love In Fluorescent Light

On l’oublie, mais ça fait déjà 13 ans que Stars a sorti son classique Set Yourself on Fire, devenu aujourd’hui un des albums cultes de l’indie-rock canadien. Depuis, le groupe torontois (aujourd’hui établi à Montréal) roule sa bosse en poursuivant son exploration des rapports amoureux, comme sur son nouvel opus There Is No Love in Fluorescent Light, qui combine pop de chambre et électro dansant…

Pour dire vrai, Stars n’a jamais réussi à accoter la splendeur de Set Yourself on Fire, peut-être le meilleur album de rupture jamais enregistré. Encore aujourd’hui, je crois qu’aucune chanson n’exprime mieux le sentiment étrange qui nous habite quand on croise notre ancienne flamme par hasard que Your Ex-Lover Is Dead. Et le tout était enrichi par une pop orchestrale élégante, mais sans être prétentieuse.

La bande menée par le duo Torquil Campbell-Amy Millan a ensuite offert une série de disques à la qualité inégale, de l’ambitieux In Our Bedroom After the War, un album concept nominé pour le prix Polaris en 2008 jusqu’au décevant No One Is Lost, paru en 2014, qui semblait abandonner le côté mélodramatique de la musique de Stars au profit de numéros strictement conçus pour la piste de danse.

There Is No Love in Fluorescent Light tente de concilier ces deux univers en alternant des titres puissants de mélancolie comme Privilege et The Gift of Love et d’autres qui évoquent la pop générique des années 80, tels que Hope Avenue et Real Thing. Il n’y a absolument rien de mal à ça, et telle a toujours été la signature sonore de Stars, mais il en résulte forcément quelques ruptures de ton qui rendent le disque difficile à apprécier comme un tout, malgré des qualités d’écriture indéniables.

La grande force du groupe réside encore dans les voix de Campbell et Millan, qui s’échangent le rôle-titre de chanteur avec une tension qui n’est pas sans évoquer celle d’un couple composé de deux têtes fortes. Le « couple » et ses difficultés restent d’ailleurs au centre des préoccupations de Stars, avec des textes qui évoquent entre autres la paranoïa (Losing to You), le besoin de se retrouver seul (Alone, où Campbell clame « Don’t make me need you when I’ve come this far alone… ») ou encore la nécessité de se libérer de son passé (California, I Love That Name).

L’enrobage musical est beaucoup plus élaboré que sur le précédent No One Is Lost et Stars renoue avec la richesse orchestrale qui a fait sa renommée. Même les chansons les plus simples en apparence sont magnifiées par des arrangements soignés (parfois un peu pompeux) qui leur donnent une qualité cinématographique. C’est le cas de la délicate On The Hills et de la très jolie Wanderers, qui clôt l’album sur une note d’espoir qui laisse croire que l’amour véritable est possible, même sous les lumières fluorescentes de nos grandes cités où tout nous semble impersonnel.

Sans s’approcher de la splendeur ou de la puissance émotive de Set Yourself on Fire, There Is No Love in Fluorescent Light marque néanmoins un beau retour pour Stars, après le pâle No One Is Lost, qui avait amené le collègue Stéphane Deslauriers à se demander si « une mise à mort » de la formation ne serait pas souhaitable pour permettre à ses deux leaders de prendre à nouveau leur envol avec un entourage « dépoussiéré ». Dommage, par contre, que ce nouvel album compte quelques titres beaucoup plus faibles qui viennent un peu assombrir l’ensemble…

MA NOTE: 6,5/10

Stars
There Is No Love in Fluorescent Light
Last Gang
50 minutes

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Critique : Un Blonde – Good Will Come to You

Le montréalais Jean-Sébastien Audet (Un Blonde) nous livre une réédition de son disque Good Will Come to You, paru sous l’étiquette Flemish Eye le 22 septembre dernier. Jusqu’à maintenant, notons que le disque n’avait pas été encore accessible au grand public.

À travers ce disque lumineux (c’est le cas de le dire avec la pochette jaune), Un Blonde réexplore ses (21!) chansons selon une diversité musicale assez enrichie. Les environnements créés par Audet plongent l’auditeur dans une introspection profonde et hautement à fleur de peau. En passant par le RnB, la pop, le folk, le gospel ou le blues, Good Will Come to You regorge de pépites d’or auditives qui nous incitent à les écouter en boucle. Ce n’est pas compliqué. De sa voix chaude, Un Blonde fascine. Avec des arrangements musicaux transcendants, nous avons résolument droit à un produit de qualité.

Sur A Level Playing Field, les harmonies vocales sont d’une douceur à faire bercer tous les maux de l’âme. Tandis que sur On My Grind, courte chanson, où l’on met l’accent sur la couleur de différents timbres de voix. Sur I’m Free, le piano guide la voix. On se concentre sur chaque touche qui permet de balancer la présence vocale. Un travail complexe… mais qui prend tout son sens après écoute. Cette même situation se retrouve sur Rain Will Not Change, où on a cette impression d’entendre quelques gouttelettes. La guitare occupe une belle place aussi sur I Felt the Evening Come Through the Window. Plutôt agréable à entendre. En plus d’être orné par un naturel étonnant, il va sans dire que la production musicale y est pour beaucoup et demeure impeccable en terme de minimaliste.

Good Will Come to You est un travail intime. Vous savez, écouter Un Blonde… c’est s’éloigner des titres de la pop trop commerciale grand public. C’est de nous faire remettre les idées en place pour justement se faire rappeler qu’il y a autre chose qui se fait. Un Blonde fait partie de cette catégorie. Suivez la lueur douce et calme… la musique de Jean-Sébastien Audet vous trouvera. À découvrir dès maintenant, si ce n’est pas déjà fait.

Ma note: 7,5/10

Un Blonde
Good will come to you
Flemish Eye
47 mins

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Critique : The Barr Brothers – Queens of the Breakers

The Barr Brothers jouit d’une bonne réputation, et ce, depuis leur album homonyme paru en 2011. Le trio de Brad et Andrew Barr complété par Sarah Pagé à la harpe, avait fait paraître un Sleeping Operator bien réussi en 2014. Depuis, plusieurs choses se sont passées : les frères Barr ont notamment joué sur l’excellent Ultramarr de Fred Fortin alors que Sarah Pagé a fait paraître Dose Curves en septembre dernier.

La formation arrive avec un Queens of the Breakers surprenant. On peut dire que c’est sans doute leur meilleur en carrière. Le principal point faible des deux sorties précédentes était le manque de vagues dans l’ensemble. Les pièces avaient un ton toujours assez doux qui manquait de moments d’excitations, lorsque collé les unes aux autres. Sur Queens of the Breakers, les vagues sont présentes tout comme de l’instrumentation de grande qualité, des mélodies poignantes, des moments musicaux magnifiques et une audace qui va bien au trio.

You Would Have to Lose Your Mind a été le premier simple que The Barr Brothers a fait paraître. En soi, c’est déjà un geste assez osé. La chanson est pleine d’une harpe aussi belle que répétitive qui nous pousse vers la transe. La guitare possède un son blues juste assez crotté pour faire plaisir, Brad chante une mélodie poignante avec une justesse qui frappe direct dans le mile. La formation invite aussi Lucius, un groupe de Brooklyn, à les rejoindre sur la superbe Defibrilation qui ouvre Queen of the Breakers. Les voix s’alternent et se complètent avec un naturel désarmant. La montée est aussi progressive que bien dessinée avant que le duo de Jess Wolfe et Holly Laessig nous percute avec la beauté dont elles seules sont les maîtresses et les gardiennes.

Les petites douceurs qui ont fait la réputation des Barr Brothers ne sont certainement pas non plus évacuées au complet. Song That I Heard câline les oreilles avec gentillesse et nuance. Mais ce n’est pas ce qui frappe sur Queens of the Breakers. Le trio nous surprend avec une chanson-titre rythmée, enjouée qui fait un peu penser à du R.E.M et autres grands de la chanson américaine. Tout ça en gardant entièrement leur personnalité. On doit lever notre chapeau. Tout ça avant que le gros blues crasse de It Came to Me fasse taper du pied avec entrain. On est aussi surpris par la direction que prend Kompromat et encore une fois, sa mélodie hyper efficace.

C’est un Queens of the Breakers totalement réussit pour The Barr Brothers. Le trio se réinvente sans gêne et les compositions qui en ressortent sont certaines de leurs plus réussies à date. Nous savions déjà que la bande était bourrée de talent, on constate maintenant qu’ils savent l’utiliser avec audace et intelligence. Ce n’est pas anodin de s’aventurer hors des sillons qu’on a déjà creusés derrière soi. Et le trio a osé.

Ma note: 8/10

The Barr Brothers
Queens of the Breakers
Secret City
51 minutes

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Le problème de l’affichage sauvage : une lettre ouverte à une ville culturelle

Il faut qu’on se parle. La ville de Montréal aime se positionner comme La Mecque culturelle. Elle finance des évènements énorme qui sont déjà très rentables, dépense des milliards en rénovant de grands espaces touristiques et paye des millions de dollars pour éclairer un pont. Tout cela a une valeur économique et je comprends l’importance d’un tel investissement, mais le tourisme et la culture sont deux choses différentes. La communauté des arts underground est là où chaque superstar a coupé ses coups et où la réelle évolution culturelle a lieu avant qu’elle ne tombe dans les filets des médias de masse. Par inadvertance, cela fait depuis plusieurs années que les politiques mise en place par la ville ont un impact néfaste sur la scène culturelle Montréalaise, qu’il s’agisse des complications relatives aux plaintes de bruit, zonage ou des questions de permis, tout le monde dans notre communauté a vécu des histoires alarmantes.

Mon histoire a commencé il y a 8 ans. Avant que Facebook ne devienne omniprésent, les artistes et les producteurs indépendants avaient une façon abordable de promouvoir leurs évènements à travers l’affichage. La ville ne mettait peu, voir pas, d’espaces d’affichages libres à disposition et donc artistes, producteurs et promoteurs se voyaient obliger d’utiliser les lampadaires afin de diffuser leurs activités. Le problème est que ce moyen d’expression était qualifié d’illégal. Un groupe de producteur indépendant incluant Pop Montréal et le Festival FRINGE Montréal était tellement exaspéré par les amendes répétées de la ville qu’ils ont formé C.O.L.L.E en 2010. Cette association a permis de réunir des acteurs culturels autour d’un même engagement, et d’ainsi solliciter les pouvoirs publics afin de trouver une solution. Cela a permis de soulever une question qui touche des créateurs indépendants, car ils n’ont pas les fonds nécessaires à l’achat d’espaces publicitaires dispendieux – peut-on créer un système pour que légalement l’affichage libre puisse voir le jour ?

La même année la Cour Supérieure du Québec a condamné la loi anti-affichage à être illégale et inapplicable. La décision, décrétée par la Cour, fût que si la ville ne fournissait pas d’espaces permettant l’affichage libre pour ses résidents, alors tout règlement limitant l’affichage sur le mobilier urbain serait une atteinte à la liberté d’expression de ses citoyens. Après cette décision, la ville a temporairement cessé de distribuer des amendes laissant la question en suspens.

La Cour avait laissé six mois à la ville pour réviser la loi relative à l’affichage. Sept ans plus tard, nous en sommes toujours au même point. Les espaces d’affichage n’ont pas été installés en nombre suffisant pour répondre aux demandes introduites par la Cour, et cela en dépit de nombreuses propositions et projets pilotes présentés à la ville par les acteurs culturels. La ville a de nouveau qualifié cette activité d’illégale, harcelant des membres de la communauté culturelle tout en freinant le développement de l’offre culturelle. Je dirige une entreprise culturelle avec différents départements dont l’un est une agence de street marketing. Nous distribuons des matériaux imprimés et numériques pour espaces extérieurs ou intérieurs à Montréal pour promouvoir des activités culturelles. Nous avons certains clients qui sont de grandes institutions culturelles, mais la grande majorité d’entre eux sont des festivals, labels, salles et artistes indépendants, disposant de peu de moyens. L’affichage représente donc une part importante dans leur plan de communication, or souvent notre travail se retrouve injustement impacté.

La ville a délaissé ce précédent juridique et l’impératif moral qu’il convoque. Les employés municipaux semblent croire que l’activité est illégale, ce qui provoque l’harcèlement systématique des agents d’entretiens des espaces urbains et de la police envers les afficheurs. La ville a aussi imprimé et installé des panneaux de signalisations sur les poteaux avertissant que l’affichage est illégal, en citant une règlementation qui n’existe plus selon mes recherches – et si cela l’était, la ville serait dans l’impossibilité de l’appliquer. Chaque année la mairie dépense des centaines de milliers (et possiblement des millions) de dollars au recrutement d’une équipe affectée uniquement à l’arrachage des posters sur les poteaux. De plus, cette absence de législation représente un manque à gagner car les contraventions pour ce motif sont illégales.

En bref, le problème soulevé en 2010 revoit le jour sous un contexte légèrement différent. Montréal est, à ma connaissance, la seule grande ville au Canada qui ne fournit pas d’espace public dédié à l’affichage pour ses citoyens. Il y a eu des propositions de la communauté culturelle Montréalaise, dont moi-même. Ma proposition, que je serais prêt à vous présenter, non seulement, c’est à noter, éliminerait des coûts, mais également génèrerait des revenus pour la ville. Or, la ville n’a jamais réglé ce problème en dépit des efforts de la classe créative à le résoudre.

Vous vous demandez peut-être : en quoi cela nous regarde-t-il ? Il y a trois raisons. Premièrement, c’est votre argent qui est utilisé. La ville dépense vos impôts comme bon leur semble et a une responsabilité fiscale. Il y a tellement de personnels de la ville qui s’occupent de nettoyer les poteaux dans les artères majeures des quartiers centraux que les affiches sont arrachées en l’espace d’un jour voir même de quelques heures. Deuxièmement, c’est un risque financier pour la ville et c’est votre argent qui en souffrirait si un groupe de citoyens décidait de poursuivre la ville en justice pour avoir bafoué leurs droits à la liberté d’expression. Dernièrement – et cette raison est peut-être la plus importante – il est primordial de reconnaitre que le public ne peut être informé de l’ensemble de l’offre culturelle présente sur le territoire Montréalais, et sa valeur se retrouve réduite. En effet, des musiciens, humoristes, danseurs et artistes visuels émergents n’ont pas les moyens d’acheter des publicités à la télé, radio, dans le métro ou sur les autobus de la STM. L’affichage agit comme une piste promotionnelle analogue dans un océan de médias numériques qui est accessible pour les créateurs et artistes de notre ville. Il est abordable, démocratique et honnête. J’espère que vous comprendrez mon désarroi et sachez que je reste ouvert pour poursuivre la discussion. Je suis confiant que le gouvernement municipal n’est pas indifférent au sujet, considérant que notre créativité occupe une place essentielle dans l’identité de la ville. J’aimerais trouver des solutions qui renforcent notre communauté artistique et j’invite la ville et ses citoyens à se joindre à la conversation.

Sincèrement,

Jon Weisz
Directeur Fondateur
Indie Montréal
* Écrit avec la contribution de l’équipe d’Indie Montréal

Critique : Blue Hawaii – Tenderness

Deuxième album du duo montréalais Blue Hawaii, Tenderness prend le pari de la pop dansante, parfois un brin house, parfois vers le disco, très très loin du sombre et sexuel Untogether. Les fans de la première heure chercheront donc en vain le frisson similaire au superbe opus de 2013.

Déjà, la pochette nous l’annonçait : le duo composé de Raphaelle Standell-Preston (qu’on connait aussi et surtout pour son rôle dans le groupe Braids) et Alex « Agor » Cowa, sont assis sur un divan, chacun rivé sur l’écran de son cellulaire. Les couleurs pastel viennent pourtant insinuer un certain romantisme en ce moment. L’amour à distance, peut-être? Voilà, la thématique est lancée et l’esthétisme un brin cynique, plaqué.

Dès les premières mesures, on se retrouve plongé dans une ambiance rétrofuturiste. Free at last a quelque chose de très groovy, à la limite du sax jazz. Standell-Preston y fait presque dans le « spoken word ». Suit No One Like You, une réinterprétation du classique de Kenix, très disco-pop.

Versus Game a tout du classique tube pop, mais sans les ingrédients qui donnent un « classique ». Et pour moi, c’est le pire moment de l’album. Rien de nouveau dans l’horizon musical 2017. La mélodie s’accroche dans l’oreille comme un chewing-gum se colle dans un toupet crêpé. La dérape pop continue avec Belong to myself, qui pourrait être une pièce de Santigold, sans la force du débit.

On peut reconnaitre à l’album un certain humour avec ses cinq petits interludes, dont une particulièrement rigolote où une certaine tante Susan appelle « Rafie » pour savoir quelle est la grosse nouvelle que sa mère voulait lui annoncer au téléphone : « I think you may be pregnant… ». Le morceau finit avec « I love you, sweetheart, and I’ll talk to you soon. Bye for now », le tout souligné d’un petit tempo un brin cynique. Inusité à souhait.

L’album commence à devenir plus sombre avec Blossoming From Your ShyI am wondering if I’ll ever be a good wife/I am wondering if I’ll ever have a still life», chante Standell-Preston d’une voix faussement suraigu.

Do You Need Me, la pièce préférée du duo sur l’album (et aussi la mienne) est doucement enrichie des cordes d’Owen Pallett. Pour une fois sur l’album, Standell-Preston libère les pouvoirs de sa voix, qui, il faut le reconnaitre, en jette.

Une fois le deuil fait d’un album aussi profond et troublant qu’Untogether, on parvient à mieux apprécier Tenderness pour ce qu’il est : un album de bonne pop. Une fois la basse bien crinquée, les opportunités pour danser ne manquent pas.

Ma note: 7/10

Blue Hawaii
Tenderness
Arbutus Records
44 minutes

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