Modlee Archives - Le Canal Auditif

Critique : EMAN X Vlooper – La joie

3 ans plus tard, Eman et Vlooper sont retournés en studio sans la gang de pichassons. Ils nous ont cuisiné une nouvelle galette intime et complexe d’une classe à part, mais est-ce que ça nous étonne?

Un duo, ça prend deux éléments. Pendant que l’un « tout ce qu’il fait dans la vie c’est bla-bla-bla » , l’autre pilote un vaisseau instrumental. Vlooper (RIP NRV loopa?) plonge tête première dans les influences de la vieille école. Échantillonnage de soul et de jazz sont mélangés, puis remélangés, à des solos de synthétiseurs G-Funk. Je n’en parlerai pas trop longtemps, mais la transition veloutée à la fin de La Plage me dresse le poil à chaque fois. On entend tout de même parfois la basse grasse du trap dans Coops ou durant la pièce titre. Les anciens sont respectés, mais ça ne veut pas dire que le rap s’est arrêté en 1996.

Les beats de Vlooper sont de haut niveau, pendant que le crayon d’Eman continue d’écrire une vie douce amère. La langue du MC est charcutée ou incisive pour exprimer un regard franc ou amusé sur les belles bêtises du quotidien. Parfois on l’entend comme père de famille avec un sourire fier:

« Bullet proof de street credit j’promène une poussette ».
La p’tite équipe

Le faux prophète apocalyptique peut s’exclamer aussi :

«J’ai vu la fin du monde dans un crack house Pointe-Saint-Charles
J’ai tellement souvent vu la fin du monde que c’t’affaire
À chaque rayon d’soleil qui perce moi j’ai l’goût d’prendre l’air»
La Plage

Les nombreuses voix d’une vie dense entre la rue, la scène et la famille.

La quantité de lignes marquantes de cet album est hallucinante, mais j’ai de l’affection pour cette petite pointe dirigée au rapjeu actuel dans Lundi:

«Shit money ain’t shit
Si t’es pas capable de dire aux autres c’que tu feel
Mon gars f*#k this Bi%$h
Money ain’t shit
L’intelligence émotionnelle c’est pas dans les livres mon gars».
Lundi

Un bon exemple que la maturité, ça ne rime pas avec plate. « Mononcle Emmanuel est back » et il est à l’aise dans cette game de jeunes.

Je l’annonce, à partir du 25 août, la joie est éternelle. Suffit de la mettre sur replay.

Ma note: 8,5/10

EMAN & VLOOPER
La Joie
Les disques 7e ciel
45 minutes

http://www.7iemeciel.ca/eman-x-vlooper/

Les FrancoFolies 2017 : Une dernière fin de semaine réussie.

La dernière fin de semaine des FrancoFolies arrivait déjà et les programmateurs nous avaient gâtés pour celle-ci. Un des concerts à ne pas manquer était celui de Fishbach et Bernhari à l’Astral alors que les minces d’Alaclair Ensemble prenaient la rue Ste-Catherine d’assaut.

La chanson française, ce n’est vraiment pas obligé d’être plate

Flora Fishbach nous a déjà séduits avec ses deux EP, l’homonyme et Un autre que moi, parus un peu plus tôt cette année. On l’attendait de pied ferme et la jeune Française ne nous a pas déçus. Elle a présenté les pièces de son album À ta merci paru en janvier dernier en France et qui devrait paraître à l’hiver 2018 ici. Avec une théâtralité assumée et poignante, elle nous a livré Un beau langage, la dansante On me dit tu, Mortel ainsi que deux chansons de son plus récent EP : Y crois-tu et la délicieuse Un autre que moi. On peut dire : mission accomplie pour Fishbach. Le public a été séduit par ses savantes compositions et l’a gracié d’une longue ovation.

C’est Alexandre Bernhari qui suivait sur la scène de l’Astral. Son spectacle, une mise en scène de Philippe Boutin (véritable petite coqueluche des publics de théâtre), met de l’avant les chansons de ses deux albums. Stéphanie Lapointe l’a rejoint pour l’excellent Emmène-moi et Eclipse. Il nous en a mis plein la vue et les oreilles avec Sagard, Missiles et Astérie. S’avançant plus près du public à un piano à queue placé au parterre, il a joué dans l’intimité Je n’oublierai jamais, Au Nord de Maria et quelques autres chansons. Ça fonctionnait très bien, musicalement à tout de moins.

Visuellement, les choix de Boutin sont un peu ordinaires. Les sections et les mouvements de Bernhari entre son clavier et le piano fonctionnaient fort bien. Par contre, mettre un immense tulle pour ensuite projeter des images en format écran de télévision, c’est inutile. Cette manie de rajouter bêtement du cinéma là où c’est inutile gâchait le spectacle efficace que Bernhari et ses musiciens nous offraient. Le concept ne servait malheureusement pas les chansons, dommage.

Tu pensais que c’tait ça que c’tait mais…

Si vous aviez un doute sur la réussite de la bande de minces d’Alaclair Ensemble, je crois que la rue Ste-Catherine bondée de samedi soir devrait avoir dissipé le tout. La foule compacte connaissant les paroles des chansons par cœur et ont souvent uni leurs voix à celle du groupe qui est arrivé gonflé à bloc. Après Vlooper qui a fait une entrée en matière à la Vlooper, ce qui veut dire un peu brouillonne, mais quand même attendrissante, Alaclair est entré sur Space Jam des Quad City DJ’s pour former une pyramide. Ils ont ensuite lancé officiellement les hostilités avec Mon Cou. Pour ramener du Space Jam, à un moment Maybe Watson s’est écrié : « Voyez-vous la lumière? » Puis, il a invité la foule à laisser un espace au milieu. Sur I Believe I Can Fly, un Claude Bégin torse nu, portant des ailes d’anges a fait son chemin vers la scène. D’ailleurs, généralement effacé pendant les performances d’Alaclair, Bégin était en feu. Il a rappé, chanté et s’est fait aller le Bas-Canada un peu partout sur la scène.


 

Les surprises n’arrêtaient pas là! Maybe Watson et Ogden ont livré Baby Body de leur projet Rednext Level, Modlee était là pour compléter avec des chants efficaces et mélodieux. Le groupe nous a livré Coucou les coucous, Alaclair High, Sauce Pois, Mes gars shootent et quelques autres avant de nous achever avec Ça que c’tait qui a soufflé la foule.

Benoît Rousseau / Les FrancoFolies

Les plus vaillants ont continué la soirée au Shag, dans le Savoy du Métropolis. Oui, on avait un peu mal à la tête dimanche matin, mais encore un gros sourire accroché sur les lèvres.

http://www.francofolies.com/

Les EP à LP de janvier 2017

Dear Criminals – Nelly

Le film Nelly, basé sur la vie de l’écrivaine-trouble Nelly Arcand d’Anne Emond, ne reçoit peut-être pas que des fleurs, mais la musique composée par Dear Criminals se débrouille très bien. On retrouve sur cet EP des compositions originales, mais aussi une adaptation de Le temps des fleurs chanté à l’époque par Dalida. Vous y trouverez aussi une version assez intense d’In The Pines, chanson composée par Lead Belly et popularisée Nirvana. La chanson-titre de l’EP se développe toute en douceur et beauté. Dear Criminals sait créer de chansons fragiles et émotionnelles, ce qu’ils font encore une fois avec brio.


 
 

Nine Inch Nails – Not the Actual Events

En fin décembre, Nine Inch Nails a fait paraître un nouvel EP intitulé Not the Actual Events. C’est sans aucun doute les compositions les plus agressives et punchées que Reznor ait fabriquées depuis The Downward Spiral. Branches/Bones est saturée d’une distorsion bruyante et The Idea of You est lourde à souhait. Burning Bright (Field on Fire) est pour sa part bruyante comme pas une alors que Dear Gone emprunte une approche plus froide et électronique. Des titres bien intéressants de la part de Nine Inch Nails.


 
 

Ariel Pink & Weyes Blood – Myths 002

L’idée même d’Ariel Pink et Weyes Blood qui collaborent est avant même de l’écouter séduisante à souhait. On peut confirmer que c’est tout aussi convaincant lorsqu’on l’écoute. La paire s’est retrouvée dans le désert pour une résidence de création en mars dernier et le résultat est les quatre titres convaincants qu’on retrouve sur Myths 002. De la surprenante Tears on Fire à la mélodieuse et un peu troublante Daddy Please Give a Little Time to Me, on est très loin de compositions radiophoniques… mettons.


 
 

K8A – Unfolding

Paru en début janvier, le premier EP de Katarina A., alias K8A, est une belle surprise. La jeune femme possède une voix soul chaude et ronde et Unfolding nous envoie des grooves convaincants par la tête. On sent les influences de Thundercat et Flying Lotus à travers des chansons délicieuses comme Astro. Sur la galette, joue entre autres Nicolas Gaudreault (Eliza) et Jay Essiambre qui est en train de se faire un nom en tant que réalisateur à Montréal. Par bout, ça s’approche un peu plus de ce qu’Alicia Keys fait, sur 8-100, entre autres.


 
 

Maison Brume – La saison d’être, Partie I : Carnet d’hiver

Maison Brume avait fait paraître La vie sabbatique en août 2013, puis avait participé aux Francouvertes en 2014. Trois ans plus tard, Florian Seraul réapparaît avec son projet de folk à tendance cinématographique. On remarque immédiatement la maturité et l’assurance que le jeune homme a prise dans ses compositions. C’est toujours aussi fragile, mais il s’affirme avec verve et mélodie sur l’accrocheuse Coeurs Obliques. L’éclaircie nous offre de beaux moments musicaux et la voix douce et touchante de Seraul se couche sur la mélodie à la perfection. Notons que Simon P. Castonguay (Tambour) a coarrangé l’EP.

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